‹ [Œuvres]Chapitre 184 sur 402 · ACTE II. SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE IV

DÉAGEANT

Battu même.

PICARD

C'est bon ! c'est bon !

DEAGEANT.

Oh! battu, c'est le mot. Honteusement battu!

PICARD

Eh bien?

déageA-XT, s' asseyant.

Avouez que Concini est un mauvais garnement.

PICARD

Cela se peut.

DÉAGEANT

Un traître qui nous livre à l'Espagnol.

PICARD

Ceci, je n'en sais rien.

DÉAGEANT

Un concussionnaire, un voleur qui, par les intrigues de sa femme, a dépouillé toutes nos provinces. Un insolent qui en Picardie a fait graver son nom et ses armes sur les canons du roi.

PICARD

Croyez- vous?

DÉAGEANT

Un effronté qui porte sur son chapeau le panache du héron noir que portait le feu roi Henri.

picard, après avoir réfléchi long-temps.

Peu de chose. Peu de chose.

DÉAGEANT

Et sa femme, la Galigaï, est fort soupçonnée de magie. Elle consulte Cosme Ruger, abbé de Saint-Mahé, qui est un athéiste, et Mathieu de Monthenay. Elle sacrifie des coqs blancs dans l'église.

picard, après un moment de silence, et avoir considéré long-temps Déayeant. lui frappe pesamment sur l'épaule.

Çà, M. le conseiller, vous me croyez par trop simple, et vous avez chanté d'un ton trop bas. Vous vous êtes mépris. Il y a bien quelques gens qui vous croiront, mais je n'en suis pas. Et sur cela, je suis bien aise de

vous dire mon idée. M'est avis qu'une nation est toute pareille à un tonneau de vin : en haut est la mousse , comme qui dirait la cour: en bas est la lie, comme qui dirait la populace paresseuse, ignorante et mendiante. Mais entre la lie et la mousse , est le bon vin, le vin généreux , comme qui dirait le peuple ou les honnêtes gens. Ce peuple-là ne se met pas en colère pour peu de chose et aime bien savoir pourquoi il s'y met. Vous désires; être défait de Concini; et moi aussi, parce qu'il entretient le roi et le pays dans la guerre civile, dont nous avons bien assez; et qu'il nous traite en esclaves, ce que le feu roi n'aimait pas. Mais ce que vous me dites de lui me frappe bien peu ; et de sa femme, je le nie. Elle fait du bien partout de sa main et de sa bourse, malgré son mari et à son insu. Nous l'aimons. Il y a m mille piques qui s'apprêtent à entourer sa maison. J'y ajouterai la mienne; mais si je vous avais entendu plus tôt, vous m'auriez fait réfléchir plus long-temps. Je vais voir la garde bourgeoise et mes amis, e: leur parler un peu avant le soir. Moi, je ne veux pas que l'on agisse sans bien savoir pourquoi; et après avoir agi, je ne veux pas qu'on soit méchant. Voilà!

DÉAGEANT

Mais ne vous a-t-on pas dit que M. de Luynes a ordre du roi de le faire arrêter?

PICARD

Que M. de Luynes fasse ce qu'il lui plaira, cela nous inquiète peu. On m'attend,.. Je vais voir ce que j'aurai à faire. Adieu.

Il lui tourne le dos et sort.

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