SCÈNE I
ROSETTE continue.
« Heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration , je réserve
au troupeau (Tiens, c'est drôle ça: Au troupeau!)
troupeau que je dois nourrir de la parole divine , les restes d'une voix qui tombe, et.... »
LA DUCHESSE
Le voilà commandeur de Malte à présent. Sans ses vœux, il se serait peut-être marié, cependant.
ROSETTE
Oh! madame! par exemple!...
LA DUCHESSE
Lis toujours, va, je t'entends.
rosette continue.
.... « Et d'une ardeur qui s'éteint... » Ah! les bergers et les troupeaux, ce n'est pas bien amusant...
Elle jette les livres.
LA DUCHESSE
Crois-tu qu'il se fût marié? — Dis.
rosette.
Jamais sans la permission de madame la duchesse.
LA DUCHESSE
S'il n'avait pas dû être plus marié que M. le duc , j'aurais bien pu la lui donner... Hélas! dans quel temps vivons-nous! — Comprends-tu bien qu'un homme soit mon mari, et ne vienne pas chez moi? m'expliqueraistu bien ce que c'est précisément qu'un maître inconnu qu'il me faut respecter, craindre et aimer comme Dieu, sans le voir, qui ne se soucie de moi nullement, et qu'il faut que j'honore; dont il faut que je me cache, et qui ne daiizne pas m'épier; qui me donne seulement son nom à porter de bien loin , comme on le donne à une terre abandonnée?
rosette.
Madame, j'ai un frère qui est fermier, un gros fermier en Normandie, et il répète toujours que lorsqu'on ne cultive pas une terre , on ne doit avoir de droit ni sur ses fleurs ni sur ses fruits.
330 QUITTE roll\ LA PF.IR.
LA DUCHESSE, arec orgueil.
OuVst-rc que vous dites donc, mademoiselle? Cherchez ma montre dans mon écrin.
Aphèfi a ii rêvé un peu.
— Tien-, ce que tu dis là n'a pas l'air d'avoir le sens commun. Mais je crois que cela mènerait loin en politique, si l'on voulait y réfléchir. Donne-moi un flacon, je me sens faible. —
Ah ! quand j'étais au couvent, il y a deux ans, si mes bonnes religieuses m'avaient dit comment on est marié, j'aurais commencé par pleurer de tout mon cœur, toute une nuit: ensuite j'aurais bien pris une grande résolution ou de me faire abbesse ou d'épouser un homme qui m'eût aimée. Il est vrai que ce n'aurait pas été le chevalier, ainsi....
ROSETTE
Ainsi il vaut peut-être mieux que le monde aille de cette façon.
LA DUCHESSE
Mais de cette façon. Rosette, je ne sais comment je vis, moi. Il est bien vrai que je remplis tous mes devoirs de religion, mais aussi, à chaque confession, je fais une promesse de rupture que je ne tiens pas.
Je crois bien que l'abbé n'y Compte guère, à dire le vrai . et ne le demande pas sérieusement : mais enfin c'est tromper le bon Dieu. Et pourquoi cette vie gênée et tourmentée, cet hommage aux choses sacrées, aussi public que le dédain de ces choses? Moi. je n'y comprends rien, et tout ce que je sais faire, c'est d'aimer celui que j'aime. Je vois que personne ne nven veut après tout.
ROSETTE
Ah! bon Dieu! madame, vous en vouloir? Bien au contraire, je crois qu'il n'y a personne qui ne vous sache gré à tous deux de vous aimer si bien.
LA DUCHESSE
Crois-tu ?
ROSETTE
Cela te voh flans les petits sourires d'amitié qu'on vous l'ait en passant quand il donne le bras a madame