ACTE II, SCÈNE I
Isabella se lève tout à coup, et va vers lui faisant un geste menaçant de sa guitare. Le juif met ses deux mains devant son visage, de peur d'être battu.
Ah! ne vous emportez pas comme vous faites toujours. isabella, immobile, lui parlant viteenle regardant
fixement.
M'as-tu vue sortir depuis six mois une seule fois?
SAMUEL
Non, non, pas une seule fois.
ISABELLA
Sais-je le nom d'une seule rue de Paris, même de la tienne où je suis enfermée?
SAMUEL
Non, vous ne le savez pas.
ISABELLA
M'as-tu vue par cette fenêtre recevoir ou jeter un seul billet?
SAMUEL
Pas un seul. (A part.) Elle est si haute, la fenêtre!
ISABELLA
M'as-tu vue sourire à un homme, seulement des yeux?
SAMUEL
Jamais, jamais.
ISABELLA
Fais-je autre chose qu'attendre, et attendre encore?
C'est vrai ! c'est vrai !
ISABELLA
Ai-je un autre nom à la mémoire et sur la bouche que celui de Borgia? dis.
SAMUEL
Pas un autre nom.
ISABELLA
M'as-tu entendue me plaindre de lui?
SAMUEL
Jamais, signora, jamais.
ISABELLA
Eh bien donc! juif, je te jure par celui que tes pareils ont fait mourir et n'ont pas empêché de ressusci-
1er, que si lu te plains de moi à Borgia, je te ferai savoir ce que c'est qu'une femme d'Aïaeio.
SAMUEL
Ce ne sont là que des bagatelles: une fenêtre, un salut : plaisanteries.
ISABELLA
Pauvre juif, tu ne connais ni lui ni moi; le plus léger reproche de lui peut me faire mourir, et pour la moindre faute il me tuerait.
Vous croyez?
ISABELLA
J'en suis sûre. j"en suis hère, et j'en ferais autant. [On frappe.) Adieu. Je vais dans ma chambre, parce que je le veux, mais non parce que tu me le dis.
Elle entre dans sa chambre.
SAMUEL
Cette méchante race italienne me rendra fou si elle ne me fait pendre.