ACTE IV, SCENE VIL
Ici les juges l'entourent avec une curiosité insolente comme pour la voir se justifier et pour jouir de son abaissement.
Eh! qirai-je donc fait, moi? Mes actes politiques sont ceux de la régente et du roi; mes sortilèges sont les craintives erreurs d'une faible femme jetée sans guide au sommet du pouvoir. Et qui de vous connaît une étoile qui dirige l'autorité sans faillir dans la tourmente des affaires humaines? Que celui-là se montre, et je m'inclinerai devant lui! Quels sont les noms de mes juges?
Ici les juges s'éloignent peu à peu. Poursuivis par ses regards,
ils se cachent les uns derrière les autres.
Qui vois-je, autour de moi, dans ceux-ci? des courtisans qui m'ont ûattée , et qui furent mes dociles créatures.
TU ÉM INES.
Ah! madame, que faites-vous?
Allez! c'est une honte, que des hommes, après avoir si long-temps obéi à une femme, se viennent réunir pour la perdre. Il fallait, messieurs, avoir hier le courage de me déplaire par de rudes conseils, ou le courage de m'excuser aujourd'hui.
Les désignant du doigt.
Répondez, monsieur de Bellièvre, vous qui m'avez conseillé le procès de Prouville * , me jugerez-vous? — Et vous, monsieur de Mesmes, qui vous êtes courbé si bas pour ramasser votre charge de président tombée de mes mains, me jugerez-vous? — Et vous, vous, monsieur de Bullion, qui m'aviez conseillé des ordonnances pour lever des impôts en Picardie sans lettres royales, serez-vous mon juge? Je vous en dirai autant à vous, M. de Thémines, que j'ai fait maréchal de France; et à vous-même. Déageant, président de mes juges; et à vous tous que je désigne tour à tour du doigt, et que ce doigt intimide comme au jour du jugement. Vous
Prouville, sergent-major (gouverneur) de la citadelle d'Amiens, avait été assassiné par un soldat italien envoyé par Concini et sa femme. Lorsqu'on le jugea, ils le firent évader.
29û LA MARECHALE D'ANCRE.
craignez que je ne vous dénonce l'un à l'autre, a mesuré que je nous montre.
Ici les juges sont groupes loin d'elle contre les murailles, honteux, consternes.
Le bruit de votre nom vous fait peur : car vous savez que je vous connais; j'étais la confidente de vos bassesses, et tous vos secrets d'ambition sont rassemblés dans ma mémoire. Allez! faites tomber cette tète, et brùlez-la, pour réduire en cendres les archives honteuses de la cour !
Elle retombe assise.
DÉ AGE A NT
Les insultes sont vaines, madame, et vous oubliez que vous avez à répondre aux témoins, et surtout à celui-ci.