‹ ŒuvresChapitre 159 sur 229 · ARLEQUIN, M. PIED-DE-MOUCHE · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, M. PIED-DE-MOUCHE

procureur.

M. PIED- DE-MOUCHE, en colère.

Air : O reguingué , d lonlanla. n." 4. Je ne souffrirai pas ceci :

Je vais bien plaider , Dieu merci : Je puis former ma plainte ici j Car je crois cju'on trouve à Cythère Plus d'un honnête commissaire.

ARLEQUIN

Air : T>e quoi vous plaignez-vous ? n." 94. De quoi vous plaignez-vous ?

M. PIED - DE- MOUCHE

Je leur en dirai de belles.

ARLEQUIN

De quoi vous plaignez-vous ?

M. PIED-DE-MOUCHE

C'est de certains filoux Armés de flèches cruelles , En maiQ portant des brandons,

Et sur le dos des aîles.

Oh, les maîtres fripoiisj

ARLEQUIN

Comment diable ! Vous voulez inlenler un procès aux Amours !

M. PIED- DE - MOUCHE

Sans doute. Je suis la parlie et le procureur.

ARLEQUIN

Votre affaire n'en ira pas mieux.

M. PIED - DE- MOUCHE

Je m'appelle maître Jean-Gilles Pied-de-mouche. Mon nom est fort célèbre dans les greffes

du palais.

Air : Nos plaisirs sont peu durables, n." 445. Les Maiiceaux briguent mes services :

Des Normands , presqu'aussi malins , J'ai toujours été les délices.

ARLEQUIN

Et la terreur des orphelins.

M. PIED-DE- MOUCHE

Air : Laire-la , laire lan-laire. n.° 28. Dans ces lieux je viens à regret.

ARLEQUIN

Y venez-vous mettre en décret Le château du dieu de Cythère ?

M. PIED-DE - MOUCHE, branlant la tête.

Laire-la , laire lan-laire, Laire la , Laire lan-la.

Voici pourquoi je comparois à l'interrogatoire de la revue des Amours. C'est sur un avenir signifié par eux à ma femme. Je viens la reven-

cliquer , comme n'étant pas de la compétence du bailli de Cyllière. Il est lùen vrai que madame Pied-de-mouche m'aime ; mr>i<5 Frimour conjugal n'est pas justiciable de l'amour grlani , quoiqu'il s'empare souvent de l'usufruit de ses biens.

ATiLLiQ UIN.

Mais, monsieur Pied-de-mouche, êtes -vous bien assuré que l'amour conjugal soit le seul amour qui appointe les affaires de madame Piedde-mouche ?

M. PIED - DE- MOUCHE

Révoquez vos soupçons diffamatoires , mon ami. Ma femme est fort retirée. Point de bal pour elle , point de promenade, point de spectacle.

ARLEQUIN

Ah ! que dites-vous là !

M. PIED -DE -MOUCHE

Point même de quadrille.

ARLEQUIN

Mais cela n'est pas possible !

M. PIED - DE-MOUCHE

KiY '.Ma raison s'' en va beau train, n." i65. Elle \it fort simplement :

Elle se met proprement, Mais modestement , Très-bourgeoisement , Et n'est point orgueilleuse.

On ne la prendroit pas, Traiment, Pour une procurcuse,

Lon-la , Pour une procurcusc.

ARLEQUIN

Oh ! diable ! Tout cela suppose une femme gonflée de vertu. ( A part). Les Amours auroient-ils fait un pas de clerc ?

M. PIED-DE-MOUCHE

Air: Voulez-vous savoir qui des deux ? n." i3. ]Ma femme fait tout son bonheur De suivre les loix de l'honneur ; Elle n'en passe point les bornes.

ARLEQUIN

Seroit-il possible , en effet,

Que TOUS n'eussiez point d'autres cornes

Que celles de votre bonnet?

M. PIED -DE -MOUCHE

C'est de quoi je puis me flatter. Entre nous, je ne connois point à madame Pied-de-mouche d'autre passion , après l'amour qu'elle a pour moi, que la haîne qu'elle porte à mon maîtreclerc.

ARLEQUIN

Comment! Elle hait votre maître-clerc?

M. PIED-DE-MOUCHE

Air : Robin , turelure lure. n." 5l. Toujours après ce garçon Elle tempête, elle jure, Le tourmente sans raison.

ARLEQUIN

Turelure !

M. PIED-DE-MOUCHE

Il souffre tout sans murmure.

ARLEQUIN

Robin , larelure, lure.

M. PIED -DE -MOUCHE

J'ai beau la prier de le laisser en repos , elle le persécute sans cesse. C'est une femme insupportal)le là-dessus.

Air : ^/li! ahi ! ahi! Jeannette. n.° 279. Je n'ai pu jusqu'aujourd'hui En réformer les manières.

Elle a , par rapport à lui , Chassé quatre cuisinières....

ARLEQUIN

Ahi! ahi ! ahi!

M. PIED-DE-MOUCIIE.

Qui n'étoient point fières.

ARLEQUIN

Jean-Gille, ahil ahi! ahi!

Parbleu ! il faut que madame Pied- de-mouche ait bien de l'aversion pour ce clerc-là.

M. PIED-DE-MOUCHE

Cela n'est pas concevable. J'ai voulu plus d'une fois, par considération pour ma femme, me défaire de lui ; mais elle s'y est toujours opposée , ea me disant : non , mon fils, je ne veux point absolimient que , pour l'amour de moi, vous chassiez ini homme qui fait bien vos affaires. Je sacrifie ma haîne à votre utilité.

ARLEQUIN

Vous avez là une femme de tête , monsieur Picd-de-mouche !

M. PIED-DE-MOUCHE

Je vous en réponds. Elle est d'une politique

Croiriez-vous que malgré l'aversion qu'elle a pour ce clerc , elle lui sert ce qu'il y a de meilleur sur la table ?

ARLEQUIN

Ail ! quelle haîne !

M. PIED-DE-MOUCHE

Après cela , qu'on vienne me dire que les amours sont bien fondés dans la sommation qu'ils ont faite à ma femme.

ARLEQUIN

Ils ont mal expliqué son aversion.

M. PIED-DE- MOUCHE

Oh ! je leur montrerai bien leur béjaune , à ces petits drôles-là ! Je leur apprendrai à se jouer d'un procureur. Je leur ferai manger en frais jusqu'à leurs flèches et leurs carquois.

ARLEQUIN

Air: Jenn-Gille, w." 235.

Ah ! modérez votre bile , Jean-Gtlle, Gille, joli Jean, Chez vous , en mari docile, Jean-GUIe 5 Gille, joli Gille , Gille , joli Jean , Joli Jean , Jeau-Gille, Retournez vous-en.

568 LES AMOuns

M. PIED-DE-MOUCHE

Pourquoi cela ?

Peut-être qu'eu ce moment madame Pied-demouche étrangle votre maître-clerc , à force de le haïr. ( Il lui montre les cornes. )

M. PIED-DE-MOUCHE

Vous êtes un mauvais plaisant.

ARLEQUIN

Et vous un coucou.

Le procureur veut maltraiter Arlequin ^ qui le chasse à coups de batte.

Page 1