ARLEQUIN, M. PIED-DE-MOUCHE
procureur.
M. PIED- DE-MOUCHE, en colère.
Air : O reguingué , d lonlanla. n." 4. Je ne souffrirai pas ceci :
Je vais bien plaider , Dieu merci : Je puis former ma plainte ici j Car je crois cju'on trouve à Cythère Plus d'un honnête commissaire.
ARLEQUIN
Air : T>e quoi vous plaignez-vous ? n." 94. De quoi vous plaignez-vous ?
M. PIED - DE- MOUCHE
Je leur en dirai de belles.
ARLEQUIN
De quoi vous plaignez-vous ?
M. PIED-DE-MOUCHE
C'est de certains filoux Armés de flèches cruelles , En maiQ portant des brandons,
Et sur le dos des aîles.
Oh, les maîtres fripoiisj
ARLEQUIN
Comment diable ! Vous voulez inlenler un procès aux Amours !
M. PIED- DE - MOUCHE
Sans doute. Je suis la parlie et le procureur.
ARLEQUIN
Votre affaire n'en ira pas mieux.
M. PIED - DE- MOUCHE
Je m'appelle maître Jean-Gilles Pied-de-mouche. Mon nom est fort célèbre dans les greffes
du palais.
Air : Nos plaisirs sont peu durables, n." 445. Les Maiiceaux briguent mes services :
Des Normands , presqu'aussi malins , J'ai toujours été les délices.
ARLEQUIN
Et la terreur des orphelins.
M. PIED-DE- MOUCHE
Air : Laire-la , laire lan-laire. n.° 28. Dans ces lieux je viens à regret.
ARLEQUIN
Y venez-vous mettre en décret Le château du dieu de Cythère ?
M. PIED-DE - MOUCHE, branlant la tête.
Laire-la , laire lan-laire, Laire la , Laire lan-la.
Voici pourquoi je comparois à l'interrogatoire de la revue des Amours. C'est sur un avenir signifié par eux à ma femme. Je viens la reven-
cliquer , comme n'étant pas de la compétence du bailli de Cyllière. Il est lùen vrai que madame Pied-de-mouche m'aime ; mr>i<5 Frimour conjugal n'est pas justiciable de l'amour grlani , quoiqu'il s'empare souvent de l'usufruit de ses biens.
ATiLLiQ UIN.
Mais, monsieur Pied-de-mouche, êtes -vous bien assuré que l'amour conjugal soit le seul amour qui appointe les affaires de madame Piedde-mouche ?
M. PIED - DE- MOUCHE
Révoquez vos soupçons diffamatoires , mon ami. Ma femme est fort retirée. Point de bal pour elle , point de promenade, point de spectacle.
ARLEQUIN
Ah ! que dites-vous là !
M. PIED -DE -MOUCHE
Point même de quadrille.
ARLEQUIN
Mais cela n'est pas possible !
M. PIED - DE-MOUCHE
KiY '.Ma raison s'' en va beau train, n." i65. Elle \it fort simplement :
Elle se met proprement, Mais modestement , Très-bourgeoisement , Et n'est point orgueilleuse.
On ne la prendroit pas, Traiment, Pour une procurcuse,
Lon-la , Pour une procurcusc.
ARLEQUIN
Oh ! diable ! Tout cela suppose une femme gonflée de vertu. ( A part). Les Amours auroient-ils fait un pas de clerc ?
M. PIED-DE-MOUCHE
Air: Voulez-vous savoir qui des deux ? n." i3. ]Ma femme fait tout son bonheur De suivre les loix de l'honneur ; Elle n'en passe point les bornes.
ARLEQUIN
Seroit-il possible , en effet,
Que TOUS n'eussiez point d'autres cornes
Que celles de votre bonnet?
M. PIED -DE -MOUCHE
C'est de quoi je puis me flatter. Entre nous, je ne connois point à madame Pied-de-mouche d'autre passion , après l'amour qu'elle a pour moi, que la haîne qu'elle porte à mon maîtreclerc.
ARLEQUIN
Comment! Elle hait votre maître-clerc?
M. PIED-DE-MOUCHE
Air : Robin , turelure lure. n." 5l. Toujours après ce garçon Elle tempête, elle jure, Le tourmente sans raison.
ARLEQUIN
Turelure !
M. PIED-DE-MOUCHE
Il souffre tout sans murmure.
ARLEQUIN
Robin , larelure, lure.
M. PIED -DE -MOUCHE
J'ai beau la prier de le laisser en repos , elle le persécute sans cesse. C'est une femme insupportal)le là-dessus.
Air : ^/li! ahi ! ahi! Jeannette. n.° 279. Je n'ai pu jusqu'aujourd'hui En réformer les manières.
Elle a , par rapport à lui , Chassé quatre cuisinières....
ARLEQUIN
Ahi! ahi ! ahi!
M. PIED-DE-MOUCIIE.
Qui n'étoient point fières.
ARLEQUIN
Jean-Gille, ahil ahi! ahi!
Parbleu ! il faut que madame Pied- de-mouche ait bien de l'aversion pour ce clerc-là.
M. PIED-DE-MOUCHE
Cela n'est pas concevable. J'ai voulu plus d'une fois, par considération pour ma femme, me défaire de lui ; mais elle s'y est toujours opposée , ea me disant : non , mon fils, je ne veux point absolimient que , pour l'amour de moi, vous chassiez ini homme qui fait bien vos affaires. Je sacrifie ma haîne à votre utilité.
ARLEQUIN
Vous avez là une femme de tête , monsieur Picd-de-mouche !
M. PIED-DE-MOUCHE
Je vous en réponds. Elle est d'une politique
Croiriez-vous que malgré l'aversion qu'elle a pour ce clerc , elle lui sert ce qu'il y a de meilleur sur la table ?
ARLEQUIN
Ail ! quelle haîne !
M. PIED-DE-MOUCHE
Après cela , qu'on vienne me dire que les amours sont bien fondés dans la sommation qu'ils ont faite à ma femme.
ARLEQUIN
Ils ont mal expliqué son aversion.
M. PIED-DE- MOUCHE
Oh ! je leur montrerai bien leur béjaune , à ces petits drôles-là ! Je leur apprendrai à se jouer d'un procureur. Je leur ferai manger en frais jusqu'à leurs flèches et leurs carquois.
ARLEQUIN
Air: Jenn-Gille, w." 235.
Ah ! modérez votre bile , Jean-Gtlle, Gille, joli Jean, Chez vous , en mari docile, Jean-GUIe 5 Gille, joli Gille , Gille , joli Jean , Joli Jean , Jeau-Gille, Retournez vous-en.
568 LES AMOuns
M. PIED-DE-MOUCHE
Pourquoi cela ?
Peut-être qu'eu ce moment madame Pied-demouche étrangle votre maître-clerc , à force de le haïr. ( Il lui montre les cornes. )
M. PIED-DE-MOUCHE
Vous êtes un mauvais plaisant.
ARLEQUIN
Et vous un coucou.
Le procureur veut maltraiter Arlequin ^ qui le chasse à coups de batte.