‹ [Œuvres]Chapitre 252 sur 402 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

les précédents, LUYXES . puis LA MARÉCHALE ' .

LUTNES.

Bonjour, maréchal de Vitryl

On entend rouler un carrosse.

VITRY

Merci ! c'est bon ! cela se peut ! Mais vous gâtez tout ; voyez.

Au milieu d'un fatras d'injures grossières, que je n'oserais réimprimer par pudeur, et dont on accabla le vaincu après sa mort, entre un libelle intitulé : Dialogue entre la Galirjnyn et Misonuin, esprit follet qui lui nmcine son mari, et la Complainte du gibet de Montfaucon, et le Séjan français, et mille autres cris d'une Laine que la mort de Concini, que son corps déterré, pendu, déchiré, que son cœur arraché, rôti, vendu et mangé, n'avaient pu assouvir, j'ai trouvé, avec attendrissement, un soupir de pitié que quelque âme honnête de ce temps osa exhaler. — C'est un netit livre de six pages, caché au milieu de toutes ces impuretés comme une petite fleur dans ut: marécage. Il rappelle: Soupirs, et rtcjrets du fils du marquis d'Jn re sur la mort de son père et l'exécution de sa mère. Là, plus de sanglante ironie; ce sont des larmes, rien que des larmes, et les larmes d'un pauvre enfant qui s'écrie : « 0 Florence ! tu devois bien plustôt retenir » ce mien père, que de l'envoyer .'» la France, pour, après laut » d'honneurs, être la curée de la fureur d'un peuple. — O mère, '• âme, principe de ma vie, failoit-il que vos cendres ftissent > ainsi dissipées? O estrange mémoire ! — N'entendrois-je point

LUfXES, a la Ma récit aie.

Ah : bon Dieu! madame, il faudrait retourner. Otez les flambeaux. 11 o'y a personne ici.

Personne, dites-vous? personne! monsieur : et voila mes deux enfants! Ah ! venez tous deux. Les voilà ! eux. Ce sont eux. — Avec qui ètes-vous? Qui a soin de vous? Ils ont pâli tous deux.

Elle se met à genoux à les considérer.

Et savez-vous bien qu'on a mis en prison votre pauvre

i> quelque cri de compassion?... O rnére! de moi seul chérie, de- * viez-vous m'allaicter du laict de lant de grandeurs? De qui ti- »• rerois-je secours?... » Et plus loin : ■ Je recours à vous, Dieu » immortel, et par votre grâce trouuerai celle du roy.... >• Et pour fléchir ce roy : « C est une grande gloire que de pardon- >. ner à ses ennemis, et si Caesar n'eût pardon oé aux vaincus, à qui

» eût-il commandé ? Et puis il se rappelle ce bon Fie:<que, et

parle de lui aux cendres tic sa mère : « Et vous, ô maternelles cen- » dres ! pouuez-vous vous souuenirdes derniers mots que vous dit >• un notable seigueur lors de votre sortie du Louure pour être » conduicte en la Bastille.... vousluy donnastes ces dernières pa- » rôles : Fiasque, Fiasque non bisogna parlar df.l passato. » Ainsi, finit l'enfant, quelquefois se trouue le secours d'où il » n'est espéré. »

Fiesque se souvint de repassé dont elle ne voulait pas parler; il soutint, il secourut le petit comte de la Pêne durant une prison de cinq ans, à laquelle on condamna ce pauvre orphelin, et l'aida à rassembler, à Florence, les débris de l'immense fortune de sou père. C'est ce qui m'a fait aimer le caractère de Fiesque, et le tracer ainsi à demi amoureux de la marquise d'Ancre et tout à fait son ami.

Mais cette prière, qui l'a pu écrire? Point de nom d'auteur : le pauvre homme eut été pistoleté, comme on disait. Je m'imagine que ce fut quelque bon vieil abbé, précepteur de l'enfant et domestique du ,-ère. — Grâces soient rendues au moins à l'honnt'ic - Abraham Saugrain ! en sa boutique, rue Sainct-Jacques, au-dessus de Sainct-Benoist. » Brave juif! tu osas imprimer, en 1617, la petite prière dont je me trouve si heureux en l'an i8$l !

Le jour même du jugement de la maréchale d'Ancre, la jeune reine (Anne d'Autriche) envova des confitures au petit comte de la Pêne, et le fit venir dans ses appartements. Chemin faisant, des soldats lui volèrent son chapeau et son manteau; le pauvre enfant arriva tout humilié, le cœur gros, et refusa de manger. La petite reine, comme on la nommait, avait oui-dire qu'il dansait bien, il Fallut qu'il dansât devant elle à l'instant. Il obéit, et, en dansant, fondit en larmes. Ce fut un vrai marlvre.

Il mourut de la peste, à Florence, en iG3t.

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