L.ÉLIO, étonné
Que prétende,z-vous?
SPINETTE
Mon frère vient de prendre la résolution de partir de Livourne avec toute la troupe. Nous nous embarquons cette nuit.
ARLEQUIN, à part.
Tant mieux.
liÉLIO.
Ali ! ma chère Spinette , quelle aHreuse nouvelle ! Et avec quelle barbare tranquillité me l'annoncez-vous ?
SPINETTE
Plût au ciel que je fusse aussi tranquille que vous le pensez ! Mais il est temps de vous découvrir mes sentiments. Je ne veux pas être assez cruelle pour \ous quitter, sans vous dire que je ne suis pas insensible à votre amour.
DE l'amour. 125
LÉLio, se lipî'ant d'abord à la joie.
L'ai-jebien entendu!.... Mais que me serl-il de vous avoir plu, si vous m'abandonnez?
SPINETTE
C'est une nécessité.
LÉLIO
Mon amour m'en fait une autre. Je vous suivrai jusqu'au bout du monde.
ARLEQUIN, à part.
L'écervelé î
SPINETTE
Non , Lélio , je vous le défends. Après l'aveu que je viens de vous faire , que penseriez-vous de moi, si j'avois la complaisance de consentir à ce que vous me proposez?
ARLEQUIN
Elle a raison.
LÉLIO
Mon respect doit vous rassurer.
SPINETTE
Il peut bien me répondre de vous; mais il ne met point ma réputation à couvert de la médisance.
LÉLIO
Que faut-il donc que je fasse?
M'oublier.
ARLEQUIN
C'est bien dit.
126 li A FORCE
liÉlilO.
Hé! lepuis-je présentement? Vos cruelles bontés m'en ôtent toute espérance.
SPINETTE
Laissez-moi partir.
EÈLIO.
Permettez-moi de vous suivre.
SPINETTE
Ma délicatesse s'y oppose.
EÉLIO.
Ma vie en dépend.
SPINETTE
Hé bien , je me rends à vos instances. Vous me suivrez.
EÉLio, lui baisant la main.
Quelle joie !
ARLEQUIN, à part.
Quelle sottise !
Mais c'est à une condition.
Oh ! j'y
E K L I G , précipitamment.
consens
SPINETTE
Pour garder toutes les mesures qu'il fautprendre avec le monde , il sera bon que vous endossiez l'habit d'Egyptien , et que vous viviez comme nous,
L i L I o , hésitant un peu.
Un habit d'Ej^yptien....!
DE l'amour. 127
SPINETTE
Est-ce que VOUS balancez?
LÉLIO
Hé! non; j'y consens, vous dis-je.
ARLEQUIN, d paj't.
Nous voilà bien !
LÉLIO
Je suis charmé de faire une chose que vous souhaitez.
SPINETTE
Mais je ne la souhaite point. Vous avez arraché ce consentement à ma pitié : car enfin , je vois bien que je fais une grande folie en vous permettant de m^accompagner.
LÉLIO
D'où vient?
SPINETTE
Ma vertu ne veut pas que je sois suivie d'un homme qui n'est point mon époux.
LÉLIO
Je puis le devenir.
ARLEQUIN
Turelure !
SPINETTE
Vous cherchez à m'a muser.
LÉLIO
Non, ma chère Spinette, je ne vous dis rien que je ne sois capable de faire.
S PIN ET TE
Le fils d'un ministre épouseroit une Egyptienne?
AREEQUIN.
Fi donc!
liÉLIO.
L'amour confond tous les rangs.
Chansons ! Je ne me repais pas de chimères.
EÉEIO.
Je vous en donne ma parole.
SPINETTE
Je ne m'y fie pas.
AllEEQUIN , d Spinette.
Vous faites bien.
SPINETTE, voulant s'en aller.
11 vaut mieux que je m'éloigne de vous.
EÉEIO, la retenant.
Attendez... Hé bien, pour vous satisfaire, je suis prêt à vous donner ma main.
ARLEQUIN, tij^ajit Lélio par la manche.
Y pensez-vous ?
SPINETTE
C'est autre chose. A ce prix-là , vous serez des nôtres.
LÉLIO
Que dites-vous , Spinetle? Puisque je suis résolu de vous épouser, vous ne devez plus songer au genre de vie que vous menez.
DE L AMOUR. 12fj
C'est ce qui vous trompe. Je ne prétends pas quitter mon frère , ni mon hohillcment.
Comment ! je soiilTrirois ma femme dans une profession —
SriNETTE.
Je ne puis être à vous qu'à cette condition-là. Voyez si cela vous accommode.
A RLEQUIN.
Non , la belle, cela ne nous accommode point.
LÉ LIO
Hé quoi ! Ne seroit-il pas plus agréable pour vous de vivre honorablement, que de....?
SPINETTE
Je veux vivre à ma fantaisie.
LÉLIO
Cependant , faites réflexion..,.
SPINETTE
Oh ! je fais réflexion que vous vous opposez à mes volontés. Nous ne nous convenons point. Voilà qui esl fini, n'en parlons plus.
( Elle veut encore s'en aller. )
I ARLEQUIN
Soit. N'en parlons plus.