I-iO LA FOKCE
ARLEQUIN
En voici bien d'une autre.
SP IN ET TE
Assurément. Vous n'avez qu'à lui laisser ce portrait, il he lui en faut pas davantage. Il n'est pas mal fait , il a de l'esprit; Isabelle n'aura aucun soupçon de cette petite snpercberie.
ARLEQUIN, à part.
Tudieu! Quelle dératée !
SPINETTE, d Lélio qui rêve.
Hé bien ?
LÉLIO
Je ne puis consentir à cela.
ARLEQUIN
Ni moi non plus. Notre habit ne tient à rien.
c L A RI N , à Lélio.
Pourquoi donc ?
D'où vient ?
LÉLIO
Ne le voyez-vous pas bien ?
ARLEQUIN
Cela se peut-il demander?
{Il fait mine de vouloir se déshabiller.)
LÉLIO
Un homme du métier de votre frère... !
SPINETTE
Elle ne saura point qui il est. Il prendra un d< vos habits , et se fera appeler Lélio.
DE l'amour. i4i
CLARIN.
Il n'y a plus de difficultés.
liÉLIO.
Vous vous moquez... Ne m'obligez point à Yous représenter toute l'absurdité de ce projel-là. ARLEQUIN, se déshabillant à demi.
Hé, fi!
SPINETTE
Votre résistance vous trahit , l^élio. Vous avez de l'attachement pour Isabelle.
LÉLIO
Eh ! non , ce n'est point cela. Vous prenez pour un effet d'amour ce qui ne part que d'un principe d'honneur.
SPI>! ETTE.
Que voulez-vous dire par-là?
LÉLIO
Vous devez m'entendre. Je serois un malheureux, si je prêtois la main à une fourberie si criminelle. Entre nous, une fille de qualité n'est pas faite pour un Egyptien.
ARLEQUIN, achevant de se déshabiller.
Les plaisans gredins !
CLARIN.
Tout Egyptien que je suis, je me pique d'avoir une ame noble , des sentiments vertueux.
SPINETTE
Dès qu'elle aimera mon frère, elle le rej^ardera coiimie vous me regardez 5 votre exemple étourdira sa délicatesse. Allez. Elle s'accoutuaiera avec nous.
liÉLIO.
Non , non, elle seroit au désespoir!
ARLEQUIN
Sans doute.
CLARIN.
Je prends vSur moi le soin de l'apaiser.
Déterminez- vous, Lélio. Votre obstination m'outrage, et je suis fatiguée de tant dé résistance.
lilÉEIO.
Injuste Spinette! Vous n'êtes pas contente de tout ce que je vous sacrifie! Faut-il que vous exigiez de moi que je vous immole une innocente cousine , et que je serve moi-même à la rendre...
SPINETTE
Ne m'en dites pas davaiitage. Je no vous demande plus rien. Gardez voirc noble orgueil, vous en avez besoin pour vous-même. Tous auriez plus de raison de combattre les sentiments que je vous ai inspirés; vous devez vous être plus cher que toute votre famille. Que je suis malheureuse ! j'aurois méprisé pour vous les plus grands
DE L^AMOUR. l45
princes de la terre , et vous êtes toujours prêt k me rcluser ce que je vous demande.
ARLEQUIN, bas Cl Lélio.
Ne mollissez point.
LÉLIO
Mais considérez...
SPINETTE
Allez, ingrat. \ ous ne méritez pas le cœur de Spinelte. Séparons- nous. Quittez cet habit que vous avez eu la lâcheté de prendre, et courez vanter à Isabelle votre attention scrupuleuse pour son honneur. Elle vous pardonnera le mépris que vous avez pour ses charmes, en faveur du soin que vous prenez de sa gloire.
Que vous êtes cruelle! Je suis sûr que Clarin lui-même ne désapprouve point ma répugnance.
CLARIN.
Je pourrois m'en offenser, et vous dire....
s P I N ETTE , interrompant Clarin.
Retirez-vous, mon frèrf;. {Clarin sort.)
{A Lélio.) Adieu, fils de ministre. Si tu juges que ta cousine doit dédaigner un Egyptien tel que mon frère , apprends qu'une Egvplienne telle que moi , te méprise à son tour. {Elle veut se retirer.) LÉLIO, V arrêtant.
Dem
eurez.
l44 LA FORCE
SPINETTE
Ne m'arrêtez point.
EÉLIO.
Je ne puis me résoudre à vous perdre.
ARLEQUIN , bas à Lélio.
Qu'allez-vous faire ?
SPINETTE
Je ne vous écoule plus.
LJÊLIO.
Je me rends.
SPINETTE
Votre cousine vous tient trop au cœur.
LÉLIO
Je vous l'abandonne. Je souscris à tout. ARLEQUIN, remettant son habit.
Je n'ai qu'à remettre mon habit.
SPINETTE
Allons donc concerter ensemble ce qu'il faut faire pour réussir dans cette entreprise.
{Elle sort.) L ÉLI o , /a suivant, O force de l'amour !
ARLEQUIN
O la poule mouillée !
DE l'amour. i45