‹ [Œuvres]Chapitre 15 sur 402 · ACTE I, SCKKE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCKKE V

othello, il salue avec respect et parle avec calme. Très-graves, t rès-puissants seigneurs, mes nobles mailreSj Réservez la rigueur de vos lois pour les traîtres. Moi. que j'aie enlevé la fille du vieillard, C'est vrai. — Je vous dis là mon offense, sans fard. Sans voile. — 11 est aussi très-vrai qu'elle est ma femme ; Voilà tout. — Je suis rude, et je n'ai pas dans l'âme Des paroles de paix; je suis né dans les camps: Et depuis que ces bras frappent... j'avais sept ans, Sous la tenle mes nuits se passèrent entières. Hormis pendant le cours des neuf lunes dernières. Aussi, dans l'univers n'ayant qu'un intérêt, J'aurais bien peu de chose à dire qui n'eût trait A des combats, des faits de bravoure à la guerre. — En faisant mon récit je ne l'ornerai guère; Mais pourtant vous saurez par quel philtre puissant (Comme il dit) j'ai régné sur ce cœur innocent.

BRABANTIO

Hélas! c'est une enfant si douce et si timide, Seigneurs, qu'un mouvement, qu'un geste trop rapide, Que le moindre sourire à son âge échappé La couvre de rougeur. — Et me croire trompé? Croire que, sans l'effort d'une puissance occulte, Elle ait payé mes soins paternels par l'insulte? C'est impossible !

OTHELLO

Eh bien, seigneurs, permet tez-noos De la faire paraître un instant devant vous. Son père jugera lui-même s'il s'abuse : Je me livre à la mort si son aveu m'accuse.

Que Desdemona vienne elle-même au palais. Que plusieurs officiers partent.

Conduisez-les, Vago. vous connaissez sa nouvelle demeure; Dites-lui qu'au sénat il faut venir sur l'heure.

Le Doge fait un g. sic. et îles cfficiers vont la chercher. Yugo sort ivec eux affres avoir tait an signe d'intelligence à Rodi i^o rioj s'évade cl le suit. . tr

En L'attendant, seigneurs, aussi sincèrement Que. l'on confesse au Ciel un secret sentiment, Je vais vous exposer comment la jeune femme A reçu mon amour et m'a livré son àme.

Parlez. —

OTHELLO

Son père alors m'aimait, et très-souvent M'invitait; nous parlions de ma vie, en suivant Par année et par jour les sièges, les batailles, Les désastres sur mer, les vastes funérailles Où je m'étais trouvé; je parcourais les temps De mes plus grands périls, et ces rudes instants Où la mort en passant nous effleure la tête; Je lui disais comment je desins la conquête D'un barbare ennemi, comment je fus vendu, Racheté, voyageur dans un pays perdu; Je disais le caprice et la fureur des ondes, Les détours souterrains des cavernes profondes, Et l'ennui du désert, et l'orgueil de ces monts Oui suspendent au ciel les neiges de leurs fronts ; * Cannibales, Indiens, dangers, science ou gloire, 11 le voulut, ainsi je contai mon histoire. Parfois Desdemona, d'un air triste et touché, Venait entre nous deux s'asseoir, le front penché, Quittait l'appartement pour un ordre, une affaire, Et puis elle rentrait et restait sans rien faire, Et d'une oreille avide écoutait mes propos. Je l'avais remarqué. Dans un jour de repos, Elle se trouvait seule et me fit la prière De lui redire encor l'histoire tout entière. Je voyais en parlant des larmes dans ses yeux, Et lorsque je me tus, les élevant aux cieux, Elle rougit, et dit : que ce voyage étrange Était touchant! et puis ajouta : qu'en échange D'un tel récit, son cœur donnerait de l'amour Si quelqu'un en faisait un pareil quelque jour. Je pus à cet aveu parler sans crime extrême. Pour mes périls passés elle m'aima; de même,

* On \cnait de découvrir alors le Nouveau-Monde.

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