SCÈNE VIII
ALMANZINE, ACHMET, PIERROT,
en nourrice.
PIERROT, dans le lointain.
Air : Lurelu. n.°. 472.
Ma chère Atalidette, Dans quel endroit es-tu ?
Lurelu.
Viens recevoir, poulette, Celle qui t'allaita , Larcla , Lurelu, larela, lirette.
Ah ! ma foi , la voilà.
Eh! c'est loi. Pierrot! ah! que tu nous as mis en peine ! Quelle extravagance ! Pourquoi as-lu hazardé un pas si dangereux ?
PIERROT
Par amitié pour vous. Je venois , sous ce dél^uisement, vous aider à supporter la rude besogne où je vous croyois condamné dans les cuisines du sérail.
Air : Ma raison s'en va beau train. n.° i65. Mais je me suis fort trompé j Et je vous trouve occupé -
D'un plus doux emploi.
Qui n'a rien , je croi , Qui puisse vous déplaire.
Je m'imagine que sans moi ,
432 ACHMET
Vous pourrez bien le faire ,
Lou-la , Vous pourrez bien !e faire.
ACHMET
Oui, mon ami. Grâce aux bontés d'Almanzine, mou dé|:uisemenl a réussi; et le sultan, à sa prière , veut bien que je demeure auprès d'elle.
PIERTIOT.
Je vous en félicite. Vous êtes deux bonnes pâles d'enfants.
Air : Perrette étant dessus Vherhette. n.° 478. Parlajarni! c'est grand dommnge.
Que TOUS snycî tous deux en cge.
Vous me paroisspz fort contents: IVlais viius le seriez davantage , Si vous aviez la clef des cliamps.
AliMANZINE.
J'espère que nous ne serons pas ici toute notre vie, et que nous trouverons peut-être bientôt un expédient pour nous échapper.
PIERROT
Pourquoi non? Tout est possible à une paire d'amoureux. Veulent-ils prendre la poudre d'escampette ?
^^ Air '.Les properhcs. n." 474.
Au-devant d'eux les murs se démolissent ; On voit les eaux tarir ou se glacer : Les plus hauts monts tout-à-coup s'aplanissent, A&n de les laisser passer.
ET AliMANZINE. 435
ACHMET
Cela est fort bien. Mais je crains que tu ne sois venu ici nous porter malheur.
PIERROT
D'où vient ?
ACHMET
Je te connois d'une humeur qui me fait trembler. Tu te verras sans cesse avec de jolies filles j tu pourras oublier que tu es dans le sérail.
PIERROT
Nenni, nenni.
Ne t'y joue pas.
PIERROT
Dormez en repos.
ACHMET
Sois bien circonspect avec ces beautés.
PIERROT
Que cela ne vous inquiète point.
ALMANZINE.
Air: Je passe la nuit et le jour, n.» io6. Détourne d'elles tes regards , Prends garde qu'elles ne t'enchantent î
ACHMET
Tu sais qu'ici , de toutes parts , Des précipices se présenteot.
Le Sage. Tome Xr. ^3
4û4 ACHMET
PIERROT
D'accord , mais j'ai trop de bon sens ï**ur me laisser tomber dedans ,
Tomber dedans ,
Tomber dedans, Pour me laisser tomber dedans.
ACHMET
Tant mieux.
Défie-loi toujours de ta foiblesse.
PIERROT
Ce n'est pas là ce que j'appréhende. J'ai bien une autre alarme.
ACHMET
Quoi?
PIERROT
Vous connoissez les grands j ils ont par fois des fantaisies musquées.
Kvc '.Ahil aliil ahi l Jeannette. n.° ayg. Si le grand seigneur, poussé Par un amoureux caprice, Venoit d'un air em[)rcssé , Me faire offre de service :
Ahi ! ahi ! ahi!
Ahi! ahi! ahi! nourrice!
Nourrice , ahi ! ahi ! ahi !
ALMANZINE, riant.
Ha ! ha ! ha !
ACHMET
Oh! je te réponds de la retenue du sultan.
ET ALMANZINE. 455
ALMAJSrZINE.
Paix! j'entends Soliman qui s'approche. Aclimet, rentrez vite dans le cabinet.
( Achmet se retire. )
Ne faut-il pas aussi que je me cache , moi ?
ALMANZINE.
Au contraire ; il est de la bienséance que tu paroisses aujourd'hui devant lui.
PIERROT
Le voici 5 quel maître sire !