‹ ŒuvresChapitre 58 sur 229 · LÉLIO, ARLEQUIN, SPINETTE, UN · texte numérisé non relu

LÉLIO, ARLEQUIN, SPINETTE, UN

ÉGYPTIEN, apportant deux habits d'ordonnance.

SPINETTE

Tout va bien jLélio. Votre dessein est agréable à mon frère.

ARLEQUIN

Il a bien de la bonté !

SPINETTE

Voici deux habits d'ordonnance , un pour vous, et l'autre pour votre valet.

ARLEQUIN

Pour moi, je suis votre serviteur.

LÉLIO, à Arlequin.

Pourquoi ce refus ?

DE i/amour. i55

ARLEQUIN

C'est que je ne suis pas amoureux , moi.

SPINETTE

Cela viendra. J'ai des compagnes fort jolies.

ARLEQUIN

Je n'aime point celle graine-là. J'ai le goi*U bourgeois.

LÏîLio, lui mettant l'habit.

Allons , allons. Ne nous fais point perdre de temps.

ARLEQUIN

Mais , mais... Attendez donc... Il n'est pas nécessaire... Que diable !... Ah ! quel habit !

1/ EgyptienmetV habit cV ordonnance à Lélio, après lui avoir ôté son Justaucorps. Et en lui tendant son mouchoir qu'il a tiré d'une de ses poches j le portrait d'Isabelle tombe. Arlequin le ramasse.

SPINETTE

Qu'est-ce que c'est que cela ?

ARLEQUIN

Ce n'est rien.

SPINETTE

Je veux le voir.

liÉLio, prenant le portraitdes mains d'Arlequin.

Cela n'en vaut pas la peine.

SPINETTE, V arrachant à Lélio.

N'importe . . . Ho ! ho ! c'est le portrait d'une femme , assez jolie même.

l54 LA FORCE

ARLEQUIN

C'est le portrait de sa grand-mère quand elle étoit jeune.

SPINETTE

V ous vous troublez, Lélio! Quedois-je penser?

LÉlilO.

Quejesulsleplusmalheureuxdetouslesbommes,

de n'avoir pns

SPINETTE

De n'avoir pas mieux pris vos mesures , n'est-il pas vrai ? J'admire votre ingénuité.

EÉEIO.

Ne précipitez point votre jugement. Ce portrait ne doit pas vous faire la moindre peine.

SPIN ETTE

Ne cherchez point de détour. Vous n'êtes qu'un traître.

LÉEIO.

Ah ! Spineile , votre défiance blesse ma fidélité.

SPIN ETTE

Vous êtes un imposteur. Je romps avec vous pour jamais. Adieu. Je suis au désespoir de vou& avoir vu. {Elle veut s^en aller. )

li É li I o , la retenant.

• Ne vous en allez point sans m'entendre.

SPINETTE

Hé ! que pouvez-vous me dire?

liÉLIO.

Mon malheur.

DE l'amour. i35

s PI NETTE.

Ne le vois- je pas?

liÉIilO.

Permeltez que je vous lire d'erreur.

SPINETTE

Je suis désabusée.

EÉLIO.

Non , vous ne l'êtes pas. Daignez m'écouter un moment.

SPINETTE

Je n'en ferai rien.

ARLEQUIN, la retenant.

Ho! parbleu! madame l'Egyptienne, vous n'êtes pas raisonnable aussi. Il veut parler, vous ne voulez pas l'entendre ; ce n'est pas le moyen de vous éclaircir. A ttendez, j'y trouve un milieu. Regardezvous tous deux sans rien dire , et vous allez vous expliquer par ma Ijouclie.

Il passe du côté de Spinette , et dit pour elle ^ en contrefaisant sa voix , à Lélio.

Ha ! lia ! petit scélérat , vous vouliez donc m'en donner à garder ?

Spinette fait un geste applaudissant enregardant Ijélio. Arlequin passe du côté de Lélio ^ et imite sa voix , en répondant pour lui à Spinette.

iSon , ma bouchonne , il n'y a point de tricherie dans mon fait.

L/élio appi'ouçe du geste ce que vient de dire

î56 LA FORCE

Arlequin y qui repasse du côté de Spinette. Ce

qui se fait de part et d'autre jusqu'à la fin.

Mais qui est cette mijaurée dont vous avez laissé tomber le portrait?

Du côté de Lélio.

C'est ma cousine Isabelle, que je venois épouser à Livouroe , par ordre de mon père , et que je plante là pour aller courir les champs avec vous. Du côté de Spinette.

Vous l'aimiez donc , cette Isabelle ?

Du côté de Lélio.

Mais, j'y avois bien quelque petite disposition sur la copie , lorsque vous m'avez ôté l'envie d'aller voir l'original.

Du côté de Spinette.

Est-ce que vous ne Tavez jamais vu?

Du côté de Lélio.

Non , belle tulipe du parterre de mon cœur, je n'ai de ma vie paru devant Isabelle.

Du côté de Spinette. Dites-vous la vérité ?

Du côté de Lélio.

Oui , ma reine , ou le diable m'emporte.

Du côté de Spinette.

Cela étant , je ne suis plus fâchée.

Au jnilieu des deux et de sa voix naturelle. Là-dessus , vous vous embrassez , et voilà la paix, faite.

DE I.*AMOUR. 1^)7

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