DOCTEUR ZEB
Le docteur Zeb était l'homme le plus instruit de son temps. Son cerveau était un foyer où se rassemblaient tous les rayons de la sagesse, toutes les lumières de la raison humaine. Il savait tant de choses, qu'il avait trouvé , dit-on , le moyen de faire de Por et le secret de ne point mourir, quoiqu'il ait été pauvre toute sa vie, et qu'il soit mort depuis bien long-lempi Maison assure que si le fameux docteur Zeb a toujours vécu dans la pauvreté , c'est parce qu'il savait bien que les ricli ss sont inutiles au bonheur; et que, s'il est mort comme les autres hommes , c'est qu'après avoir acquis une par-
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faite connaissance de-? choses de ce monde , il a voulu s'Instruire de ce qui se [tassait dans l'autre.
Cet homme si justement célèbre , ce génie supérieur rêvait un jour profondément et dans la solitude. Il repassait dans sa tète toutes les sciences qu'il avait apprises, tous les grands secrets dont il avait fait la découverte. Quoiqu'en général d fût aussi modeste qu'éclairé , un peu d'orgueil vint se glisser dans son cœur. L'homme le plus modeste n'a-t-il pas aussi quelquefois ses moments d'orgueil ? Ils sont de courte durée , il est vrai , et la raison nous ramène toujours à la modestie qui n*est que justice.
Le docteur Zeh élevait ce jour-là son esprit jusqu'aux spéculations les plus suhlimes. Il cherchait à pénétrer les mystères de la création , et dans les détails de ce magnifique ouvrage d'un Dieu, il osait trouver quelques inconséquences; quedis-je? il osait même élever sa voix contre l'architecte de ces Innombrables merveilles. Il était choqué surtout de ce mélange de perfections et de défauts, de grandeur et de bassesse, qu'il remarquait dans l'homme. u Pourquoi, disait-il, Dieu a-t -il donné à l'homme ces passions désordonnées qui le tourmentent jusqu'au terme de sa carrière, qui sont les causes premières de tant d'erreurs et de crimes? Pourquoi l'a-t-il réduit à un tel degré de misère et de souffrance ? Pourquoi l'a-t-il soumis aux douleurs du corps, aux douleurs de l'âme ? Ah ! si j'avais eu la puissance de créer, certes, il me semble que j'aurais fait quelque chose de mieux que l'homme ; j'aurais voulu produire des êtres parfaits et complètement heureux. Si Dieu m'avait consulté quand il a crée le monde , je lui aurais, je crois, donné de bons conseils. »
A peine le docteur avait-il prononcé ce discours, que tout à coup un ange de lumière descend du ciel. Le docteur ne peut supporter la splendeur de cet envoyé du Très-Haut ; ses yeux sont éblouis ; il se prosterne la face contre terre ; le ministre de Dieu prend la parole et dit :
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i Le Créateur d< îs mondes i lu dans ton cteuf el dans li pensée, Il rend justice .1 lu profondeur el ;• l'étendue de tr> connaissances , el il vetil le Faire participer I la gloire de le création. \ ces mots l'ange prend le savart dam set braa, el s'élève avec la rapidité de réclair tara dee régions inconnues. Dana une seule minuta, ils mhii pan venue à | >! « 1-1 de cent millions de lieues de h terra, et le docteurs* voit transporté dans une planète, dont, jusqu'à
ce jour, ailCUD astronome n'avait en 1 idée; car elle tenait (relie créée par une seule parole de eelui qui dit à la lumière . Sois
Le savant promène autour de lui des regarda d'etonnement et d'admiration. 1 Quel est ce monde nouveau? ditil. Est-ce un rêve qui le présente i mon imagination, et va t il disparaître à mon réveil ? — Non, lui dit l'ange, ce monde est une réalité ; Dieu vient de le créer pour toi, sous la seule condition que tu le peupleras : car il est encore inhabité. Dieu te donne en ce moment, et pour quinze jours, le pouvoir de créer des êtres semblables à ceux que tu as mis sur la terre, mais il exige que ces êtres soient plus parfaits et plus heureux. Anime donc la poussière que tu foules sous tes pieds; que ces rochers prennent la forme humaine; donne-leur une âme, ton souffle seul aura cette propriété. Mais, je te le repète, il faut que les hommes qui naîtront à ta voix et sous tes mains soient plus parfaits et plus heureux que ceux dont la terre est peuplée. Sans cela, crains les jugements de ce Dieu qu'irriterait ton audacieuse faiblesse »
A ce discours l'ange disparaît et va se réunir au chœur céleste qui environne le trône de 1 Éternel.
Le docteur Zeb avait été surpris dans un moment d'orgueil. Le beau rôle qu'il va jouer n'est pas fait pour le ramener à la modestie. Quelle importante mission! Devenu' le créateur d'hommes nouveaux d'une société nouvelle ! Quoi : d'un seul mot, d'un seul sou I fie , par la seule puissance de sa volonté, il donnerait le mouvement
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et la vie à la matière, il lui donnerait une âme, une raison, une pensée, des sentiments ! Quelle grande destinée! On a de l'orgueil à moins.
Après avoir bien commenté les paroles de l'ange, le docteur dit : « Me voilà doue le maître de créer des hommes à ma fantaisie ! Voyons, réfléchissons, avant de commencer ce grand ouvrage. Je serais bien ignorant si je ne pouvais créer des êtres plus parfaits et plus heureux que les faibles et malheureux enfants d'Adam. Les menaces de Tange ne m'effraient pas. Cependant, voyons comment je vais m'y prendre. » Il se mit alors à réfléchir profondément.
« Oui, je veux que mes créatures vivent en société. Ce n'est qu'en société que le génie s'étend et se développe. Sans la société le génie et la vertu seraient des trésors inutiles. Si je créais l'homme pour la solitude, il faudrait lui donner une humeur triste et concentrée. La gaieté, mère des plaisirs, serait bannie du globe que je vais peupler. L'homme est heureux par les autres , et par luimême; par les autres, en profitant de leur industrie et de leurs vertus ; par lui-même , lorsqu'il fait du bien ; et comment faire du bien lorsqu'on est seul ? Puisque je veux que mes créatures soient heureuses, il faut nécessairement qu'elles vivent en société.
Pour atteindre le bonheur, je veux que les habitants de ma planète ne puissent éprouver le mal physique ; il faut que leur constitution les mette à l'abri de tous les maux qui affligent l'humanité sur la terre... Cependant une réflexion m'arrête. Si l'homme est insensible à la douleur, comment sera-t-il sensible au plaisir? Le plaisir et la douleur viennent tous deux de la délicatesse, de la sensibilité de nos organes. En détruisant la cause de la douleur , je détruis aussi la cause du plaisir. Au lieu de produire un être heureux, je ne produis qu'un automate. Cela est plus embarrassant que je ne l'aurais cru d'abord.
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Si je ne puis empêcher mes créatures < r«jn nu\ «i le mal physique, je les empêcherai bien peut-être d'éprouver la douleur morale. On csl plu- heureux h plus malheureux par !•• cœur que par les sens .le leur donnerai doue toutes les jouissances de l'âme, toutes !<■- affections qui constituent le bonheur, et [j'éloiguerai d'eux avec soin tout ce qui l'altère et le détruit ; rien de plu- facile. >'
Ici ie docteur s'arrête encore, et, posant une main sur son front , il se livre aux plus profondes méditations.
« Cependant, dit-il, si je donne aux êtres qui vont sortir de mes mains tous les plaisirs de L'âme, il me parait bien difficile qu'ils en ignorent les peines. Pour jouir il faut avoir désiré ; les désirs qu'on a sentis vivement donnent bien plus de prix à la jouissance. Si les hommes que je dois créer ont des désirs, ces désirs seront mêlés de craintes et d'espérances ; leur repos sera donc troublé , et s'ils ne peuvent atteindre au bien désiré , ils seront vraiment malheureux. S'ils obtiennent ce qu'ils auront désiré, ils \oudront conserver l'objet de leur jouissance, et, s'ils viennent à le perdre, comment les garantir des regrets ? S'ils n'avaient pas de regrets , ce serait une preuve qu'ils n'auraient pas eu de jouissance. Eh bien rendons-les frivoles , légers , insouciants ; ils auront moins de peines, et leurs chagrins seront promptement oubliés. Oui ; mais aussi ne feront-ils qu'effleurer le bonheur, ils ne sauront point jouir. Réellement tout cela n'est pas facile à concilier ; mais voyons plus loin.
Les hommes que je veux créer seront donc , comme les habitants de la terre, soumis à la peine, aux douleurs du corps, aux maladies de l'âme, puisque je ne puis faire autrement, même pour leur bonheur. Mais au moins, comme je veux qu'ils vivent en société , ils posséderont toutes les vertus. Les vices n'entreront point dans ma planète ; je n'y laisserai point pénétrer l'orgueil , Pégoisme, la cupidité. On n'y verra point d'avares, point
de dupés, point de fripons, point d'ambitieux surtout. Je ne veux point de ces gens qui ne vivent que du sang et des larmes des nations, qui ne s'élèvent que par des attentats, qui se croient grands parce qu'ils font trembler le faible, et qui paient l'encens de la bassesse avec les dépouilles de la vertu. Je veux empêcher ces guerres funestes que les pauvres enfants d'Adam se fout sans savoir pourquoi. Les babitants de ma planète n'auront que des affections douces, des sentiments et point de (tassions, car les passions sont les seules causes de toutes les erreurs et de tous les foi faits des hommes.
Point de passions ! Cependant il faut avouer qu'elle^ donnent une grande énergie à Pâmé, un grand développement aux idées, une incroyable audace à l'être qui n'entreprendrait rien sans elles, et qui brave tous les dangers pour les satisfaire. Si mes créatures n'ont point de passions, elles n'entreprendront rien de grand ; elles verront des inconvénients, des obstac'es, des périls dans tout ce qu'elles voudront exéeuti r. Je ne produirai (pie des êtres médiocres qui ne feront que végéter. Il n'y aura point de mouvement dans la société , et jamais elle n'arrivera au degré de splendeur et de gloire où je voudrais la voir parvenir un jour. 11 faut donc absolument des [tassions.
Mais il est nécessaire que mes créatures n'aient pas toutes les mêmes passions ; jamais elles ne seraient en paix. Si elles portaient toutes le même caractère , elles voudraient toutes tenter les mêmes chose*, se rencontreraient toujours sur les mêmes chemins , et se nuiraient dans l'exécution des mêmes projets. Il n'existerait point d'amis dans ma planète, et des haines violentes naîtrai- nt d'une éternelle rivalité. Pourquoi deux hommes dont le caractère offre beaucoup d'oppositions et de contrastes, s'aiment-ils plus que deux hommes dont le caractère se ressemble? ft'est-ce pas précisément parce que celte différence entre leurs caractères détruit en eux toute
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espèce de rivalité , el par conséquent tout germe de discorde el «le haine? Or, quand deux hotninea n'uni point de raison! pour m haïr, il csl bien difficile qu'ils n'en trouvent pas pour s'aimer, ai quelque circonstance favorable les rapproche.
Les hommes qui habiteront ma planète auront rioltc des passions différentes, puisque je ne puis empocher qu'ils n'aient des passions Mais >i je partage entre ettx la nom* bre infiniment boriié de passions que les hommes sont susceptibles d'éprouver, il fout « j i u* mes créatures loi éprouvent, ces passions , dans des degrés différents; car il y aurait encore une trop grande ressemblance dans les caractères, que les nuances sentes des passions peuvent modifiera l'infini. Il faut don'- que ilans deux milliards d'hommes qui peupleront ma planète , se trouvent toutes les nuances du peu de passions dont ma nature m'a donné une juste idée. Alors il y aura autant de variété dans les caractères qu'il existe de nuances dans les passions , et il m'est bien prouve que cette variété est nécessaire à la perfection et au complément de mon ouvrage.
Mais alors comment empêcher les vices de. se glisser dans ma planète? Je veux en éloigner la cupidité; mais la cupidité n'est elle pas une nuance de l'amour du bienêtre ? Je ne veux pas qu'il y ait des dupes et des fripons; mais je veux créer des hommes bons, généreux et couliants. Comment donc empêcher qu'il y ait des dupes et des fripons dans un monde où la bonté, la confiance et la générosité rencontreront la cupidité sur leur chemin ? Je ne veux point de l'orgueil ; mais l'orgueil est une nuance de l'amour de soi, mobile excellent en lui-même, et absolument nécessaire à la conservation de tous 1rs êtres. Je ne veux point d'ambitieux, cela est bien facile à dire; mais l'ambition n'est- elle pas une des modifications de l'orgueil ? En créant l'orgueil, je donne aussi naissance à l'ambition. Eh bien ! je veui faire en sorte que mes créatures comptent pour rien les richesses, les honneurs
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et la puissance. Beau raisonnement! D'autres objets donneront une autre direction à leur orgueil; elles auront une autre ambition , et s'égorgeront pour autre chose. Elles ne s'en trouveront pas mieux.
Ainsi donc je ne pourrai donner aux habitants de ma planète un autre caractère que celui des habitants de la terre ? Il faudra que ma société nouvelle soit un composé de vices et de vertus ; il faudra qu on y trouve la bassesse et la grandeur, l'orgueil et la modestie, la friponnerie et la bonne foi , comme parmi les enfants d'Adam. Je suis obligé, pour que mon ouvrage soit complet , d'employer le bien et le mal , comme un peintre habile emploie deux couleurs opposées, pour nuancer toutes les parties de son tableau.
Eh bien! si je ne puis donner a mes créatures un caractère plus parfait que celui des habitants de la terre, je puis leur donner au moins un génie plus grand, plus étendu, un jugement plus sein, une imagination plus riche et plus variée, enfin de plus grandes dispositions pour toutes les sciences et tous les arts. Alors j'aurai formé des êtres plus heureux, puisqu'ils auront un degré de perfection de plus. Cela demande réflexion. Examinons quelle sera la mesure de leur génie, et jusqu'où pourront s'étendre leurs connaissances. Leur donnerai-je une telle aptitude aux sciences, qu'ils apprendront sans peine tout ce qu'un Dieu dérobe à la pénétration des enfants d'Adam? JNon, car dès l'instant qu'ils sauront tout, leur génie restera sans aliment; il ne leur sera d'aucune utilité, et languira dans une oisiveté semblable à la mort. Il faut donc qu'il y ait dans la nature un grand nombre de secrets ignorés de mes créatures. 11 faut qu'elles sachent précisément ce qui est utile pour leur bonheur, et qu'elles cherchent à apprendre le reste. Mais voilà , je crois, la mesure que le Créateur a donnée au génie des habitants de la terre. Ceux de ma planète auront un jugement plus sûr, verront mieux les choses, sauront mieux les apprécier à leur juste
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valeur. Mais non; |o déraisonne. Puisqu'ils auropl les mêmes passions que 'efl enfants d'Adam, ils verront, couine eux, avec les yeux «le leurs passions, et ne verront pas plu> clair.
Eh bien! il- en seront dédommagés par l'imagination. Je leur donnerai le sentiment le plus exquis du beau dans les arts; ils amont de plus grands peintre-, de plus grands poules.... Mais, que dis- je ? Les arts ne sont que l'imitation de la nature, ils ne peuvent offrir que les images île- choses naturelles. La perfection dans l'imitation de ces images dépend éminemment de la manière de sentir. Les enfants d'Adam peuvent arriver un jour à cette perfection, quand leurs ouvrages seront dans une parfaite harmonie avec leurs sentiments et leurs sensations.
Ainsi donc, les habitants de ma planète seront condamnés à n'avoir pas plus de génie, pas plus de jugement et d'imagination que les habitants de la terre ! C'est assez triste ; car ces facultés brillantes, dont ces derniers font tant d'étalage, se réduisent chez eux à bien peu de choses. Du moins, ce qui me console, c'est que dans ma planète, on ne verra point de sots. Je veux que toutes mes créatures aient de l'esprit. Je ne vois point de quelle utilité sont les sots sur la terre, et pourquoi ils s'y trouvent en si grand nombre.
Des sots? dit- il ; hélas ! il faudra bien qu'il s'en trouve aussi dans ma planète. Donnerai-je à toutes mes créatures un génie égal? Seront-elles toutes douées d'une égale faculté de penser? Si tous les habitants de ce nouveau monde ont une même portion d'esprit, cet esprit ne sera plus d'aucune valeur. Toute émulation sera détruite. Les modifications devant être infinies dans les caractères, elles doivent être infinies dans les esprits. Pour que mon ouvrage soit complet, il faut parcourir toutes les nuances, depuis le génie jusqu'à la sottise inclusivement, comme je dois parcourir toutes celles qui existent entre le bien et le mal ; et puisque les habitants de ma planète ne peuvent
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avoir plus d'esprit (pic ceux des habitants de la terre, les sots que je vais être obligé de créer seront nécessairement aussi sots que ceux du globe où je suis né.
Eli bien ! du moins , je veux faire en sorte que les sots de ma création se rendent justice ! Je les dédommagerai en leur donnant la modestie. Les hommes ici n'entreprendront rien au-dessus de leurs forces intellectuelles. On ne verra point une multitude de gens sans esprit et sans talent inonder le monde d'une foule de mauvais ouvrages , des ignorants faire des systèmes de politique, de morale, elc, des gens sans imagination se mêler d'être poètes ou romanciers, des barbouilleurs prendre le litre de peintres, etc., etc J'y mettrai bon ordre, et chacun se tiendra à la place que je lui aurai destinée
Vain projet î Tout cela , sans doute, arriverait, si je pouvais bannir la vanité de ma planète. Mais il faut qu'elle s'y trouve comme nuance de l'amour de soi. Comment donc puis -je empêcher qu'elle se rencontre préei-ément avec la sottise ? jNVst-il pas trop heureux que les petites passions aillent se loger dans les petites âmes? Et ne vaut-il pas bien mieux que la vanité soit accolée à la sottise qu'elle fait voir sous son vrai jour, qu'au génie qu'el'e dégraderait? Ne serait-il pas dommage que la modestie fût l'apanage des sots? Elle cesserait alors d'être la plus belle parure des talents, et personne ne voudrait la posséder.
Ainsi donc je ne pourrai créer des êtres plus parfaits et plus heureux que ces hommes auxquels je trouvais tout à l'heure un si grand nombre d'imperfections! Cela est bien humiliant pour moi ! »
Le docteur Zeb passe quinze jours entiers dans ces méditations profondes. Plus il rêve, et plus il voit l'impossibilité de créer une société d'hommes sans passions et sans vice-. Il reconnaît qu'il est obl'gé de créer des dupes et des fripons, des bons et des méchants, des prodigues, des avares, des ambitieux, des êtres vains, des sots et des