ACTE III, SCENE llf. 2C
borgia. acre ironie.
Vos serments, Léonora , étaient des serments passionnés; je ne les ai point oubliés, moi. Les champs, les fleuves, la mer, les églises, les croix, les madones, tout à Florence, tout dans nos montagnes en était témoin. Vous les disiez avec des pleurs, vous les écriviez avec du sang. Tout cela s'efface . tout cela tient peu... Ali! ah! ' il rit amèrement que sent-on. s'il vous plait. dans son cœur lorsqu on trahit un serment? Que croyez-vous, madame, qu il devienne dans le ciel lorsqu'il y fut accepté''
Grâce! grâce !
BORGIA
C'est qu'alors nous étions heureux , brûlants et purs comme le ciel italien. On nous crut frère et sœur en voyant notre amitié, et l'on ne cessa de le croire qu'en voyant notre amour. Mais a présent...
Oh! pas davantage, pas davantage. Vous me faites bien mal.
BORGIA
Et à présent, au lieu d'être la pauvre et bien-aimée Galigaï, vous êtes la femme d'un vil favori. la maréchale, se levant avec fierté.
Ah! cela n'est pas! Concini est votre ennemi; il n'est pas noble à vous d'en parler ainsi.
BORGIA
Je puis en parler ainsi, car il est triomphant et toutpuissant. Asseyez-vous : je n'ai pas tout dit. Répondezmoi vite , car nous avons bien peu de temps à nous parler. 11 me faut savoir si vous avez mérité les malheurs qui vous viendront.
LA MARECHALE.
Quels malheurs? qui me menace? Que voulez-vous dire?
borgia. élevant les bras au ciel.
Eh quoi! ne le savez-vou:- pas?
LA MARECHALE.
Non, en vérité, je ne le sais pas.
266 I.A MARECHALE D'ANCRE.
BORGIA
Ne iaved-vous pas ce que fait Paris depuis deux jours?
Non, je ne le sais pas.
BORGIA
0 pitié ! pitié ! éternelle pitié ! De la haine, vous n'en méritez point.
Mais que voulez-vous dire?
BORGIA
Le pouvoir et la richesse sont deux murailles impénétrables à tous les bruits. Malheur à ceux qui s'y renferment !
Borgia, chaque regard et chaque mot de vous me remplit d'effroi.
BORGIA
Vous et lui! lui et vous! puisque vous êtes unis! ne sentez-vous pas la terre qui tremble sous vos pas? Votre fortune est trop haute, madame : elle va crouler.
Et pourtant tout nous a réussi.
BORGIA
Pour votre malheur.
Le peuple de Paris ne m aime-t-il pas?
BORGIA
11 ne vous connaît pas.
J*ai fait tant de bien!
BORGIA
Il ne le sait pas.
J'ai donné tant d'argent !
BORGIA
Il ne Ta pas reçu.
On m'a dit qu'il détestait Luynes et les mécontents.
Eh! Paris est à eux. Qui vous a dit de telles choses?