‹ ŒuvresChapitre 10 sur 88 · I \ PLANÈTE, M · texte numérisé non relu

I \ PLANÈTE, M

originaux do toute espèce t. a quinzième aurore s,> lève, el le docteur esl dans une grande perplexité, car il n'a encore rien créé.

« Quoi! dit-il, j'ai la faculté de créer, el je n'en ferai point usage ! lu instant j'ai triomphé , je me suis vu doué d'un pouvoir divin, el cela ne m'aurait servi qu*â me faire sentir mou impuissance . Non, je ne veux point retournai sur la terre sans avoir crée quelque chose, ne fût-ce qu'une mouche Amusons nous d'abord à créer une mouche; niais n'oublions pas de la rendre plus parfaite «pie les mouches de la terre. C'est une condition dont je ne puis urée, nier sans encourir la disgrâce d'un Dieu.»

V ces mois , il réfléchit encore aussi profondément qu'il l'avait lait lorsqu'il avait voulu créer de» hommes. Il avait vu bien des mouches dans sa vie, il les avait examinées de près, avec l'attention la plus scrupuleuse, et la terre ne possédait pas un insecte (tout le savant homme ne connût l'organisation. Tout à coup il s'arrête et s'ecrie : « Une mouche ! Moi, créer une mouche ! Suis-je fou ! Rien de plus parfait qu'une mouche ! Cette merveilleuse structure d'un insecte confond la faible raison humaine eu attestant la puissance infinie du créateur. Ah ! grand Dieu ! pardonne-moi le mouvement d'orgueil qui m'a fait méconnaître un instant ta sagesse. Mou ignorance s'humilie devant toi. Je m'érigeais en censeur de tes œuvres, je ci oyais pouvoir créer des êtres plus parfaits que les hommes; et je ne puis rien imaginer de plus parfait qu'une mouche!»

A peine il achevai! ce discours, qu'un coup de tonnerre se fait entendre. Le docteur Zeb lève, en tremblant, ses yeux vers Je ciel, et il aperçoit l'ange qui l'a conduit dans cette planète inhabitée. L'envoyé céleste est porté légèrement sur un nuage transpatent el nuancé d'or et d'azur. Il sourit et dit : « Re.ève toi, savant docteur, et ne crains rien Dieu est trop juste , trop grand et trop bon pour ne pas te pardonner la folie , quand tu la reconnais et te repens. 11 a voulu voir jusqu'où irait ton extrava-

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gance ; et si tu oserais te servir du pouvoir qu'il l'avait donné. Il te sait gré de (a modération. Ne cherche plus, faible et aveugle mortel , ne cherche plus à mesurer cette chaîne immense dont lu vois isolément quelques anneaux, mais dont tu ne peux connaître ni rétendue incommensurable, ni la structure merveilleuse. Pour avoir une juste idée de la sagesse d'un Dieu , ce n'est pas plus sur un homme que sur un insecte qu'il faudrait le juger, mais sur la création tout entière, dont les mystères sont trop au-dessus de ton intelligence. L'homme et la mouche sont imparfaits par leur nature, mais ils sont parfaits par leur destination. Si Dieu eût créé des êtres parfaits par leur nature, il eût créé des dieux. »

A ces mots, un second coup de tonnerre se fait entendre. L'ange fait monter le docteur sur son nuage. Dans un instant la planète s'anéantit, et le docteur Zeh se trouve dans sa maison, au milieu de sa famille et de ses amis qui pleuraient encore sa perte. Depuis cet événement, il fui encore plus sage qu'il ne l'avait été; il n'eut plus de mouvements d'orgueil , et ne sentit plus le désir de créer des hommes à sa fantaisie , ridicule manie de tant de philosophes.

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