‹ ŒuvresChapitre 157 sur 229 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ARLEQUIN, MADEMOISELLE RAFFINOT.

MADEMOISEIiliE RAFFINOT.

Oh ! pour cela , rien n'est plus disgracieux !

ARLEQUIN

Vous vous plaignez des amours, apparemment?

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Oui; leur procédé est outrément tyrannique. Quoi ! mademoiselle Raffinot, tille teinte de sagesse, et propriétaire de sa liberté, se verra livrée à l'indiscrélion de l'audace de ces petits étourdis ! ARLEQUIN, cl part.

Voici, ce me semble, une précieuse ridicule, {Haut.) Qui êtes^vous, mademoiselle?

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Air : J''aiJ^<iit .-n luf.nt ré^unner ma musette^ n.° 62- Je suis l'appui du style énigmatiqne, ,

Qui fait le beau des modernes écrits.

Le Sa-e. Tome XV. 25

354 liES AMOURS

ARLEQUIN

Ahî vous donnez dans la néologique , Autrement dit l'argot des beanx-espriis.

MADEMOISELLE RAFFINOT,

Que voulez-vous dire, mon ami, par voire argot? Il faut que vous soyez partagé d'un esprit bien agreste et bien infortuné pour vous permettre l'ironie , sur un style qui met vos lumières en échec, et qui passe les bornes de vos conceptions. ARLEQUIN.

C'est ce qui vous trompe, mademoiselle Raffinoi. J'ai été deux ans garçon dans un café, où l'on ne crachoit que pliœbus. Là , les génies de la grande espèce ont fait sortir mon esprit de sa coquille 5 et je puis dire qu'en les écoutant, j'ai perçu les émoluments de mon attention.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Mais, vraiment, vous m'en montrez déjà un bel échantillon.

ARLEQUIN

- Mais, venons au fait. Pourquoi les Amours vous ont-ils amenée ici?

MADEMOISELLE RAFFINOT.

C'est ce que j'ignore. J'étois dans ma bibliothèque, où mon esprit, par la voiture de mes yeux, faisoitle voyage du monde de la lune.

Air : Ramonez ci , ramonez là. n.° 104. Pendant que j'étois à faire Ce voyage sédentaire, '

Les amours m'ont prise, hélas! L'un par ici , l'autre par là,

La , la , la j Et me voici dans leurs états.

ARLEQUIN

Il faut bien qu'ils vous soupçonnent de vous

cire coiffée de quelqu'un.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Ha ! je vois ce que c'est. Dorimon , mon beau voisin , homme qui a donné beaucoup d'éducation à son esprit, vient souvent s'enfermer avec moi dans mon cabinet.

ARLEQUIN, à part.

Nous y voilà.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Nous y faisions des collections des termes nouveaux, que forgenttousles jours sur l'enclume du bon goût, les génies conséquents et lumineux.

ARLEQUIN

Fort bien , poursuivez.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Comme la personne de Dorimon est un fardeau de grâces nobles et imposantes, et que j'ai, sans vanité , sur les agréments , un visage assez disciplinable, les Amours se seront imaginés que nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre.

ARLEQUIN

Tomber amoureux. Oh ! pour celui-là , je ne l'avois pas encore entendu.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Hé ! oui, tomber amoureux ! Ne dit-on pas tomber malade ? Or, comme l'amour est une maladie , on doit dire tomber amoureux , et tomber en amour, comme tomber en apoplexie.

ARLEQUIN

Laissons là le terme , et revenons à Dorimon.

Air : Si l'on menoità la guerre. n.° 82. Il paroît, ma bonne dame , Qu'avec ce joli mortel , Vous abandonnez votre ame A son geste naturel.

C'est-à-dire , en bon François , que je crois que vous avez de l'amour pour lui.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Non, je n'en ai point, cela est décidé. Il est bien vrai qu'un sentiment d'estime vif et délicat nous uniformise l'un et l'autre.

Air : Eh ! ne pous estime^ pas tant, n." 441- Nous nous estimons fortement.

ARLEQUIN

Eh! ne vous estimez pas tant.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Au point , que pour nous un moment D'éloignement, Est un tourment.

A RLEQUIN.

Eh! ne vous, zeste, zeste, zeste, Eh ! ne vous estimez pas tant.

Tudieu ! voilà un sentiment d'estime à vingtquatre karats.

Fin de l'air : 31. Chariot. n.° 118, Qu'il est joli!

Qu'il est genti , A l'Amour il ressemble , on diroit qnc c'est lui. MADEMOISELLE RAFFIKOT.

Allez, mon cher, vous jugez mal de la figure de mes seiuimenls j la lorgnette de voire pénétration est trouble.

ARLEQUIN

Tirez, tirez, madame la précieuse. Les Amours vous feront bien voir que vous jouissez frauduleusement de leurs biens.

MADEMOISELLE RAFPINOT, en CoUre.

Vous êtes un insolent ! Si les femaies portoient à leur côté un fardeau secourable, je vous le passerois au travers du corps. {Elle se retire. )

ARLEQUIN

Quelle amazone de Parnasse ! Il vaudroit

mieux qu'elle eût à la tête un fardeau de bon sens.

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