‹ ŒuvresChapitre 152 sur 229 · SCÈNE Vï · texte numérisé non relu

SCÈNE Vï

COLETTE, UN TABELLION, son oncle.

COIiETTE.

Je vous suis bien obligée , mon oncle , de ne m'avoir pas abandonnée dans le voyage que les Amours me forcent de faire ici, sans que je sache pourquoi.

liE TABELLION.

Foi de Tabellion , je n'en sais rien non plus.

COLETTE

Air : Non , non ,7e ne me connais guère, xx." 438. Non, non, je nele connois guère.

Cet enfant qui règne à Cythère.

LE TABELLION

Ce petit dieu n'est qu'un vaurien.

Oh ! pour moi, je le connois bien.

Il m'a joué de bons tours.

DÉGUISÉS. 34l

Cela est vrai. Tenez , par exemple , il n'a jamais voulu vous donner le cœur de ma tante. liE TABEL LION.

Tu as raison, Colette ; ta tante , ayant noire mariage , a bien fait la rétive.

COLETTE

Air : Je suis lajleur des garçons du village, n.* i6q~ Elle fuyoit votre ardeur méprisée , Sans la payer d^aucun retour.

LE TABELLION

Oui , mais je l'ai braTcment épousée^

En dépit d'elle et de l'Amour.

COLETTE

Le receveur de la dame de notre village a eis bien mal au cœur de ce mariage-là.

LE TABELLION

Oui , parbleu ! Il m'en a voulu pendant quelques jours j mais, heureusemenv, le temps l'a guéri. Il s'est fait une raison ; il m'accable d'amitiés, et ne sauroit passer un jour sans venir chez moi.

COLETTE

C'est un bon enfant , il ne garde point sa rancune.

LE TABELLION

Mais , dis-moi un peu , ma nièce \ puisque les Amours t'ont forcée de venir à leur revue , il faut bien qu'ils ayent quelque hypothèque sur ta personne.

Aucune ; je suis trop prévenue contre eux.

542 I.ES ÀMOUKS

Air : Je me ris ^je ihe ris ^je me riscCeux. n.® 127-

Souvént je vois des amants ,

Qui s«* parlent dc'téndresse y

Ils ont peu <rhenreux moments,

Ils se querellent sans cesse.

Je me ris , je mé ris, je me ris d'eus: ,

L'amour est une foiblessçj Je me ris , je me ris , je me ris d'eux :

L'amitié' boriie mes vœux.

liE TABELLION.

C'est fort bien fait à toi. L'amitié vaut mieux que l'amour. C'est, sans doute, pour Lisette que lu gardes la bonne amitié ?

COLETTE

Oui, j'aime bien Lisette ; mais il me semble que j'aime encore, davantage mon cousin Léandre.

LE TABELLION, hr aillant la tête.

Hon ! lion !

COLETTE

Oh! ne croyezpaspourcelaque j'aye de l'amour pour lui.

LE TABELLION

Mais pourquoi as-tu plus d'amitié pour lui que pour elle?

Je n'en sais rien.

LE TABELLION

Je le devine bien , moi. C'est que Léandre est un jeune ofiicier, lieutenant de sa compagnie , qui a un plumet rouge , une cocarde blanche : oh!

DEGUISES. 5ia

clame ! tout cela ccliaulTe bien l'amilié clans le cœur d'une fille.

COLETTE

Air : Attendez à demain , mon roisin. ii.° 439. Il est vrai que jel'aime , Comme on aime un cousin.

li E TABELLION.

Il en use de même, Pour couvrir son dessein.

Ah ! morbleu ! qu'il est fia !

Le cousin !

Ah! morbleu! qu'il est fin!

COLETTE

Vous VOUS trompez, mon oncle.

LE TABELLION

Air: Voiiîez-rous-sapoir qui des deux ? n.° i3. Lorsqu'on veut, sans lui.faire peur.

Avoir le bail d'un jeune cœur j Comme on craint que , pour cette affaire , Il ne demande caution.

L'amour est l'adjudicataire, Et l'amitié le prête-nom.

COLETTE

Vous vous irompez, vous clis-je; Léandre ne dissimule point son ardeur.

LE TABELLION

C'est donc loi qui caches la tienne. Mais, ma

pauvre Colette, tes finesses sont cousues de fil

blanc.

Air : Je passe la nuit et le jour. n.° 106. Quand près de toi ce beau cousin, En petit-maître se trémousse , Comment recois-lu ce badin?

COLETTE

Hé! mais vraiment, je le repousse.

LE TABELLION

Tu le repousses plaisamment !

Tu t'y prends si nonchalamment.

Si doucement , Si mollement , Qu'il y revient à tout moment.

COLETTE

Ah ! mon oncle , que vous expliquez mal la manière dont jereçoisles airs familiers deLéandre î

Air : Comme un coucou que l'amour presse, n." 2n. Devez-vous , sur ces apparences , Jug< r que je l'aime en efFet ?

Ce sont de petites licences Que le cousinage permet.

LE TABELLION

Je veux bien croire que je m'abuse ; mais il faut avouer que l'amour de ton cousin fait bien ses orges avec ta bonne amitié.

Allons , le commissaire de la revue nous fera Toir tantôt qui de nous deux est dans l'erreur.

( Ils s'en vont. )

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