SCÈNE VIII
LA FOLIE, UN MEUNIER, richement vêtu y arrivant dans une chaise à porteurs.
LA FOLIE, à part.
Il paroît homme de conséquence.
LE MEUNIER, saluant grossièrement.
Madame,.... je vou... jevou...
Qu'y a-t-il pour votre service ?
LE MEUNIER
Je voudrions bian savoir comme ça où c'est que je pourrions trouver la Gloire.
l'a folie, riant.
Ha! ha! ha! ha! ce n'est qu'un manant!
î246 liE TEMPLE
EE MEUNIER
Air : Ton humeur est ^ Catherine, n." 144. f Morgue , vous me feriaiz croire Que c'est vous, car vous riez.
Oui , l'ami , tu vois la Gloire De la tête jusqu'aux pieds.
Dans ces lieux que viens-tu faire ?
LE MEUNIER
J'y vians vous parler «l'amour.
Vous seraiz ma minagère , Si vous voulez , drcs ce jour.
Tu n'y penses pas. Me convient-il d'épouser \\n paysan ?
LE MEUNIER
Oh ! si l'avons été paysan, je ne le sommes pus. Ne le voyez-vous pas bian à mon habit ? Je regorge de bian j il ne me faut pus à sl'heure que de l'honneur.
Quel commerce as-tu fait pour t'enrichir ?
LE MEUNIER
J'ai été meunier.
Air : Lesjillcs de Nanterre. n," 79. Pour se mettre à son aise, C'est donc un bon métier?
LE MEUNIER
Il vaut, ne vous déplaise.
Celui d'un maltoutier.
DiaiUie !
LE MEUN 1ER
L'y a cinq ans que j'avois déjà amassé , par mon savoir-faire , pus de soixante mille francs , quand le signeur de Châtiau-l'i^nier, de qui je icnois le moulin , se défesit de sa tarre; et ce fut un agioteux , nommé monsieu Bariolet , qui l'achetit six cents bonnes mille livres , papier sur table.
LA rOLIE.
En espèces courantes.
LE MEUNIER
Air : Voyelles anciennes, w," 293.
Dame, ce monsieu Eariolet Boutit d'abord tout pa* ccuelles.
Ce n'étoit cheux li , s'il vous plaît, Qu'écornifleux, que damoiselles.
Tant y a qu'il mangit tout son bian, En menant si joyeuse \i i i i il ie ; Et drès qu'on ne li vit plus rian , Chacun lifaussitcompagnii i i i iie.
C'est-à-dire, qu'il ne lui resta plus que sa terre.
LE MEUNIER
Tout juste. Un biau matin je le vis arriver à mon moulin, d'un air honnête : l)on jour, maître Pille - grain , me dit-il. Comment va le train? A votre service, monsigneur , ce li fis-je. Pargoi , me dit-il , je sais que t'es un pendard quia de vieux écus ; voudrois-lu bian , ce fil-il , me prêter un mil-
lier de pistoles?Oui-dà , li dis-je. Et je les lis baillis tout comptant.
Air : Adieu , paniers^ vendanges sontjaites. n.° 164. On vit revenir les fillettes, Tant que durèrent les écus ?
LE MEUNIER
Oui j mais d'abord qu'il n'en eut pus, Adieu, pagniers, vendanges sont faites.
Il revint au moulin , n'est-ce pas ?
LE MEUNIER
Belle demande ! et je lis prêtis encore quinze mille francs qu'il me demandit.
Il en fit le même usage ?
LE MEUNIER
Ça fut itou bianlôt fricassé. Enfin finale , il revint tant de fois au moulin , qu'il se trouvit au bout du compte que je li avois baillé quatre -vingt mille francs. Tout pendant ce temps-là , je vivions comme deux frères; mais, comme dit l'autre, au prêter, cousin germain j et au rendre, fi le vUain !
Je t'entends. Tu fus obligé de plaider pour ra- Toir ton argent ?
LE MEUNIER
Oui, serpedié ! il fallut bien en découdre.
de'mémoire. 249
Air de Grimaudin. n." 6.
Je fis venir sa signeuric
Danslebarriau, Puis je jetis une saisie
Surlechâtiau ; A la parfin , j'avons l'honneur D'en être devenu signeur.
liA. FOLIE.
Et que fait à-présent ce pauvre diable de Bariolet?
liE MEUNIER.
Il a pris ma place ; je l'ai fait mon meunier.
I>A FOLIE
Maître Pille-grain, nouveau seigneur de Châieau-1'Anier, je prévois ce qui arrivera.
LE MEUNIER
Quoi?
Vous ferez comme Bariolet , et Bariolet fera comme vous avez fait. Tous allez dépenser, il va amasser , et il rentrera dans sa terre.
LE MEUM 1ER
Et moi dans mon moulin , jusqu'à ce qu'il y revienne. Je jouerons aux barres.
Tu ne pouvois manquer de me plaire , avec des
sentimenls si raisonnables.
Air : Ne m" eniendez-pous pas. n.° 10. Ah ! fj[u"'il me sera doux D'unir ma de^ÙBée ,
iiÔO I.E TEMPLE
Par les nœuds d'hyménée.
Avec un tel époux !
LE MEUNIER
Bon ! la vache est à nous !
Va m'attendre dans mon Temple.
(// salue et s'en va.)