‹ [Œuvres]Chapitre 115 sur 402 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

J'ai choisi !

Il met sa main sur ses veux; Portia accourt, regarde le coffret, ôte son voile et va lui prendre la main.

Quel portrait? le vôtre! ai-je rêvé?

PORTIA

Votre rêve est heureux, et mon voile est levé;

Levez aussi les yeux, et vous me verrez telle

Que je suis. A présent, je me voudrais plus belle,

Plus riche, plus parfaite, et je voudrais avoir,

Pour vous l'offrir, grandeur, rang, famille et pouvoir;

Mais je n'ai que moi seule avec mon héritage;

Ils sont vôtres tous deux, et le sont sans partage.

Vous aurez à guider une femme sans art,

Qui, malgré cet éclat qu'elle doit au hasard,

Un peu lasse du monde, aime la solitude,

N'est pas même parfois incapable d'étude.

Vivra de votre vie, et, sûre du bonheur,

Vous reconnaît déjà pour son prince et seigneur.

BASSANIO

Oh! vous m'avez ôté le pouvoir de répondre. L'épreuve et le succès, tout vient de me confondre ; Tous mes sens et mon cœur, émus par votre voix, N'ont qu'un cri de bonheur qu'ils jettent à la fois, Et que n'exprimerait nulle parole humaine.

PORTIA

Je vous veux imposer seulement une peine : C'est celle de porter ma bague. Vous saurez Que si le moment vient où vous la quitterez, Vous perdrez avec elle, à l'instant, votre femme.

BASSANIO

Si jamais je la perds, j'aurai perdu mon àme.

PORTIA

Venez, et pour la sieste; après, séparons-nous : J'ai besoin de repos peut-être plus que vous.

Ils s'éloignent avec la suite sous les galeries, et restent à s'y promener pendant la scène suivante. Portia et Bassanio sortent de scène un moment, puis reviennent à grands pas avec Lorenzo.

Page 1