‹ [Œuvres]Chapitre 230 sur 402 · ACTE IV, SCENE VIII. 2CJ · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII. 2CJ

DBA6BANT, à Isabella '.

Approchez-vous de l'accui

la MAftÉCHALB, avec bonté et protection. Venez, venez, mademoiselle; d'où vous a-t-on tirée? par quelles promesses vous a-l-on portée à ce crime que vous faites de perdre par une fausse dénonciation une femme que vous ne connaissiez pas et qui ne vous a jamais vue? Voyons! que vous a-t-on donné pour cela? Il faut que vous soyez bien malheureuse ou bien méchante! Oserez-vous soutenir ce que vous avez dit? isabella, s efforçant de la braver.

Oui, je le répète et je l'affirme : je l'ai vue percer d'aiguille nne image du roi.

la .maréchale s approche d'elle en roulant son fauteuil, et lui prend une main en la regardant en face de près.

N Avec le ion de reproche.

Oh ! oh ! — Voici quelque chose de monstrueux ! Si j'avais a croire aux prodiges, ce serait en vous voyant. [Elle l'observe.) Elle est toute jeune encore. J'ai l'habitude d'observer et je sais les traces que laissent le crime et le vice sur les visages; je n'en vois pas une sur celui-ci : simplicité et innocence, c'est tout ce que j'y peux lire, mais en même temps l'empreinte d'une immuable résolution et d'une obstination aveugle. Cette résolution ne vient pas de vous, mademoiselle ; il n'est pas naturel de faire tant de mal à votre âge ; on vous a suggéré cela contre moi. Que vous ai-je fait? ditesle hautement. Nous ne nous sommes jamais vues, et vous venez pour me faire mourir!

isabella, avec fureur et frappant du pied.

Ah! j'ai dit la vérité!

la maréchale se !•■■

Non , non ! Dieu n'a pas créé de femme semblable. Si ce n est quelque passion qui l'agite, c'est un démon qui la tourmente... Jurez-le sur cette croix!

Elle prend une croix sur la table.

ISvBELLA.

Je l'ai juré par le Christ.

296 LA MARECHALE D'ANCRE.

la maréchale, virement et comme ayant fait une découverte.

Elle est Italienne Jurez-le sur cette image de la

Vierge!

isabella, liésitant.

Sur la Madone?.. Laissez-moi me retirer pour écrire le reste ; je ne puis plus parler.

J'étais sûre qu'elle ne l'oserait pas!...

Vite et avec une faiblesse croissante.

Je demande, messieurs, qu'elle reste seule avec moi; je vous en supplie, messieurs, ordonnez cela... Je ne le demanderais pas s'il ne s'agissait que de moi ; mais je ne suis pas seule au monde, enfin. Le mal qu'on veut me faire, on le fera à mon mari , à mes deux pauvres enfants ( si jeunes, mon Dieu!), à tous mes parents, à tous les gentilshommes mes domestiques, à tous les paysans de mes terres, tous gens qui vivent de ma vie

et qui mourront de ma mort Laissez-moi donc me

défendre moi-même et toute seule jusqu'à la fin. [On hésite.) Oh! soyez tranquilles, cela servira peu. je le sens bien : il ne m'échappe pas que je suis condamnée d'avance... Vous savez bien tous que je dis vrai, d'ailleurs; si vous ne dites pas oui, c'est que vous avez peur de vous compromettre... Mais, je ne le demande pas. messieurs, ô mon Dieu! non... Xe dites rien pour moi. Peut-être y en a-t-il quelques-uns parmi vous que j'ai offensés: je ne veux point de grâce; mais seulement laissez-moi parler à celte femme Je sais si

bien qu'elle n'a rien de commun avec moi!... Il y a conscience de me refuser cela !

DÉAGEANT

(A part.) C'est sans conséquence : elle ne fera que s'enferrer davantage.... [Haut.) Cette liberté vous est laissée, madame, mais jour peu d'instants.

Ils sortent.

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