SPINETTE, BLAISE
BL AISE , «par^. ' *.ii" t
Ho! ho ! à qui en veut ce jeune gaillard?
293 L0BSTAC1.E
SPINETTE, àpart.
Qui est cet homme-ci ?
EL AISE
Air : Quejaites-vous , Marguerite ? n.° i']5. Dites-moi , ne vous déplaise , Qui cherchez-vous, jouvenceau ?
Je demande monsieur Biaise, Le fermier de ce château.
BLAISE
C'est moi , mon enfant. Est-ce qu'oiis ne le voyez pas bien ? Il me semble que j'avons un certain air relevé , qui doit faire connoître qui je sommes.
SPINETTE
Oui, vraiment ; vous avez même trop bonne
façon, pour n^être que le fermier de cette terre.
Air: O reguingué ^ ô lonlanla. n.» 4. Je VOU5 en croyois le seigneur.
De grâce, excusez mon erreur.
BLAISE , se carrant.
O reguingué , ô lonlanla !
SPINETTE
Cette méprise est excusable.
BLAISE
AUe est, ytaiment , très-pardonnable.
{Apart.) Voilà un petit garçon qui me paroît connoître son monde.
FAVORABLE. 2(jO
SPINETTE
M. Biaise , on m'a dit que vous aviez besoin d'un berger.
BLAISE
Ça est vrai; je châssis hier le nôtre , parce que o'étoit un fripon qui se mêloit de guiablerie, , ^
A'vv : Quand Iris prend plaisir à boire. n.° 845/ Il faisoit mille malebosses ,
Savoit arrêter les carrosses ,. \ [)
Il troubloit des filles le sens.
Et l'autre jour, dans notre cimetière , Il fit, par ses enchantements, Danser un mari dans le temps Qu'on entarroil {bis) sa minagèrc.
SPINETTE
Cela est bien méchant. Pour moi , si mes services vous sont agréables, je ne vous donnerai pas sujet de m'accuser de sorcellerie.
BliAISE.
Morgue! il m'est avis qu'ous n'auriais pas besoip de ça pour faire courir nos filles après vous.
SPINETTE
Air: On ne peut ^ quoi que Von fasse, n.*' ^zS. Oh ! sur moi les plus gentilles Exercent en vain leurs appas.
N'appréhendez rien pour vos filles, Je ne les tour Loure, loure , loure , loure, loure, loure , Je ne les tourmenterai pas.
BLAISE
Effectivement , vous ne m'avez pas l'air d'un garçon bien affamé de femelles.
ag^b I^'OBSTACLE
SPÏNETTE.
Il est vrai ; et je vous assure que si tous les garçons éloienl faits comme moi , les filles passeraient fort mal leur temps. o;/p
BL.AISE
Comment est-ce qu'on vous appelle?
SEIMETTE.
Colinet, à votre service.
BLAISE. , , ir .T
Bon ! je crois que je serai content de'vous, car vous me plaisez tout-à-fait.
s FINETTE.
-C'est un effet <le mon bonheuri aaid .»
<iî(/ iii'l»» B L A I s E , « part/- 3iloè:. .
Que ça estbian élevé! (jfir«7if.)Acoutez, Colinet: Il est bon que je vous avartisse de ce qui se passe dans ce cliâtiau , à celle fin qu^ous ne fassiais point de bévue, faute de savoir le trantran.
Air : Et moi itou. n.° 426.
Je Tais vous conter l'affaire
Tout de bout en bout.
Vous saurez un grand mystère :
jVïais motus.
- SPÏNETTE, Je sais me taire.
BLAISE
Et moi itou. ' • ' ( bis)
Je vous dirai donc d^îtbord , pour conclusion , que ce cliâtiau apparliant n un i^ros siijneur, qui
FAVORABLE. îigô
n'y met jamais le pied ; ce qui est cause que je me sis avisé d'en louer une portion à un médecin , nommé M. Trousse-galant, qui a quitté Paris par chagi'in. ■ =•• -
SPINETTE
Par quel chagrin ?
BLAISE
C'est que depis queuqiie temps les médecins et les cirugians de Paris vivont ensemble comme clîiens et chats. Los cirugians avont dit aux médecins , qu'ils ne vouliont point tenir d'eux pour ce qui est d'à l'égard de lai chose de la cirugie ; et qu'ils ne prétendiont pas, quand ils coupiont fis* tures au darrière , que les médecins y fourissent le nez.
SPINETTE
Et que répondent à cela les médecins?
BliAISE,
Air '. JT avance y y acance. n.® 58.. C'est à nous de tous ordonner Comment il faut couper, rogner , J'avons pus que vous de loqueuce.
SPINETTE
Et les chirurgiens, que répliquent-ils?
BLAISE
Y avance, y avance, y avance, Je nous gaussons de l'ordonnance.
Air : Marotte Jait bien lajlère. n.° 'i-'JA- Voyez donc la médecine.
Avec le bonnet qu'aile a!
39^ l'obstacle
AH' s'imagine
Que la doctrine Vîant au docteur drès qu'il a ça ,
Drcs qu'il a ça.
Voyez donc la médecine, Atcc le bonnet qu'aile a !
SPINETTE
La plaisante querelle !
BLAISE
Enfin finale , ils avont fait je ne sais combiôn d'écritures les uns à l'encontre des autres. Ça a fait un verbiage du guiable. M. Trousse-galant, comme le plus têtu de sa bande, a dit pis que pendre des cirugians ; mais comme il a vu qu'il ne faisoit que battre l'iau , il s'est dépité contre la ville , et il est venu demeurer à la campagne avec Valère et Argentine , ses enfants , et une fillole nommée Na nette.
SPINETTE
Et comment vit le docteur en ce pavs?Reçoil-il compagnie ?
BLAISE
Air : Des fêtes du cours, n.' 427.
Tout chacun l'abandonne Comme un \'ilain hibou , Qui ne veut voir parsonne :
C'est un franc marabou.
U retiant ses enfants ici dans la clôture, Comme des malheureux,
Tons deuxj Mai* , s'il en a la ripf ,
FAVORABIiE. 297
Morgue!
J'en avons la sarrure.
Serpedié ! Je li en baillons bian à garder!
SPINETTE, à pari y émue.
Queva-i-il m'apprendre! {Haut.) Conter-moi cela , je vous prie , monsieur Biaise.
BliAISE.
Hé ! vraiment, c'est ce que j 'a vois à vous dire. Mais, encore une fois, bouche close.
SPINETTE
Je ne suis pas un babillard.
BIjAISE.
L'y a huit jours qu'un monsieu de Paris, qui est amoureux d'Argentine , m'abordit dans le village : Monsieu, me dit-il, en me boutant dans la main une poignée de jaunels, v'iez-vous bian me rendre un sarvice? Putôt deux, li dis-je : qu'est-ce qu'il y a ? Je voudrois, me dit-il, qu'ous fissiais parler ce soir à la chambrière d'Argentine. Venaiz-vous-en , 11 dis-je , entre chien et loup , et votre affaire est dans le sac. Il n'y manquit pas. Je l'abouchis avec la sarvante, qui li Ijaillit l'aisance de parler la nuit , dans le jardin , à Argentine.
Air: Voyelles anciennes, n." 293.
Ces biaux amoureux , chaque nuit ,
Faisiont la même manigance j
■ Et se retiriont sans hiuit,
Au chant du coq , par prévoyance ; Mais , palsangué, le médecin
■ A découvert tonl ieiayStc , c ^ t , è , é, i- , f.rr :
2f)8 l'obstacle
Et le boTi-homme a , ce matin ,
Boute' dehors la chambriè ,è,è,è,è,è, ère.
SPINETTE , d part.
Mon frère seroit-il tnihi? {Haut.)\t(i galant, sans doute , n'en demeurera pas là.
BLAISE
Non , pargol ! Et il se prépare à jouer au docteur un bon tour aujourd'hui. 11 doit venir avec un garçon , nommé Arlequin , qui fricasse l'amour à la fillole.
SPINETTE
Avec Arlequin ! Le galant ne s'appelle-t-il pas Dorante ?
BLAISE
Oui. Est-ce qu'ous le connoisSez?
SPINETTJE.
Je suis ravie que vous avez, pris mon frère sous votre protectiou. , . "
BLAISE.. .r i . v"' '1 t "^ ■
Qu'est-ce que vous dites là ?
SPINETTE
Je vous la demande aus^i pour le berger Colmet, dans lequel vous voyez Spinette ,sœur de Dorante.
BLAISE
Ça n'est pas possible !
J'aime Yalère , comme mon frère , Argentine.
FAVORABLl!. 299
BLAISE
Taiigué ! Je ne m'étonne pas si je vous trouvois si gentil. Ne vous boulez pas en peine.
Air : Belle chanoines se. n." 428.
Allez , votre affaire Par marveiilc ira ; Car Biaise vous sarvira :
Vous varrez Valèrc Tant qu'il vous plaira. {his)
SPINETTE
Mon cher Biaise , vous n'obligerez pas une ingrate.
BL.AISE
Mais au bout du compte, je ne sais pas comment tout ceci finira ; car Dorante est clrugian , voyez-vous ! et vous êtes sa sœur.
SPINETTE
Cela est vrai. Voilà le seul obstacle que nous ayons à vaincre.
BLAISE
Ça ne sera pas aisé. ■ .. J'ai entendu dire bian des fois au docteur, qu'il aimeroit mieux jeter ses enfants une plarre au cou dans la riviare , que de Aous le bailler en mariage : non pas que vous ne soyais , ce dit-il, honnêtes gens , mais parce que vous êtes de la race maudite des cirugians. Air : Jardinier^ ne pois-tu pas. n." 'jo. Leu nom le boute en courroux.
Celte liaîne implacable Eitbien.fàcheuse pour nous.
500 liOBSTACLE
BLAISE
Bref, il les voutlroit tretoas
Au guiable , au gniable, au guiable.
Mais , ne disons mot, le v'ià qui viant.