RETOUR VERS LE ROYAUME DE S1MPL1CIE
Ainsi Bardouc s'entretenait avec son fidèle ami. Le sage à longue barbe lui demande dans quel lieu il compte désormais établir sa résidence. « Hélas ! dit Bardouc , je n'y ai pas même songé. — Si la bonne Simplicie voulait encore nous recevoir ?... Ah ! dit Bardouc en versant une larme, je n'aurais j?mais dû la quitter. »
Les deux voyageurs dirigent leurs pas vers le royaume de Simplicie. Bardouc, pendant le chemin, ne cesse de soupirer et de regretter sa petite gazelle.
Ils arrivent enfin au terme de leur voyage. Mais, hélas! qu'est devenu ce riant séjour qu'habitaient Y innocence et le bonheur ? Le site est toujours le même ; mais toutes ces jolies maisons tombent en ruine. Le palais de Simplicie a disparu, ainsi que la fée, dont la bienfaisance animait et fécondait ce nouveau paradis terrestre.
Le vénérable bouc reconnaît le pavillon fatal où tant de petites fioles se trouvaient réunies. Le cabinet est à demi ruiné; on y voit un grand nombre de fioles vides et brisées. Bardouc soupire, et demande quelle peut être la cause de ce désastre. Le vieux bouc prend la parole, et lui dit : « Lorsque tu sortis de ce pavillon, tu oublias d'en fermer la porte, et les sujets de la fée s'y précipitèrent après toi. Chacun, à ton exemple , choisit la fiole qui lui plut, et la vida jusqu'à la dernière goutte. Dans l'instant, une folle ambition pénétrant leurs cœurs, ferma leurs yeux sur les charmes de ce séjour. Sentant le besoin de déployer sur un grand théâtre les connaissances et les facultés nouvelles qu'ils venaient d'acquérir , ils coururent dans les grandes villes de la Perse et des royaumes voisins chercher des applaudissements pour leur orgueil et des trésors pour leur cupidité. J'ai presque été, mon cher
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maître, I»1 témoin des suites déplorablet de ton indiscrète curioeité. Honteusement relégué dam nu coin de ton écurie, je m'ennuyais quelquefois de mon esclavage ; et je crus qu'il 1 1 1 ' t ■ t . i i t permis ds secouer un joug odieux, jusqu'au moment où tu sentirais le pris de mes services, Je venais d'étrs indignement outragé par Les plus vils «le tes esclaves, je trouvai le moyen de briser ma chaîna pendant la nuit. Je profitai d'un moment où je vis la porte entrouverte, je sortis sans bruit, et je courus avec une extrême vitesse, m'eloignant toutefois à regret d'un séjour où je te laissais en proie aux conseils pernicieux de ta petite gazelle. Le troisième jour, j'arrivai a Samai cande, et je vais te raconter le spectacle extraordinaire nui se passa sous mes yeux.