LÉLIO, ARLEQUIN, SPINETTE, UN
ÉGYPTIEN, apportant deux habits d'ordonnance.
SPINETTE
Tout va bien jLélio. Votre dessein est agréable à mon frère.
ARLEQUIN
Il a bien de la bonté !
SPINETTE
Voici deux habits d'ordonnance , un pour vous, et l'autre pour votre valet.
ARLEQUIN
Pour moi, je suis votre serviteur.
LÉLIO, à Arlequin.
Pourquoi ce refus ?
DE i/amour. i55
ARLEQUIN
C'est que je ne suis pas amoureux , moi.
SPINETTE
Cela viendra. J'ai des compagnes fort jolies.
ARLEQUIN
Je n'aime point celle graine-là. J'ai le goi*U bourgeois.
LÏîLio, lui mettant l'habit.
Allons , allons. Ne nous fais point perdre de temps.
ARLEQUIN
Mais , mais... Attendez donc... Il n'est pas nécessaire... Que diable !... Ah ! quel habit !
1/ EgyptienmetV habit cV ordonnance à Lélio, après lui avoir ôté son Justaucorps. Et en lui tendant son mouchoir qu'il a tiré d'une de ses poches j le portrait d'Isabelle tombe. Arlequin le ramasse.
SPINETTE
Qu'est-ce que c'est que cela ?
ARLEQUIN
Ce n'est rien.
SPINETTE
Je veux le voir.
liÉLio, prenant le portraitdes mains d'Arlequin.
Cela n'en vaut pas la peine.
SPINETTE, V arrachant à Lélio.
N'importe . . . Ho ! ho ! c'est le portrait d'une femme , assez jolie même.
l54 LA FORCE
ARLEQUIN
C'est le portrait de sa grand-mère quand elle étoit jeune.
SPINETTE
V ous vous troublez, Lélio! Quedois-je penser?
LÉlilO.
Quejesulsleplusmalheureuxdetouslesbommes,
de n'avoir pns
SPINETTE
De n'avoir pas mieux pris vos mesures , n'est-il pas vrai ? J'admire votre ingénuité.
EÉEIO.
Ne précipitez point votre jugement. Ce portrait ne doit pas vous faire la moindre peine.
SPIN ETTE
Ne cherchez point de détour. Vous n'êtes qu'un traître.
LÉEIO.
Ah ! Spineile , votre défiance blesse ma fidélité.
SPIN ETTE
Vous êtes un imposteur. Je romps avec vous pour jamais. Adieu. Je suis au désespoir de vou& avoir vu. {Elle veut s^en aller. )
li É li I o , la retenant.
• Ne vous en allez point sans m'entendre.
SPINETTE
Hé ! que pouvez-vous me dire?
liÉLIO.
Mon malheur.
DE l'amour. i35
s PI NETTE.
Ne le vois- je pas?
liÉIilO.
Permeltez que je vous lire d'erreur.
SPINETTE
Je suis désabusée.
EÉLIO.
Non , vous ne l'êtes pas. Daignez m'écouter un moment.
SPINETTE
Je n'en ferai rien.
ARLEQUIN, la retenant.
Ho! parbleu! madame l'Egyptienne, vous n'êtes pas raisonnable aussi. Il veut parler, vous ne voulez pas l'entendre ; ce n'est pas le moyen de vous éclaircir. A ttendez, j'y trouve un milieu. Regardezvous tous deux sans rien dire , et vous allez vous expliquer par ma Ijouclie.
Il passe du côté de Spinette , et dit pour elle ^ en contrefaisant sa voix , à Lélio.
Ha ! lia ! petit scélérat , vous vouliez donc m'en donner à garder ?
Spinette fait un geste applaudissant enregardant Ijélio. Arlequin passe du côté de Lélio ^ et imite sa voix , en répondant pour lui à Spinette.
iSon , ma bouchonne , il n'y a point de tricherie dans mon fait.
L/élio appi'ouçe du geste ce que vient de dire
î56 LA FORCE
Arlequin y qui repasse du côté de Spinette. Ce
qui se fait de part et d'autre jusqu'à la fin.
Mais qui est cette mijaurée dont vous avez laissé tomber le portrait?
Du côté de Lélio.
C'est ma cousine Isabelle, que je venois épouser à Livouroe , par ordre de mon père , et que je plante là pour aller courir les champs avec vous. Du côté de Spinette.
Vous l'aimiez donc , cette Isabelle ?
Du côté de Lélio.
Mais, j'y avois bien quelque petite disposition sur la copie , lorsque vous m'avez ôté l'envie d'aller voir l'original.
Du côté de Spinette.
Est-ce que vous ne Tavez jamais vu?
Du côté de Lélio.
Non , belle tulipe du parterre de mon cœur, je n'ai de ma vie paru devant Isabelle.
Du côté de Spinette. Dites-vous la vérité ?
Du côté de Lélio.
Oui , ma reine , ou le diable m'emporte.
Du côté de Spinette.
Cela étant , je ne suis plus fâchée.
Au jnilieu des deux et de sa voix naturelle. Là-dessus , vous vous embrassez , et voilà la paix, faite.
DE I.*AMOUR. 1^)7