ACTE I, SCÈNE V
< HUTERTON.
Je suis donc bien savant!.... Mais j'ai cru que mistress Bell était ici. — -le viens d'écrire une lettre qui m'a bien coûté.
LE QUAKER
Je crains que tu ne sois trop bon. Je t'ai bien dit de prendre garde à cela. Les hommes sont partagés en deux parts : martyrs et bourreaux. Tu seras toujours martyr de tous, comme la mère de cet enfant-là. chatterton, arec un élan violent.
La bonté d'un homme ne le rend victime que jusqu'où il le veut bien, et l'affranchissement est dans sa main.
LE QUAKER
Qu'entends-tu par la !
chatterton, embrassant Racket, dit de la voix la plus tendre :
Voulons-nous faire peur à cette enfant? et si près de l'oreille de sa mère?
LE QUAKER
Sa mère a l'oreille frappée d'une voix moins douce que la tienne , elle n'entendrait pas. — Voilà trois fois qu'il la demande !
chatterton, s appuyant sur fe fauteuil où k Quaker est assis.
Vous me grondez toujours: mais dites-moi seulement pourquoi on ne se laisserait pas aller à la pente de son caractère , dès qu'on est sûr de quitter la partie quand la lassitude viendra? Pour moi, j'ai résolu de ne me point masquer et d'être moi-même jusqu'à la fin, d'écouter en tout mon cœur dans ses épanchemenls comme1 dans ses indignations, et de me résigner a bien accomplir ma loi. A quoi bon feindre le rigorisme, quand on est indulgent? On verrait un sourire de pitié sous ma sévérité factice , et je ne saurais trouver un voile qui ne fût transparent. — On me trahit de tout côté, ie le vois, et me laisse tromper par dédain de moi-même. par ennui de prendre ma défense. J'envie quelques nommes en voyant le plaisir qu'ils trouvent à triompher de moi par (k< ruses grossières: je les vois de
loin en ourdir les fils, et je ne me baisserais pas pour en rompre un seul, tant je suis devenu indifférent à ma vie. Je suis d'ailleurs assez vengé par leur abaissement , qui m'élève à mes yeux . et il me semble que la Providence ne peut laisser aller long-temps les choses de la sorte. N'avait-elle pas son but en me créant? Ai-je le droit de me roidir contre elle pour réformer la nature? Est-ce à moi de démentir Dieu?
LE QUAKER
En toi, la rêverie continuelle a tué l'action.
Eh! qu'importe, si une heure de cette rêverie produit plus d'œuvres que vingt jours de l'action des autres? Qui peut juger entre eux et moi? N'y a-t-il pour l'homme que le travail du corps? et le labeur de la tète n'est-il pas digne de quelque pitié ? Eh ! grand Dieu ! la seule science de l'esprit, est-ce la science des nombres? Pythagore est-il le Dieu du monde? Dois-je dire à l'inspiration ardente : Ne viens pas, tu es inutile?
LE QUAKER
Elle t'a marqué au front de son caractère fatal. Je ne te blâme pas, mon enfant, mais je te pleure.
i II s'assied.
Bon Quaker, dans votre société fraternelle et spiri— tualiste, a-t-on pitié de ceux que tourmente la passion de la pensée? Je le crois ; je vous vois indulgent pour moi, sévère pour tout le monde ; cela me calme un peu.
Ici Rachel va s'asseoir sur les genoux de Chatterton.
En vérité , depuis trois mois , je suis presque heureux ici : on n'y sait pas mon nom, on ne m'y parle pas de moi, et je vois de beaux enfants sur mes genoux.
LE QUAKER
Ami, je t'aime pour ton caractère sérieux. Tu serais digne de nos assemblées religieuses, où l'on ne voit pas l'agitation des papistes, adorateurs d'images, où l'on n'entend pas les chants puérils des protestants. Je t'aime, parce que je devine que le monde te hait. Une àme contemplative est à charge à tous les désœuvrés remuants qui couvrent la terre : l'imagination et le re