‹ [Œuvres]Chapitre 307 sur 402 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

KITTY BELL

Mais, mon ami, les avez-vous entendus, ces jeunes gens? — O mon Dieu! comment se fait-il qu'ils aient la puissance de troubler ainsi une vie que le Sauveur même eût bénie? — Dites, vous qui êtes un homme, vous qui n'êtes point de ces méchants désœuvrés, vous qui êtes grave et bon. vous qui pensez qu'il y a une ame et un Dieu ; dites, mon ami, comment donc doit vivre une femme0 Où donc faut-il se cacher? Je me taisais, je baissais les yeux, j'avais étendu sur moi la solitude comme un voile , et ils Font déchiré. Je me croyais ignorée, et j'étais connue comme une de leurs femmes: respectée, et j'étais l'objet d'un pari. A quoi donc m'ont servi mes deux enfants, toujours à mes côtés comme des anges gardiens? A quoi m'a servi la gravité de ma retraite? Quelle femme sera honorée, grand Dieu ! si je n'ai pu l'être, et s'il suffit aux jeunes gens de la voir passer dans la rue pour s'emparer de son nom, et s'en jouer comme d'une balle qu'ils se jettent l'un à l'autre!

La voix lui manque. Elle pleure.

Oh ! mon ami , mon ami ! obtenez qu'ils ne reviennent jamais dans ma maison.

LE QUAKER

Qui donc?

KITTY BELL

Mais eux... eux tous... tout le monde.

LE Ql'AKEP,.

Comment ?

KITTY BELL

Et lui aussi;... oui, lui.

Elle fond en larmes.

LE QUAKER

Mais tu veux donc le tuer? Après tout, qu'a-t-il fait9 kitty. avec cujitation.

Oh ! mon Dieu! moi, le tuer ! — moi qui voudrais... Oh! Seigneur, mon Dieu! Vous que je prie sans cesse, vous savez si j ai voulu le tuer! mais je vous parle et je ne sais si vous m'entendez. Je vous ouvre mon cœur, et vous ne me dites pas que vous y lisez. — Et si votre

regard v a lu , comment savoir si vous n'êtes pas mécontent! Ali! mon ami... j'ai là quelque chose que je voudrais dire... Ah! si mon père vivait encore!

Elle prend la main du Quaker.

Oui , il y a des moments où je voudrais être Catholique, à cause de leur confession. Enûn! ce n'est autre chose que la confidence ; mais la confidence divinisée... j'en aurais besoin !

LE QUAKER

Ma fille, si ta conscience et la contemplation ne te soutiennent pas assez, que ne viens-tu donc à moi?

K1TTY BELL.

Eh bien ! expliquez-moi le trouble où me jette ce jeune homme! les pleurs que m'arrache, malgré moi, <a vue. oui! sa seule vue!

LE QUAKER

Oh! femme! faible femme! au nom de Dieu, cache tes larmes, car le voilà.

KITTY BELL

Oh ! Dieu ! son visage est renversé ! chatterton, rentrant comme un fou, sans chapeau. Il

traverse la chambre et marche en parlant sans voir

personne.

.... Et d'ailleurs, et d'ailleurs, ils ne possèdent pas plus leurs richesses que je ne possède cette chambre. — Le monde n'est qu'un mot. — On peut perdre ou gagner le monde sur parole, en un quart d'heure! Nous ne possédons tous que nos six pieds , c'est le vieux Will qui l'a dit. — Je vous rendrai votre chambre quand vous voudrez; j'en veux une encore plus petite. Pourtant je voulais encore attendre le succès d'une certaine lettre. Mais n'en parlons plus.

Il se jette dans un fauteuil.

le quaker se lève et va à lui , lui prenant la tête.

A demi-voix.

Tais-toi, ami, tais-toi, arrête. — Calme, calme ta tète brûlante. Laisse passer en silence tes emportements, et n'épouvante pas cette jeune femme qui t'est étrangère.

Page 1