ACTE 111, SCÈNE I
sez beau!... Écrit trop vite! —Écrit pour vivre! — G supplice-! La bataille d'Hastings ! . . . Les vieux Saxons ! . ..
Les jeunes Normands! Me suis-je intéressé à cela?
non. Et pourquoi donc en as-tu parlé? — Quand j'avais tant à dire sur ce que je vois.
11 se lève el marche à grands pas.
— Réveiller de froides cendres , quand tout frémit et souffre autour de moi; quand la vertu appelle à scn secours et se meurt à force de pleurer ; quand le pâle Travail est dédaigné ; quand l'Espérance a perdu son ancre ; la Foi , son calice ; la Charité , ses pauvres enfants; quand la Loi est athée et corrompue comme une courtisane; lorsque la Terre crie et demande justice au Poète de ceux qui la fouillent sans cesse pour avoir son or, et lui disent qu'elle peut se passer du Ciel.
Et moi! moi qui sens cela, je ne lui répondrais pas! Si! par le Ciel! je lui répondrai. Je frapperai du fouet les méchants et les hypocrites. Je dévoilerai Jérémiah-Miles et Warton.
Ah! misérable! Mais c'est la Satire! tu deviens
méchant.
11 pleure long-temps avec désolation.
Écris plutôt sur ce brouillard qui s'est logé à ta fenêtre comme à celle de ton père.
Il s'arrête.
Il prend une tabatière sur sa table.
Le voilà , mon père ! — Vous voilà ! Bon vieux marin! Franc capitaine de haut-bord, vous dormiez la nuit , vous , et le jour vous vous battiez ! vous n'étiez pas un Paria intelligent comme l'est devenu votre pauvre enfant. Voyez-vous, voyez-vous ce papier blanc? s'il n'est pas rempli demain, j'irai en prison, mon père, et je n'ai pas dans la tète un mot pour noircir ce papier, parce que j'ai faim. — J'ai vendu, pour manger, le diamant qui était là , sur cette boite , comme une étoile sur votre beau front. Et à présent je ne l'ai plus et j'ai toujours la faim. Et j'ai aussi votre orgueil, mon père , qui fait que je ne le dis pas. — Mais vous qui étiez vieux et qui saviez qu'il faut de l'argent pour vi-
vre, et que vous n'en aviez pas à me laisser, pourquoi m'avez-vous créé?
11 jette la hoîte. — 11 court après, se met à genoux et pleure.
Ah! pardon, pardon, mon père! mon vieux père en cheveux blancs! — Vous m'avez tant embrassé sur vos genoux! — C'est ma faute! j'ai cru être poète! C'est ma faute; mais je vous assure que votre nom n'ira pas en prison! Je vous le jure, mon vieux père. Tenez, tenez , voilà de l'opium! si j'ai par trop faim.. .. je ne mangerai pas, je boirai.
Il fond en larmes sur la tabatière où est le portrait.
Quelqu'un monte lourdement mon escalier de bois. — Cachons ce trésor.
Cachant l'opium.
Et pourquoi9 Ne suis-je donc pas libre? plus libre que jamais? — Caton n'a pas caché son épée. Reste comme tu es, Romain, et regarde en face.
Il pose l'opium au milieu de sa table.