‹ ŒuvresChapitre 158 sur 229 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

ARLEQUIN, FARINETTE, boulangère, représentée par Pierrot.

FARINETTE, à la caïitonnade.

Vous êtes des mal-avisés, d'en agir de la manière avec madame Farinelte. Voyez donc ces pestes d'Amours.

Ô58 liES AMOURS

Air : Est-ce ainsi qu'on prend les belles ? n.° 225. Je vous couperai les aîles.

Je me vengerai , ma foi !

Pour me metlre en leurs nacelles , Trois se sont jetés sur moi.

Est-ce ainsi qu'on prend les belles ?

Lonlanla ,

O gue'lonla.

ARLEQUIN, à part.

Ho ! ho ! Voilà une grosse boulangère bien fâchée. ( Haut.) Remeltez-vous, ma poule-d'Inde.

FARINETTE

Air : Réueillez-vous ^ belle endormie, n.' 12. Les Amours sont de sottes bêtes !

Je ne suis point de leur gibier.

ARLEQUIN, « part.

Oh ! par ma foi , si vous en êtes , Je ne serai pas braconnier.

FARINETTE

Air : Landeriri. n.® 5S.

Que me veut-on dans ce séjour?

Je n'ai jamais senti d'amour.

ARLEQUIN

Landcriretle.

FARINETTE, Pas même pour feu mon mari.

ARLEQUIN

Landeriri.

FARINETTE

Air: N'aurai-je jamais un amant? n.» 442, Je ne veux point avoir d'amant.

J'ai tout ce qu'il me faut. Hé ! si j'en voulois , vraiment.

J'en trouverois aisément. '

Et toutes en ont.

Et la Madelon , Et la Jeanneton , Et la Margolon , J'ai mon tirelire , £outifirc, Vironfa. Si quelque sire

Vient me raisonner er,

Je sais que lui donner.

Elle donne y par démonstration, un soufflet à Arlequin.

AliLEQUiN, portant la main à sa joue.

Doucement , madame Farinette ! Je ne vous dis mot, et n'ai aucune envie de vous en conter.

FARINETTE

Tredame ! Vous êtes bien dégoûté ! Je suis pourtant la perle de Gonesse.

ARLEQUIN

Vous êtes une perle furieusement ronde.

FARINETTE

Que dites-vous de ces friponniers d'Amours , qui m'ont entraînée ici ?

ARLEQUIN

Apparemment qu'ils sont fondés en raison.

FARINETTE

Us disent comme ça , que Je suis embéguinée de Thomas mon mitron ; et si pourtant je n'ai que de la reconnoissance pour lui.

ARLEQUIN

Et sur quoi soupçonnent-ils cela?

56o liES AMOURS

FA RINETTE.

Que sais-jf , moi? C'est peut-être parce que je

lui chaiite tous les matins :

Air : Ah ! Thomas , réoeille-tni. n.** igo. Ce.' l trop long-temps dormir, ma foi :

Ah ! Thomas, reTeille-toi.

Je te donnerai de l'emploi,

Thomas :

Ah! Thomas , réveille, réveille , Ah ! Thomas , réveille-toi.

ARLEQUIN

C'est, sans doute , un joli garçon que ce Thomas-là ?

FARINETTE

O dame! oui.

Air : Hé '. dru , dru , dru ! n.» 448. C'est un petit brunet trapu,

A la fleur de son âge.

11 fait le gros et le menu

Lui seul dans mon ménage.

Hé ! dru , dru, dru!

Je n'en ai jamais vu

De si rude à l'ouvrage.

ARLEQUIN

Je vous en félicite.

FARINETTE

Air : Il i^a son train, n.» 444.

Il blute sa farine Dès la pointe du jour , Pétrit, fait la cuisine , Et met la pâte au four.

Mon gros Thomas K'est jamais las ;

DÉGUISÉS. 56l

Il va son train , Soir et matin.

ARLEQUIN

Oh ! diable ! madame Farinelie , c'est un trésor que ce mitron-là ! Vous ne pouvez avoir Irop de reconnoissance pour un aussi bon ouvrier.

FARINETTE

Aussi en ai-je , et de la plus fine encore. Je le traite à bouche que veux-tu ; il est chez moi à même de tout.

ARLEQUIN

Mais s'il prenoit envie à quelque boulangère de vous souffler l'infatigable Thomas , que diroit à cela votre reconnoissance ?

FARINETTE

Oh ! je l'étranglerois , la chienne.

Sans doute, à cause du profit qu'il vous fait dans votre boutique.

FARINETTE

Non. Ce n'est point l'intérêt qui me mène.

Air : Je n' soumis. n.° 270.

J'aimerois tnieiix aller nue , Et coucher m<*me sans draps, Que d'être d'ëcus cou3ue, Et de -vivre sans Thomas.

Jeii'sa.-.rois Perdre ce garçon de vue ,

J'en mourroii.

362 liES AMOUJRS

ARLEQUIN

Oul-dà ! Ho bien ! madame Farinelle , donnezvous la peine de vous rendre au camp. Votre reconnoissance est d'une pâte à devoir être enfournée dans les registres de Cythère.

FARINETTE

J'y vais; mais nous verrons beau jeu.

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