ACTE III, SCÈNL L ftll
Il se lève.
Lève-toi, créature de Dieu, faite à son image, et admire-toi encore dan? cette condition!
11 nt et se rassied.
Une vieille Iioi1ûj;c sonne une demi-heure, deux coups.
— Non, non !
L'heure t'avertit; assieds-toi. et travaille, malheureux! Tu perds ton temps en réfléchissant: tu nus qu'une réflexion à faire, c'est que tu es un pauwe. — Entends-tu bien? un pauvre! *
Chaque minute de recueillement est un vol que tu te fais; c'est une minute stérile. — Il s'agit bien de l'idée, grand Dieu! ce qui rapporte, c'est le mol. îl y a tel mot qui peut aller jusqu'à un schelling : la pensée n'a pas cours sur la place.
Oh! loin de moi, — loin de moi, je t'en supplie, découragement glacé! Mépris de moi-même, ne viens pas achever de me perdre! Détourne-toi! détourne-toi! car, à présent, mon nom et ma demeure, tout est connu; et si demain ce livre n'est pas achevé, je suis perdu! oui, perdu! sans espoir! — Arrêté, jugé, condamné! jeté en prison!
Oh! dégradation! oh! honteux travail !
Il écrit.
Il est certain que cette jeune femme ne m'aimera jamais. — Eh bien! ne puis-je cesser d'avoir cette idée"?
Long silence.
J'ai bien peu d'orgueil d'y penser encore. — Maïs qu'on me dise donc pourquoi j'aurais de l'orgueil. De l'orgueil de quoi? je ne tiens aucune place dans aucun rang. Et il est certain que ce qui me soutient c'est cette fierté naturelle. Elle me crie toujours à l'oreille de ne pas ployer et de ne pas avoir l'air malheureux. — Et pour qui donc fait-on l'heureux quand on ne lest pas? Je crois que c'est pour les femmes. Nous posons tous devant elles. — Les pauvres créatures, elles te prennent pour un trône, ù Publicité I vile Publicité I toi qui n'es qu'un pilori ou le profane passant ■H- -ourtletcr, En tzencral , le= femmes aiment
celui qui ne s'abaisse devant personne. Eh bien ! par le Ciel, elles ont raison. — Du moins, celle-ci qui a les yeux sur moi ne me verra pas baisser la tête. — Oh ! si elle m'eût aime !
11 s'abandonne à une longue rêverie dont il sort violemment.
Écris donc, malheureux, évoque donc ta volonté! — Pourquoi est-elle si faible? N'avoir pu encore lancer en avant cet esprit rebelle qu'elle excite et qui s'arrête !
— Voilà une humiliation toute nouvelle pour moi! — Jusqu'ici je l'avais toujours vue partir avant son maître ; il lui fallait un frein , et cette nuit c'est l'éperon qu'il lui faut. — Ah! ah! l'immortel! Ah! ah! le rude maître du corps! Esprit superbe, seriez- vous paralysé par ce misérable brouillard qui pénètre dans une chambre délabrée? suffit-il, orgueilleux, d'un peu de vapeur froide pour vous vaincre?
Il jette sur ses épaules la couverture de son lit.
L'épais brouillard ! il est tendu au dehors de ma fenêtre comme un rideau blanc, ou comme un linceul. — Il était pendu ainsi à la fenêtre de mon père la nuit de sa mort.
L'horloge soune trois quarts.
Encore ! le temps me presse; et rien n'est écrit!
il lit.
Harold! Harold! ô Christ! Harold le duc Guillaume...
Eh ! que me fait cet Harold , je vous prie? — Je ne puis comprendre comment j'ai écrit cela. —
11 déchire le manuscrit ea parlant. — Un peu de délire le prend.
J'ai fait le catholique; j'ai menti. Si j'étais catholique, je me ferais moine et trappiste. Un trappiste n'a pour lit quun cercueil, mais au moins il y dort. — Tous les hommes ont un lit où ils dorment, moi j'en ai un où je travaille pour de l'argent.
Il porte la main à sa léte.
Où vais-je? où vais-je? Le mot entraîne l'idée malgré elle... O ciel! la folie ne marche-t-elle pas ainsi? Voilà qui peut épouvanter le plus brave... Allons! calme-toi.
— Je relisais ceci... Oui!... Ce poème-là a'est pas as-