SCENE VIL
LA MARÉCHALE. DÉAGEAXT. douze présidents ei
conseillers au Parlement: LE MARECHAL. DE THEM1NES. les deux fils de m. de thémines , quelques gentilshommes, membres de la commission secrète.
DEAGEANT.
yadame, M. de Luynes, nommé par le roi pour présider la ehambre ardente, a eonsenti a nous envoyer près de vous pour la confrontation par vous désirée.
thémines s'avance et parle arec mesure et crainte.
Il m*est encore permis de vous le dire, madame, ceci est un tribunal sévère; je vous en supplie, ne le bravez pas!
DEAGEANT.
La cour vous fait signifier en somme que les chefs d'accusation contre vous sont ceux qui suivent. — Il convient que vous les entendiez debout. — La cour vous fait une pràce en vous les lisant; vous ne deviez les connaître qu'après l'arrêt.
La Maréchale, qui allait s'asseoir, se 1ère.
— a Sophar Léonora Galigaï, née à Fiorenzol, près »de Florence, du menuisier Peponelli; vous êtes ac- 0 cusée du crime de lèse -majesté au premier chef et
m la MARÉCHAÉE D'ANCRE.
» do trahison, comme ayant eu des intelligences secrètes en Savoie, en Espagne, où vous vous serviez de b l'ambassadeur du grand-duc près du duc de Lerme; a avec Spinola en Flandre et l'archevêque de Mayence » en Allemagne, comme il appert par les chiffres se- ) crets de vos correspondances. D'avoir usurpé l'auto- » rite du jeune roi Louis treizième, notre maître; em- » poché le cours de la justice ; commis d'énormes » déprédations et gouverné l'esprit de la reine... Com- » ment ? Par. . . »
la maréchale, avec impatience.
Par l'ascendant d'un esprit fort sur le plus faible.
DÉAGEANT
« .... Par des conjurations magiques; car il appert, » par les déclarations de dix témoins, et entre autres » de Samuel Montalto, juif, et Isabella Monti, ici pré- » sente , que ladite dame Léonora Galigaï aurait eon- » suite des magiciens, astrologues, judiciaires, entrete- » nus à ses frais, sur la durée des jours sacrés de sa » majesté le roi Louis treizième , et aurait professé la )> religion judaïque. A ces causes... »
la maréchale, interrompant.
Et que ne m'avez-vous fait empoisonner ou étrangler dans la Bastille? cela valait mieux, messieurs : vous auriez sauvé la virginité des lois. — Où sont les preuves, ou sont les témoins de cet extravagant procès ? La chose *en vaut la peine, messieurs; car, si j'ai bonne mémoire des coutumes, ce dont vous m'accusez la mérite le feu. Regardez-y à deux fois avant de déshonorer le Parlement ; c'est tout ce que je puis vous dire. Quel coupable politique a-t-on tué jamais, sans l'avoir regretté un an après? J'ai vu un jour le feu roi Henri pleurer M. le maréchal de Biron. Bientôt il en serait de même de moi. Qu'est-ce que votre bourreau? un assassin de sang-froid . qui n'a pas l'excuse de la fureur. 11 ôte au coupable le temps du repentir et du remords; souvent il donne ce remords au juge, messieurs, et toujours à la nation le spectacle et le goût du sang.