ACTE V, SCÈNE XVI
mère/ Mais savez-vous bien cela? Elle a beaucoup pleuré, allez! Elle a eu bien du chagrin. — Embrassezmoi de vos deux bras. — Bien du chagrin de ne pas vous voir. M'aimez-vous toujours? — Je vous laisserai à M. de Fiesque, vous savez? ce bon gentilhomme qui vous porte sur ses genoux. — Embrassez-moi donc bien. — Vous l'aimerez beaucoup, n'est-ce pas? Si votre père ne revient pas, je vous prie de dire à M. de Borgia qu'après lui je vous laisse à Fiesque, un homme de bien s'il en fut. — Car, savez-vous, je vous quitte.
— Oh! embrassez-moi bien. — Encore. — Comme cela.
— Je vous quitte pour bien long-temps, bien longtemps ! — Ne pleurez pas. — Et moi qui dis cela , je pleure moi-même comme un enfant. — Allons! allons, eh bien! qu'est-ce que nous avons? — Mais vous ne me répondez pas, mon fils? — Que vous avez l'air effrayé-? Qui écouterez-vous, monsieur, si ce n'est votre pauvre mère , enfant ! ta pauvre bonne mère , qui va mourir! Sais-tu?
le comte de la pêne, montrant les corps. Regardez ! regardez ! Là et là ?
Où, mon enfant? Je ne vois rien.
LE COMTE DE LA PÊNE
Je les ai vus se battre, là! là! Venez.
11 la tire par la main.
Pas si vitel — Arrête, enfant. — J'en devine plus que tu ne m'en diras.
Elle s'arrête la main sur son cœur.
Dieu! — Le maréchal Concini. — Le maréchal
d'Ancre.
luïnes , avec une douleur affectée et une profonde révérence.
Nous avons tout fait pour éviter ces grands malheurs, madame. Mais c'est une rencontre...
LA MARÉCHALE, avec explosion.
Vous m'aviez ménagé ce spectacle, lâche ennemi d'une femme . qui n'avez jamais regardé en face cet
humilie hardi! — Que vous paie-t-on sa tète et la mienne? vous m'avez amenée ( et c'est bien digne de s . vous m'avez amenée pour me briser le cœur avant de le jeter au feu. Et cela pour vous venger de ma hauteur et de votre bassesse. — Quoi donc! il me fallait voir, voir tout cela! Vous l'avez voulu? eh bien!
— examinez si j'en mourrai tout de suite ! — Regardez bien. — Je vais souffrir la mort autant de fois qu'il le faudra. — Vous èles un excellent bourreau , M. de Luvnes ! — Mais ne me perdez pas de vue ! ne perdez pas une de vos joies! — Par exemple! Tout pourra me tuer, mais rien ne me surprendra venant de vous!
A un garde.* Le flambeau, donnez-le moi. — Ne me cachez rien. — On m'a amenée pour tout voir. — Borgia ! ù Dieu! Toi. Borgia! toi aussi.
Elle prend sa main, et la laisse retomber avec un sentiment triste et jaloux.
— Sa femme le pleurera. — Moi. je veux mourir! — A un garde.) Soutenez-moi, je vous prie.
Elle s'appuie sur son épaule. — A son Bis. Elle le prend par la main , le conduit sur le devant de la scène , le presse dans ses bras et le baisant au front.
Venez ici. — Regardez bien cet homme, derrière nous, celui qui est seul !
L'enfant veut se retourner; elle le retient.
— Non! non! — Xe tournez que la tète, doucement, et tachez qu'on ne vous remarque pas. — Vous l'avez vu?
L'enfant fait signe que oui, en attachant ses yeux sur ceux de sa mère.
Cet homme s'appelle de Luvnes. — Vous me suivrez au bûcher tout à l'heure, et vous vous souviendrez toujours de ce que vous aurez vu , pour nous venger tous sur lui seul. — Allons! dites : oui, fermement! sur le corps de votre père !
Elle Rapproche du corps qui est à demi appuyé sur la borne, et porte la main de son fils sur la tete de Concini.
Touchez-le. et dites : oui !