‹ [Œuvres]Chapitre 285 sur 402 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

production vous appartint; mais j'ai acheté les mécaniques avec l'argent que mes bras ont gagné : faites de même, soyez laborieux, et surtout économes. — Rappelez-vous bien ce sage proverbe de nos pères : Gardons bien les sous, les schellings se gardent eux-mêmes. Et à présent qu'on ne me parle plus de Tobie ; il est chassé pour toujours. Retirez -vous sans rien dire, parce que le premier qui parlera sera chassé comme lui de la fabrique, et n'aura ni pain, ni logement, ni travail dans le village.

Ils sortent.

LE QUAKER

Courage, ami ! je n'ai jamais entendu au parlement un raisonnement plus sain que le tien.

john bell revient encore irrité et s essuyant le visage.

Et vous, ne profitez pas de ce que vous êtes quaker pour troubler tout partout où vous êtes. — Vous parlez rarement, mais vous devriez ne parler jamais. — Vous jetez au milieu des actions des paroles qui sont comme des coups de couteau.

LE QUAKER

Ce n'est que du bon sens, maître John ; et quand les hommes sont fous, cela leur fait mal à la tète. Mais je n'en ai pas de remords; l'impression d'un mot vrai ne dure pas plus que le temps de le dire ; c'est l'affaire d'un moment.

JOHN BELL

Ce n'est pas là mon idée : vous savez que j'aime assez à raisonner avec vous sur la politique ; mais vous mesurez tout à votre toise, et vous avez tort. La secte de vos Quakers est déjà une exception dans la Chrétienté, et vous êtes vous-même une exception parmi les Quakers. — Vous avez partagé tous vos biens entre vos neveux ; vous ne possédez plus rien qu'une chétive subsistance, et vous achevez votre vie dans l'immobilité et la méditation. — Cela vous convient, je le veux; mais ce que je ne veux pas, c'est que, dans ma maison, vous veniez, en public, autoriser mes inférieurs à l'insolence.

LE QUAKER

Eh! que te fait, je te prie, leur insolence? Le bêlement de tes moutons t'a-t-il jamais empêché de les tondre et de les manger? — Y a-t-il un seul de ces hommes dont tu ne puisses vendre le lit?... Y a-t-il dans le bourg de Norton une seule famille qui n'envoie ses petits garçons et ses filles tousser et pâlir en travaillant tes hunes"? Quelle maison ne t'appartient et n'est chèrement louée par toi? Quelle minute de leur existence ne t'est donnée7 Quelle goutte de sueur ne te rapporte un schelling? La terre de Norton, avec les maisons et les familles, est portée dans ta main comme le globe dans la main de Charlemagne. — Tu es le baron absolu de ta fabrique féodale.

JOHN BELL

C'est vrai, mais c'est juste. — La terre est à moi, parce que je l'ai achetée ; les maisons, parce que je les ai bâties; les habitants, parce que je les loge; et leur travail^ parce que je le paie. Je suis juste selon la loi;

LE QUAKER

Et ta loi est-elle juste selon Dieu?

JOHN BELL

Si vous n'étiez Quaker, vous seriez pendu pour parler ainsi.

Je me pendrais moi-même plutôt que de parler autrement, car j'ai pour toi une amitié véritable.

JOHN BELL

S'il n'était vrai, docteur, que vous êtes mon ami depuis vingt ans , et que vous avez sauvé un de mes enfants, je ne vous reverrais jamais.

LE QUAKER

Tant pis, car je ne te sauverais plus toi-même, quand tu es plus aveuglé par la folie jalouse des spéculateurs que les enfants par la faiblesse de leur âge. — Je désire que tu ne chasses pas ce malheureux ouvrier. — Je ne te le demande pas, parce que je n'ai jamais rien demandé à personne, mais je te le conseille.

JOHN BELL

Ce qui est fait est fait. — Que n'agissent-ils tous

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