ACTE II , SCÈNE IL
PORTIA
Telle ardeur en serait étouffée.
BASSANTO.
Savoir
Tout s'en irait comme un songe de fée ; Plus de trésor, partant plus d'amour.
BASSAMO.
Essayez.
Vous craignez?
PORTIA
Pour nous deux.
BASSAMO.
Nous deux !
PORTIA
Vous m'effrayez.
On vous écoute. Allez choisir avec prudence ; Pour moi, je dois attendre et prier en silence.
Elle lui remet la baguette et demeure à l'écart voilée et recueillie.
bassamo. tenant la baguette d'or dans sa main. Or. argent, plomb, choisir! Dans le choix d'un métal Trouver un avenir bienheureux ou fatal ! Caprice d'un mourant, tu vas régler ma vie! Hasard, viens donc régner! que ta loi soit suivie. Viens d'un vol inégal, viens, je ne serai pas Le premier dont ton aile aura sauvé les pas.
Il va examiner les coffres.
S'il gagne, j'ai gagné.
Votre main?
GRATIANO. NE R ISS A.
Oui.
GRATIANO
J'ai votre promesse,
NERISSA.
Nous verrons.
GRATIANO
Quand l'aurai -je?
NERISSA
A leur messe.
J64 LE MARCHAND bh UMSE.
bassamo, sombre. Il revient se promener de long en large sur le devant de la scène.
Par saint Paul ! pas un signe, un mot n'y fut gravé Qui conduise l'esprit vainement éprouvé ; Soulève-toi, mon cœur, et brise cette entrave! Je trouve, en y songeant, ceci profond et grave ; Et ce qui là-dessus me passe dans l'esprit, Je ne sais avant moi si personne l'a dit : Lorsque pour nous guider la raison est sans flamme, Que les sens aveuglés sont impuissants, que l'âme Ne reçoit nul secours, nulle inspiration De la foi, nul soutien de la religion, Si l'homme dans son cœur descend et qu'il écoute Un mouvement secret qui le pousse en sa route, Consience ou désir, instinct mystérieux, Il trouve ce qu'en nous peut-être ont mis les cieux. Oui, j'en croirai mon cœur, son penchant, son caprice, Le premier mouvement par lequel il frémisse, Qui l'éloigné ou l'attire, et je m'arrêterai Sur cette émotion quand je l'éprouverai. — Voyons l'or"? Je le hais. Son aspect me repousse Comme celui d'un traître à la figure douce, Fardée, et je le hais non moins que cet argent, De la dupe au fripon pâle et vulgaire agent. Sans leur fatal usage et leur ignoble échange, Je n'aurais pas subi cette torture étrange De voir, à demi triste et joyeux à demi, S'humilier peur moi le front pur d'un ami. A toi donc, pauvre plomb, toi de forme commune, Plomb simple et dédaigné, comme l'est ma fortune, Triste et pesant comme elle! 0 noir métal! qui fonds. Comme mon cœur au feu de ses amours profonds, A toi donc mon destin bienheureux ou funeste; Pour ce moment le sort est jeté. Pour le reste, Ce stylet suffira. Si d'un côté ma main S'égare, elle ira droit dans un autre chemin, Car je ne vivrai plus privé de ma maîtresse Et chargeant mes amis du poids de ma détresse.
11 touche le coffret de plomb avec sa baguette. Alors il regarde dans le coffret.