ACTE I, SCÈNE II
comme moi? — Que tout travaille et serve dans leur famille. — Ne fais— je pas travailler ma femme, moi?
— Jamais on ne la voit, mais elle est ici tout le jour; et tout en baissant les yeux, elle s'en sert pour travailler beaucoup. — Malgré mes ateliers et mes fabriques aux environs de Londres, je veux qu'elle continue à diriger du fond de ces appartements cette maison de plaisance, où viennent les lords, au retour du parlement, de la chasse ou de Hyde-Park. Cela me fait de bonnes relations que j'utilise plus tard. — Tobie était un ouvrier habile, mais sans prévoyance. — Un calculateur véritable ne laisse rien subsister d'inutile autour de lui. — Tout doit rapporter, les choses animées et inanimées.
— La terre est féconde, l'argent est aussi fertile, et le temps rapporte l'argent. — Or, les femmes ont des années comme nous, donc c'est perdre un bon revenu que de laisser passer ce temps sans emploi. — Tobie a laissé sa femme et ses filles dans la paresse ; c'est un malheur très-grand pour lui, mais je n'en suis pas responsable.
LE QUAKER
Il s'est rompu le bras dans une de tes machines.
JOHN BELL
Oui, et même il a rompu la machine.
LE QUAKER
Et je suis sûr que dans ton cœur tu regrettes plus le ressort de fer que le ressort de chair et de sang : va, ton cœur est d'acier comme tes mécaniques. — La société deviendra comme ton cœur , elle aura pour Dieu un lingot d'or et pour empereur un usurier juif. — Mais ce n'est pas ta faute, tu agis fort bien selon ce que tu as trouvé autour de toi en venant sur la terre ; je ne t'en veux pas du tout, tu, as été conséquent, c'est une qualité rare. — Seulement, si tu ne veux pas me laisser parler, laisse-moi lire.
Il reprend son livre et se retourne dans son fauteuil.
johx bell ouvre la porte de sa femme avec force. Mistress Bell! venez ici.