I.A FÉE
Expliquei-moi celle énigme.
M. MILLIONI.
J'étois riche, je ne le suis plus; et j'ai pourtant dans ma fortune conservé le caractère de ma profession.
LA FÉE
Quelle étoit votre profession?
M. MIIiLIONI.
Un poète à ma place vous diroit effrontément qu'il étoit du métier du Soleil , puisque j'avois comme lui un char à conduire.
LA FÉE
^ ous étiez fiacre ?
M. MILLIONI.
A votre service. Et Millioni est mon nom,
LA FÉE
C'est-à-dire que vous êtes un champignon de la rue Quincampoix '^.
M. MILLIONI.
O l'heureux temps que vous me rappelez! Alors, on désertoit tous les quartiers de Paris , pour se rendre dans cette rue célèbre. Les procureurs quittoient le Châtelet , et la veuve et l'orphelin étoient tranquilles : les médecins abandonnoient les malades , et les malades guérissoienl : les poètes
* Y oyez la note page 364, tome XIV.
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négligeoienl l'opéra , et l'opéra ne s'en Irouvoit que mieux.
LA FÉE
Cela est vrai.
M. MILLIONI.
Nous étions un las de nouveaux riches, qui composions un monde à part. Nous vidions les magasins : nous nous emparions des cliàteaux j et nous enlevions au public les beautés vagabondes, pour partager avec elles notre prospérité.
LA FÉE
T^ous regrettez bien ce temps-là , n'est-il pas vrai
M. MILLIONI.
J'en suis inconsolable ! Et ma perte est certaine , si les fées n'ont pitié de moi.
LA FÉE
Que voulez-vous qu'elles fassent?
M. MILLIONI.
Qu'elles me dédommagent des millions que m'ont ôté certaines gens qui ont voulu savoir d'où ils me venoient.
Vous avez donc affaire à des gens bien curieux ?
M. MILLIONI.
Je vous en réponds. Comment diable! ils remontent à la source de tout! Oh ! dame ! cela ne nous accommode pas nous autres. Nos richesses nous ressemblent, elles sont sans origine.
DES FJÉES. 20^