SCÈNE XII
ACHMET, PIERROT, AMULAKI.
AMUIiAKI.
Air : M. Lapalisse est mort. n.*'^^. Quel chagrin dans mes vieux ans!
PIERROT
Quoi donc ? encor des alarmes!
ACHMET
Expliquez-vous !
ET AliMANZINE. 407
AMUIiAKI.
M'es enfants, A mes pleurs mêlez vos larmes.
PIERROT
Dites-nous donc vîte ce qu'il y a de nouveau.
AMITLAKI.
Tout est perdu ! Almanzine n'a pas
A c H m: E T , V'iîïterrompant.
Est-ce qu'elle n'auroit pas plu à Soliman?
AMUL.AKI.
Il en a été charmé. Mais qui auroit pu prévoir ce fatal revers ? Ali, le chef des eunuques mon plus grand ennemi , éloit présent , quand nous avons paru devant le sultan. Il a reconnu Almanzine pour la fille du dernier bâcha de Babylone, dont il a été l'esclave, et il l'a déclaré à sa hautesse.
ACHMET
Qu'entends-je ?
PIERROT
Quel guignon !
AMULAKI, Aussitôt les yeux de ce monarque se sont enflammés de colère j il m'a lancé un regard furieux , et m'a dit :
Kir : Le Jhmeux Diogène. n.° ii.
Qu'as-tu fait , mise'rable ! i
Quit'auroitcru capable De tromper ton sultan ?
D'un ministre iufidèle,
4o8 ACHMET
La mort la plus cruelle Va venger Soliman.
ACHMET, à part.
Quelle affreuse siluallon !
Vous nous faites trembler !
AMULAKI.
Frappé de ces paroles , comme d'un coup de foudre , je suis tombé à ses pieds pour implorer sa clémence. Hélas ! sei<^neur , lui ai-je dit , pardonnez cet artifice à un père affligé , qui n'a pu se résoudre à se priver d'une fille qui fait toute la consolation de sa vieillesse.
PIERROT
Ce discours Fa attendri? ; i^^o.:
AMULAKI. '■ Nullement 5 et il alloit ordonner mon supplice, si la généreuse Almanzine n'eût intercédé pour
moi.
Air : J*? ne suis pas si diable, n." 8. D'une voix adoucie , Alors il a repris :
Je lui donne la vie; JMais qu'il sache à quel prix.
Pour punir le perfide, Je veux d'un vil travail Occuper Atalide, Dans mon séfail.
Je prétends, a-t-il ajouté , qu'elle soit l'esclave des esclaves 5 et je ne veux jamais l'honorer d'un de mes regards.
ET ALMANZINE. ^0[)
PIERROT
Hëlas! la pauvre fille Aura le mal de tout !
AMULAKI.
Il m'a ordonné delà conduire lout-à-l'heure au sérail.
ACHMET, à part y rêvant.
Faudra-l-il céder à la nécessité !
A MU li A Kl.
Ah ! Soliman , lu ne me fais pas une grand» grâce 5 en me laissant vivre !
Air : Où étes-vous , Birène .^mon ami. n." 291. Tu veux traiter avec indignité , Pour me punir, une fille si chère !
Tu connoîirois toute ta cruauté, Si tu savois ce que c'est qu'être père.
PIERROT
Cela me fend le cœur.
ACHMET , sortant tout-à-coup de sa rêverie. Seigneur , consolez-vous j vous avez une ressource dans mon courage.
Air : Comme un coucou que Va mour presse, n." 27. Je sens que Mahomet m'inspire Un dessein pour sauver ma sœur.
AMULAKI.
Mon cher Achmct, qu'osez-vous dire?
Peut -on détourner son malheur?
ACHMET
Oui, mon père; j'ose vons flatter d'une si douce espérance. Il faut que nous changions d'habit , ma
#iO AGHMET
sœur et moi; elle passera ici pour Aclimet, et vous me mènerez au sérail sous le nom d'Atalide.
AMUIiAKl.
O ciel !
PIERROT
Que dites-vous?
AMUIiAKI.
Vous voulez vous introduire dans le sérail ! Ignorez-vous donc que c'est le plus grand de tous les crimes ; crime qu'on n'a jamais pardonné ? Yous vous exposez à une mort certaine. Le sultan devant qui vous avez quelquefois paru, vous reconnoîtra.
PIERROT
J'en ai peur.
ACHMET
Non ; vous venez de dire qu'il ne veut point voir ma sœur. Je puis , sans péril , sous mon déguisement , aller soutenir pour elle la vie pénible qu'on lui prépare.
PIERROT
Cela est bien chatouilleux.
AMUEAKI.
Air : ie démon malicieux etjîn. w." 826. Ce projet, plein de tp'me'rilc.
Sans effroi peu l- il être écouté ?
Voulez-vous j pour conserver ma fille , Que je consente à vous perdre, mon fils ? Non , non , non , j'aime trop ma famille, Pour que je garde Atalidc à ce prix.
ET ALMANZINE. 4ll
Nous gagnerions bien au change , vraiment ! A c H M E T.
Nous ne serons point séparés pour toujours. Je pourrai m'échapper, à la faveur de quelqu'une de ces révolutions qui arrivent de temps en temps
au sérail.
Air: Bannissons iV ici Vhumeiirnoire. n." ^. Bientôt le sort en fera naître, Ou le sultan s'apaisera :
Que sais- je ? au premier jour , peut-être, A vos de'sirs il me rendra.
A M U li A K I,
O courageux Achmet ! dois-je abuser de c§t excès de tendresse pour moi !
ACHMET
Ne vous opposez plus à ma résolution. Je vous en conjure à genoux.
Air des Tremhleurs . n.° 17.
De grâce, laissez-moi faire.
Ah! si ma sœur vous est chère , Vous ne devei plus , mon père, A mon dessein résister.
Prévenons, en diligence , La cruelle violence.
Où, dans son impatience, Le sultan peut se porter.
Mais, mon fils....
ACHMET
Mais le temps est précieux. Voulez- vous attendre qu'il vienne ici des janissaires arracher de
4ia ACHMET
VOS bras Atalide, et vous rendre ma bonne inlention inutile ?
A M U li AKI.
Je succombe à cette image. Je n'ai plus la force de combattre votre dessein. Tenez prendre les babils de votre sœur, et lui donner les vôtres, sans lui découvrir la cause de ce déjiuisement.
Amulaki s'en va , et Pierrot arrête Achmet qui veut suivre son père.