SCÈNE III
PIERROT, ROXANE, ARROYA.
ROXANE
Air : Biaise reuenant des champs, n." 482. Grosse gagui. dites-nous,
Wesl-cc pas vous , ( i'*)
Qui d'Atalide aux yeux doux.
Etes la nourrice?
PIERROT
A votre service. (i**)
ARROYA, riant.
Ha! ha! ha! ha! ha!
ROXANE
Air: ViveMichel Noxlradamus. 11.° 90.
De votre obligeant ministère , Allez, je me passerai bien.
PIER ROT
Vou« ne devez jurer de rien ; Je suis propre à plus d'une affaire.
Croyez-vous que je ne m'entends Qu'.T bercer de petits enfants ?
UT ALMANZTNi:. 447
ARROYA.
Vous êtes une réjouie , à ce qu'il me paroît.
PIERROT
Je vous en réponds.
Air : Je pais toujours le mcme train. n.° 488. Je ris , je saute à tout moment.
Je suis toujours en mouvement; Et les fillettes , par ma foi ,
Se plaisent avec moi.
Je leur tiens de joyeux propos, Je lenr chante des airs nouveaux , Je leur parle d'amour , Tant que dure le jour ; Et l'on me voit gaiment le lendemain Recommencer le même train.
ROXANE
Quel aimable caractère ! Sa gaieté me charme.
PIERROT, à Roxane.
Ah ! petite bouchonne, que je.... ( A part. ) Tout beau , Pierrot !
ARROYA.
De quel pays êtes-vous , ma bonne ?
PIERROT
Je suis francoise , de la banlieue de Paris.
ROXANE
On dit que c'est un bon pays pour les femmes.
PIERROT
Admirable.
h\r: Ouistanpoire. !).• 408.
Dans ce beau territoire , Elles gouvernent tont;
448 ACHMET
Et les hommes se font gloire De suivre leur , ouistanvoire.
De suivre leur tire,
Lire , lire, De suivre leur goût.
ROXANE
Air : Ah ! qii'iïj'ait bon là I u.* 484. Heureuses mortelles !
O pays charmant !
ARROYA.
Ce climat, des belles Est donc réicmcnt.
PIERROT
C'est à qui leur pourra faire ,
Laire, loulaula, Les doux yeux et bonne chère.
ROXANE ET ARROYA.
Ah! qu'il fait bon là!
^ PIERROT, « Arroya.
Il ne feroit pas moins bon ici, si Ton vouloit j car je suis un.... {Apart j se donnant un soufflet. ) Taisez-vous, Pierrot !
ROXANE
Mais les hommes de France ont la réputation d'être bien volages.
PIERROT
Ce n'est pas sans sujet.
Air : Ma mère , mariez-moi. n.*> 33.
Rarement un cœur françois,
Eile l'amour plus d'un mois;
Mais devient-il inconstant? Sa maîtresse sait le payer comptant ^
ET AL.MANZINE. 449
Mais devienl-il inconstant ?
Sa maîtresse en fait autant.
A RRO Y A.
Cela est bon pour les tilles; mais je crois que les femmes n'ont pas si beau jeu.
PIERROT
Oh ! elles ont bien d'autres franchises ! Une femme jouit d'une entière liberté.
Air : Le maître fou que poilà ! n." 282. Souvent on la courtise A ux yeux de son cpoux 5 Si le grimaud s'avise D'en paroî;re un peu jaloux.
Tout le monde s'écrie :
Ha! ha!
La plaisante manie!
Le maître fou que voilà!
310XANE.
Air : O regiiivguél ô Umïanla ! n." ^, Pour avrrir de ces bons maris 5 Que ne sommes-nous à Paris!
PIERROT
O reguingue! ô lonlanla !
Vous y seriez bien plus heureuses, Wy fussiee-vous que procureuses.
Il n'y a pas jusqu'aux villageoises , qui ne se ressentent de la bonté du terroir.
Air : Il fa ut pour bien faire l'amour. n.° 485. On voit sans cesse sur leurs pas, Guillot, Colinet et Lucas, Qui sont tour-à-tour leurs amans.
Kos moindre paysannes Ne voudroient pas donner leur temps Pour celui des sultanes.
Le Sage. Tome XV, 2Q
45o ACHMET
ARROYA.
Elles ont Lien raison.
PIERROT
Je vais vous dire une chanson de mon village, qui vous fera voir la vie joyeuse que mènent les paysans avec leurs femmes.
Air : Je nous gaussons , etc. n.» 486. Je nous gaussons de l'air du temps , jVIichelle et moi , moi et Michelle; Qu'il pleuve, qu'il vente, ou qu'il gèle, Je prenons nos contentements.
Pour nous réchauffer la poitreine, Je boutons peinte sur chopeine • Et pis quand je sommes bian sous ,
Oh dame ! je badinons ,
Et pis je folâtrons ,
Et pis je nous baisons ; Enfin , tant y a que je rions
{Il rit.)
Comme des foux.
Comme des foux.
ROXANE
Chut! Voici de la lumière j Soliman vient ici. Adieu , nourrice.
PIERROT, seul.
Le cœur me bat. Retirons-nous un moment pournous remettre, etnous préparer à jouernotrc personnage.
ET ALMANZINE. 45l