SHY
Trois jours? oui !
Faites votre billet, seigneur, dès aujourd'hui. Et nous verrons. — Pourtant, si j'ai cru bien entendre, Vous paraissiez haïr l'usure et vous défendre Du prêt par intérêt ?
ANTONIO
— Je n'y souscris jamais.
SHYLOCK
Vous avez des raisons que je ne sais pas; mais Ouand Jacob autrefois chez Laban faisait paître Les brebis de son oncle et le choisit pour maître... Or, ce Jacob était troisième possesseur
Se déconvrant en s'inclinant.
Des biens de notre saint Abraham par sa sœur. Oui. ce fut le troisième...
Eh ! qu'en voulez-vous faire ?
Était-il usurier?
SHYLOCK
Non. — Voici son affaire.
Laban l'avait voulu, les moulons bigarrés Qui seraient en naissant doublement colorés Devaient appartenir a Jacob. — La nature Xe pouvant varier a son gré leur teinture. Il les peignit en rouge et gagna, oui, d'honneur; Toujours un gain honnête est béni du Seigneur.
ANTONIO
Pensez-vous que la Bible ait écrit cette histoire Pour vous justifier et pour nous faire croire Qu'il faut qu'en vos marchés un énorme intérêt Enchaîne injustement les libertés du prêt? Vos ducats ne sont pas des troupeaux qu'on allie.
SHYLOCK
Aussi vite, du moins, Shylock les multiplie.
antonio. à Bassaqio.
Voyez comme le diable use des livres saints Et fait servir leur texte à ses mauvais desseins.
A Shylock.
Eh bien! que voulez-vous enfin pour votre peine?
SHYLOCK
Moi? — seigneur Antonio, bien souvent votre haine Me vint injurier sur mes humbles profits. La réponse qu'alors aux insultes je fis, Fut de plier l'épaule avec la patience ^)ui toujours est d'un juif la première science. Maintenant il parait qu'il vous faut mon secours, C'est bien. — Vous m'abordez, vous changez de discours, Vous dites : — Bon Shylock, je voudrais telle somme! Vous qui m'avez toujours mis au-dessous d'un homme ! Vous qui m'avez chassé du seuil et du chemin, Qui m'avez repoussé du pied et de la main, Comme un chien étranger venu sur votre porte! Vous voulez de l'argent? Faut-il que j'en apporte Et dise : Bon seigneur, qu'un m'humilie encor, Tenez, frappez ma joue, et prenez mon trésor?
ANTONIO
Oui, je suis prêt encore à te traiter de même.
Prète-moi cet argent, non parce que je t'aime,
Car la sainte amitié ne sert pas à demi
Et ne travaille pas l'or aux mains d'un ami ;
Mais parce que je suis l'ennemi de ta race,
Tu pourras, si je manque, avoir meilleure grâce
A poursuivre tes droits et ma punition.
SHYLOCK
Calmez-vous ! je prétends à votre affection Et veux vous obliger.
ANTONIO
Pourquoi? je t'en dispense, Point de service.
shylock, à part.
Ha ! ha ! — C'est là ma récompense ?
Haut.
Je voudrais oublier vos injures.
ANTONIO
Et moi Je veux me souvenir de mon mépris pour toi. . shylock, à part, se mordant les lèvres.
Haut.
Ha! ha! Mais si le juif sans intérêt vous livre