‹ [Œuvres]Chapitre 152 sur 402 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Le maréchal de THÈMES ES, F1ESQUE, CREQUI, MONGLAT, D'AXYILLE, SAMUEL, BORGIA.

créqui, au jeu.

M. de Thémines a encore perdu!

fiesque, à Samuel.

Eh! te voilà, vieux mécréant! Que viens-tu faire au Louvre, Samuel?

SAMUEL MONTALTO, bas.

Vendre et acheter, si j'en trouve l'occasion. Mais, mon gentilhomme, ne me nommez pas Samuel ici, je vous prie. J'ai pris un nom de chrétien ; je m'appelle Montalto à Paris.

FIESQUE

Est-ce que tu fais toujours de la fausse monnaie . l'ami? Serais-tu toujours alchimiste, nécromancien, et physicien dans ton vieux laboratoire? Ou as-tu peur d'être pendu seulement comme usurier?

SAMUEL

Usurier ! je ne le suis plus : je prête grat's à présent.

FIESQUE

Si tu prêtes gratis, tu fais bien de venir au jeu ce

(1) Ces mois : droite et .;;auche de la scène doivent s'entendre

2ld LA MARÉCHALE D'ANCRE.

soir: tu trouveras des amis à obliger. Pour moi, je ne te demanderai qu'un conseil.

Il le tire à pari, à droite de la scène.

Regarde ce Corse au teint jaune, à la moustache noire, à l'œil sombre.

SAMUEL

C'est Michaë'l Borgia.

FIESQUE

Lui-même. On dit qu'il cache , dans un coin de Paris, la plus jolie fille dont le soleil d'Italie ait jamais cuivré les joues.

Samuel, à part.

Bon! en voilà déjà deux qui savent qu'elle est ici. Le maréchal d'Ancre a voulu me l'acheter hier. (Haut.) Monsieur de Fiesque, je ne voudrais pas, pour mille pistoles, répéter ce que vous venez de dire. Borgia est jaloux et violent, Jamais le grand Salomon n'eut autant de portes et de rideaux que ce Corse silencieux , pour cacher sa Sunamite aux yeux noirs. Je vois cette femme tous les jours, moi ; mais c'est parce que je suis vieux-

Et moi aussi, moi qui suis jeune, pardieu! je l'ai vue, et j'en suis épris, Samuel. Je sais où elle demeure.

SAMUEL

Chut! Vous me feriez poignarder par lui. Où croyezvous donc qu'elle demeure ?

FIESQUE

Chez toi, mécréant! Et le maréchal d'Ancre rôdait avec moi le jour où je la vis.

SAMUEL

Mais taisez-vous donc : Borgia vous a entendu.

TTJEMINES.

Eh bien! mettez-vous au jeu, monsieur de Borgia?

BORGIA

Non, monsieur, non.

THÉMINES

Vous êtes distrait?

BORGIA

Oui.

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