‹ ŒuvresChapitre 45 sur 88 · CHAPITRE iv · texte numérisé non relu

CHAPITRE iv

rais Fait à sa place ; il la recul «mi grâce, tool en b€ promet i.uii bien de ne plus s'abandonner .1 ses con$

Duranl les premiers jours , elle fui assez discrète; elle parlai! peu, mais assez cependant pour donner envie à son maître de l'entendre parler davantage; de ten temps elle laissai! échapper quelques mots flatteurs qui arrivaient droit à leur but. «Ce séjour, disait elle. Fait pour un homme comme mon maftre?... Mahomet, je crois, (e destine à de grandes choses... Que tu figurerais bien dans un beau palais, au milieu d'un beau serai! !....

Toutes ces phrases, dites avec adresse et comme sans dessein, dans les moments où le vieux boue était endormi, faisaient une vive impression sur le jeune Bardooc, chatouillaient doucement son amour-propre, et l'accoutumaient à revenir à l'avis de sa petite gazelle.

Un soir, le vieux bouc dormait plus profondément qu'a l'ordinaire , la jolie gazelle s'approche de Bardouc , et lui dit tout bas à l'oreille : « O mon cher maître ! daignez [n'entendre encore une fois. J'ai pu vous donner on mauvais conseil; mais faut-il toujours juger les choses par l'événement? Cette petite bulle de phosphore qui m'avait séduite pouvait être un diamant, bien d'autres s'y seraient trompés. Je ne veux que votre bonheur; et le mauvais succès d'une première entreprise ne décourage que les lâches et les sots. J'oserai donc vous répéter encore que cette misérable cabane n'est point un séjour digne de vous. Le Prophète a remis entre vos mains les moyens de sortir de votre obscurité. Partons tous les trois pour la capitale de la Perse. Là, vous nous montrerez pour de l'argent votre bouc et moi. On viendra de toutes parts pour nous voir et nous entendre ; et dans peu de temps , il ne sera question que de vous. Avec votre esprit naturel et voire belle figure, vous ne pouvez manquer de faire une fortune immense, surtout lorsque vous vous montrerez escorte d'un bouc et d'une gazelle qui parlent et qui raisonnent. Ce conseil d'ailleurs ne vient pas de moi,

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c'est une inspiration du ciel. Hier encore, hier, dans mon sommeil, je vous ai vu au milieu des courtisans du Grand Roi ; vous les éclipsiez lous par votre bonne mine et votre magnificence. Vous étiez monté sur un char dont les roues étaient d'or massif. Les plus beaux coursiers de Y Arabie vous traînaient au milieu d'une multitude étonnée. Croyezmoi donc, seigneur, cette vision m'est venue d'en haut, et j'ai reçu du ciel Tordre suprême de vous la communiquer. »

Bardouc est enchanté de ce conseil ; il attend le jour avec une vive impatience ; et dès qu'il voit paraître les premiers rayons du soleil , il fait part au vieux bouc du projet qu'il venait de former, et lui demande ce qu'il pense d'un voyage qui lui présente de si brillantes espérances? Le vieux bouc secoue la tête, et lui répond : «Pourquoi quitter ce paisible séjour? Tu abandonnes ce que tu connais pour ce que tu ne connais pas. Ton père te valait bien ; il vivait ici , et il y vivait content ; et tu veux suivre encore les conseils d'une petite visionnaire dont les imaginations folles flattent ta vanité! Ne crainstu pas d'irriter le Prophète ? Tu lui demandais pour être heureux des êtres qui eussent la faculté de converser avec toi; il te les donne, et tu n'es pas satisfait, et lu veux tourner au profit de ta fortune ce qu'il t'accorda pour ton bonheur!... — Tais-loi, interrompt vivement la petite gazelle qui s'est aperçue que ce discours faisait bâiller son maître; tais- toi, ou fais en sorte de nous donner de meilleures raisons. Mon maître sort de l'adolescence , veux-tu qu'il passe toute sa vie au milieu de ces tristes rochers, comme un sauvage, comme une bête féroce, sans aucune relation avec ses semblables , et dans la plus profonde ignorance de ce qui se fait dans le monde? Non, il faut qu'il cherche à s'instruire , qu'il forme son esprit : c'est le premier devoir de l'homme ; et pour étendre la sphère de ses idées, il est nécessaire qu'il voyage. — Je conviens de cette nécessité , répond le vieux bouc; mais est-il né-

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cessai re que s< s id< es soienl plus étendues Est-il sûr et bien démontré qu'en voyageant il deviendra plus habile , meilleur el plus heureux ? Je pourrais à i us ra-

conter une histoire.... — i ne histoire ! dit vivemenl la curieuse gatélle. N oyons j voyou-, je suis prête à l'entendre, si toutefois mon eber maître y consent, i Bardouc, pour faire plaisir à sa petite gazelle, manifeste au vieni bouc le désir d'entendre celte histoire.

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