SCÈNE VIII
ARLEQUIN, MADAME DOUCET, veuve.
MADAME DOUCET
Je ne conçois pas ce que l'Amour peut avoir à clëtiiêler avec madame Doucet, qui, sans contredit 5 est la femme de Paris la plus édifiante.
ARLEQUIN
Où est donc cette édifiante madame Doucet?
MADAME DOUCET
Vous la vovez.
Air : Comme un coiicoji que V amour presse . r." 27. Je suis une riche douairière.
ARLEQUIN
A votre air je m'en aperçois.
MADAME DOUCET
Ponr une femme régulière , Le marais ne cite que moi.
Je vous en fais mon compliment.
MADAME DOUCET
Air : Quel plaisir d'aimer ^avs contrainte. n." 162. Ah ! peut-on traîner à Cythère , Femme d'un visage si sévère !
ARLEQUIN
Votre petit cœur n'est pas , je gage , Aussi prude que votre visage.
Dl'lGÙISKS. 0'±7
MADAME DOUCET
Vous n'êtes pns bon physionomiste.
Air : Lonturtii. n.° l8.
. Je fuis l'esclavage
Du di'-ii des amours j Dans un doux veuvage Je passe mes jours.
ARLEQUIN
C'est être bien sage.
MADAME DOUCET
Je n'aime que la vertu.
ARLEQUIN
Lanturlu , lanturlu, lanlurelu.
( A part. ) Voici quelque amour hypocrite.
MADAME DOUCET
J'ai sur-tout une extrême setisibilltë pour les malheurs d'autrui. J'ai retiré chez moi Damis , jeune homme aimable et vertueux , qui étoit dans une indigence. . . . Il n'avoit pas d'habit.
ARLEQUIN. j ,^/,j ..;
Air : Ah ! quel plaisir , lorsqu'après milte alarmes. n.o 348.
Ah ! quel plaisir de couvrir la misère D'un jouvenceau sans aiigent, et tout nu.
MADAME DOUCET
Le pauvre enfant inanrjuoit duiiëcefesaire.
ARLEQUIN
Il a chez vous trouve du superûu.
MADAME DOUCET
Je le rencontrai chez une vieille dame de mes
348 liES AMOURS
amies, Hont il alloii implorer le crédit pour avoir un emploi. Dans l'aballement où le mettoil sa mauvaise fortune , il avoit un air triste , mais touchant , de longs cheveux blonds négligés , mais beaux ; enfin , c'éloit une belle fleur , qui séclioit sur pied , faute de suc alimentaire.
ARLEQUIN
Vous arrivâtes là, comme une pluie après trois mois de sécheresse.
MADAME DO u CET, déclamant.
Voilà comme Damis vint s'offrir à ma vue.
Je l'avouerai, d'abord mon ame en fute'mue :
Et ma vertu frémit de cette émotion :
Mais, voyant que c'étoit pure compassion,
Aussitôt je formai le dessein charitable
De tendre à ce jenne homme une main secourable.
C'est une belle chose que la pitié !
MADAME DOUCET
Je l'emmenai chez moi , je le fis mon intendant, et je n'ai pas sujet de m'en repentir.
Air ; Faire l'amour la nuit et le jour, n.* 35. Cet aimable blondin Donne à son ministère Les heures du matin.
Et s'occupe à me faire
Sa cour Le reste du jour.
ARLEQUIN
Et VOUS recueillez avec usure le fruit de votre pitié.
MADAME DOUCET
Vous badinez, je pense.
ARLEQUIN
Air : Lonlanla , derirette. n.» 46.
Oh ! je n'ai garde, en ve'rilé ; Et votre régularité ,
Lonlanla , derirette, M'inspire un respect infini,
Lonlanla, deriri.
Allez, madame la pitoyable, allez à la revue. Vous n'y serez pas de trop.
MADAME DOUCET
L'imbécille ! 11 prend ma pitié pour un amour déguisé.