SCENE I
é LA DUCHESSE, ROSETTE.
la duchesse, achevant de se parer pour le jour, se regardant dans sa toilette et posant une mouche'.
Mais , Rosette , conçoit-on la négligence de ces médecins ?
ROSETTE
Ah! madame, cela n'a pas de nom.
LA DUCHESSE
Moi qui suis si souffrante !
ROSETTE
Madame la duchesse qui est si souffrante !
LA DUCHESSE
Moi qui n'ai jamais consenti à prendre d'autre médecin que ce bon vieux Tronchin! Le chevalier m'en a voulu long-temps.
ROSETTE
Pendant plus d'une heure.
la duchesse, vivement. C'est-à-dire qu'il a voulu m'en vouloir, mais qu'il n'a pas pu.
ROSETTE
Il vient d'envoyer deux bouquets par son coureur.
LA DUCHESSE
Et il n'est pas venu lui-même! Ah! c'est joli! Moi, je vais sortir à cheval.
ROSETTE
M. Tronchin a défendu le cheval à madame.
LA DUCHESSE
Mais je suis malade, j'en ai besoin.
ROSETTE
C'est parce que madame la duchesse est malade , qu'il ne le faut pas.
LA DUCHESSE
Alors je vais écrire au chevalier pour le gronder.
ROSETTE
M. Tronchin a défendu à madame de s'appliquer et de tenir sa tète baissée.
LA DUCHESSE
Eh bien! je vais chanter; ouvrez le clavecin, mademoiselle.
ROSETTE
Mon Dieu! comment dirai-je à madame que M. Tronchin lui a défendu de chanter?
la duchesse, tapant du pied.
Il faut donc que je me recouche, puisque je ne puis rien faire. — Je vais lire. Non, fais-moi la lecture. — Je vais me coucher sur le sopha; la tête me tourne, et j'étouffe. Je ne sais pourquoi...
rosette, prenant un livre.
Voici Estelle de M. de Florian et les Oraisons célèbres de M. de Bossuet.
la duchesse.
Lis ce que tu voudras, va.
ROSETTE Ut.
« Némorin. à chaque aurore, allait cueillir les bluets qu'Estelle... les bluets qu'Estelle aimait à mêler dans les longues tresses de ses cheveux noirs. »
Elle pose le livre.
LA DUCHESSE
Qu'il est capricieux le chevalier! Il ne veut plus que je mette de corps en fer, comme si l'on pouvait sortir sans cela. Lis toujours, va.
rosette continue, et après avoir quitté Florian, prend Bossuet saîis s'en douter.
« Pour moi , s'il m'est permis après tous les autres de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau , ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire. »
LA DUCHESSE
Je ne conçois pas qu'il ne soit pas encore arrivé. Comme il était bien hier avec ses épaulettes de diamant !