ACHMET, PIERROT
PIERROT
Air : La bonne aventure , o gué! n.° Sy. Tirez de ma belle humeur
Un heureux augure.
J'allois vous chercher , seigneur....
J'admire votre bonheur....
La bonne aventure ,
O gué!
La bonne aventure !
ACHMET, froidement.
Qu'y a-t-il donc ?
PIERROT
Votre père , sitôt que vous avez été parti, a fait des réflexions sur la beauté de Zélica.
ET ALMANZINE. 4o5
ACHMET, joyeusement.
Hé bien ?
PIERROT
Vous lui avez lanl vanlé les perfeclions de celte esclave , ses yeux fripons , son air gaillard , que tout-d'un-coup il l'a clioisie el arrêtée. AcnMET, transporté.
Que m^apprends-tu , mon ami ?
Je savois bien que cette nouvelle vous feroit grand plaisir.
ACHMET
Air : Renonce à ta folle eni>ie. u."* 458. Ah ! que mon ame est ravie De cet heureux incident.
Mon enfant!
PIERROT
Au saltan , de votre mie On ne fera point présent j Parla vertu, tu, tu, tu, tu, tu de ma vie, Il n'en croquera que d'une dent.
ACHMET
Comment doue , Pierrot ? tu as pénétré mes sentiments secrets !
PIERROT
Hé ! pardi ! cela étoit bien difficile à deviner.
ACHMET
Ne perdons point de temps ; allons de ce pas cliez le marchand acheter celte aimable esclave.
4o4 ÀCHMET
PIERROT
Le bon homme vous a prévenu. Admirez la bonté palernelle , il a arrêté Almanzine el Zélica , Tune pour vous, el l'autre pour le sultan.
ACHMET
Air : Non , non , il n'est point de si Joli nom. n.» 12g. Eh quoi ! mon père lui-même D' Almanzine me fait don ! Pierrot, ma joie estexlrême!
PIERROT
Mais vous vous trompez de nom.
ACHMET
Non, nonj Désabuse-toi, mon garçon :
C'est Almanzine que j'aime.
PIERROT
Kon , non ; C'est Zélica ; c'est le trognon Que vous trouvez plus mignon.
ACHMET, alarmé.
Que dis-tu ?
PIERROT
Oui, votre père vous j^arde Zélica, celle à qui vous avez dt>nné la prelerence j el il vient de condu-ie l'antre au sérail. '
A CH MET , poussant un grand cri.
O dieux !
Air: Bouche-. ., Koïades ., vos jfimtaines. n.° ^8. Celte nouvelle m'ass.issine !
Pour jamais je perds Almanzjne !
ET ALMANZINE. 4o5
PIERROT
Almanzine! vous mV'tonnez.
THTitôt (je n'y puis rien comprendre), Si vous vous en ressouvenez, Vous en avez dit pis que pendre.
Alî ! mon ami, lu connois peu l'amour , et les ruses qu'il emploie pour arriver à ses fins. Si je me suis déclaré en faveur deZélica , c'est que jç voulois engager mon père à la choisir pour le sultan.
PIERROT
Ho ! lio! Voilà donc pourquoi Almanzine vous paroissoit avoir l'air grimaud , et les yeux loupgarou ! Qui diantre eût pensé que vous disiez cela par malice ?
ACHMET
Air : Il est temps que j^ me venge, n." aScx. Qnand je tenois ce langage , Quand j'offensois ses appas, Mon cœur, en secret, hélas!
Exploit bien cet outrage.
PIERROT
Le projet étoit fort bon :
Par ma foi , c'est grand dommage Que notre obstiné barbon Wail pas gobé l'hameçoa.
ACHMET
Je ne la verrai plus! Et, pour comble de tourment, je lui ai donné sujet de croire que je la méprise. Je ne puis la détromper. Elle doit me liaïr. Je suis au désespoir !
4o6 ACHMET
PIERROT
Oh! je ne doute pas qu'Almanzine ne soit enragée contre vous; mais qu'est-ce que cela fait? Allez, consolez-vous, seigneur Achmet.
Air: Voyelles modernes, n.^^oy.
Vous avez pour maîtresse La belle Zélica , a , a , a :
Laissez à sa hautesse Courliser celle là , a , a , a.
Pour en perdre la mémoire', D'un peu d'eau de Toubli , Biribi , Il faut boire, II faut boire.
ACHMET
Non, je ne pourrai jamais oublier Almanzine.
PIERROT
Ha ! ha ! Je vois déjà revenir le grand-vizir. Qu'auroit-il donc? il paroît bien agité.