LA FÉE , LE CHEVALIER D'ADONISAC
Gascon.
LE CHEVALIER
Eh ! donc , cbarmante fée ! Je vous attrape enfin. ; Cadédis ! je grillois de vous faire mes compliments.
LA FÉE, à part.
Ce gascon débute par des civilités , il fera des demandes exhorbitantes.
liE CHEVALIER.
Vous voyez , ma bonne , le chevalier d'Adonisac, cet enfant gâté que vous connoissez dès le berceau.
LA FÉE
N^est-il pas vrai qu'à cause de l'ancienne connoissance , je serai obligée de vous faire un don considérable ? Je soupçonne que vous venez me demander d'être heureux au jeu.
LE CHEVALIER
Hé ! fi donc ! Je n'attends pas après vous pour cela.
LA FÉE
Les cartes et les dés en usent donc bien avec vous ?
LE CHEVALIER
On ne peut pas mieux. La fortune me suit comme un barbet j je la mène en laisse.
LA FÉE
Vous la contraignez à vous suivre.
LE CHEVALIER
Hé ! mais, quand je déconfis une douzaine de joueurs au lansquenet, il n'est pas probable que je laisse à la fortune toute la gloire du triomphe.
LA FÉE
Il est beau de ne pas devoir ses conquêtes au
DES FKES. 199
hazard. Puisque le jeu vous est si favorable, vous ii'éies pas apparemment heureux en amour? Vous venez nous implorer contre la rigueur des belles.
liE CHEVALIER.
La rigueur des belles ! Sandis ! vous me faites rire. La plus cruelle ne peut tenir un quart-d'hure devant moi.
L,A FÉE
Vous ne vous amusez pas à faire des romans ?
LE CHEVALIER
Non, diou me damne. Je n'en ai pas commencé un seul, mais j'en ai bien fini un quarteron.
LA FÉE
Vous gagnez au jeu, vous triomphez près des dames ; que vous faut-il donc? {D'un ton plus bas.) Entre nous, ne viendriez-vous pas demander des armes enchantées? Des arnies à l'épreuve de l'épée et du pistolet?
LE CHEVALIER
Je n'en ai pas besoin. J'ai mis ma valur sur un pied , qu'on ne m'altaque plus.
LA FÉE
Apprenez-nioi donc ce qui peut vous amener à la foire des fées.
LE CHEVALIER
La réconnoissance.
LA FÉE
La réconnoissance !
LE CHEVALIER
Oui. Je viens remercier les fées de louies les perfections qu'elles m'ont données. II faut assolumenl qu'elles se soient cotisées pour composer mon mérite. Je ne puis avoir été formé que par les fées 5 la nature m'auroit raté.
Vraiment , je ne savois pas toutes les obligation* que vous nous avez.
LE CHEVALIER
Les cœurs généreuï. oublient leurs bienfaits.
LA FÉE
Je me garderai bien de vous offrir quelque chose du nôtre , votre amour-propre vous a tout donné.
LE CHEVALIER
Je ne vous demande que la liberté d'aller causer avec vos jolies marchandes.
LA FÉE
Allez. Il vaut autant que vous perdiez ici votre temps qu'ailleurs.