ACTE 111, SCÈNfi II
inutilement abaissé? — Je veux sortir raisonnablement. J'y suis forcé.
LE QUAKER Se li'Ve.
Que le Seigneur me pardonne ce que je vais faire. Écoute! Chatterton, je suis très-vieux, je suis chrétien et de la secte la plus pure de la république universelle du Christ. J'ai passé tous mes jours avec mes frères dans la méditation, la charité et la prière. Je vais le dire, au nom de Dieu, une chose vraie, et, en la disant, je vais, pour te sauver, jeter une tache sur mes cheveux blancs.
Chatterton ! Chatterton ! tu peux perdre ton àme, mais tu n'as pas le droit d'en perdre deux. — Or, il y en a une qui s'est attachée à la tienne et que ton infortune vient d'attirer comme les Écossais disent que la paille attire le diamant radieux. Si tu t'en vas, elle s'en ira; et cela, comme toi, sans être en état de grâce et indigne pour l'éternité de paraître devant Dieu.
Chatterton! Chatterton! tu peux douter de l'éternité, mais elle n'en doute pas: tu seras jugé selon tes malheurs et ton désespoir, et tu peux espérer miséricorde; mais non pas elle , qui était heureuse et toute chrétienne. Jeune homme , je te demande grâce pour elle , à genoux, parce qu'elle est pour moi sur la terre comme mon enfant.
Mon Dieu ! mon ami , mon père , que voulez-vous
dire? serait-ce donc? levez-vous.... vous me
faites honte serait-ce?
LE QUAKER
Grâce! car si tu meurs, elle mourra....
Mais qui donc?
LE QUAKER
Parce qu'elle est faible de corps et d'urne, forte de coeur seulement.
Nommez— lai aurais-je osé croire?....
LE QUAKER
Il se relève.
Si jamais tu lui dis ce secret, malheureux! tu es un traître , et tu n'auras pas besoin de suicide ; ce sera moi qui te tuerai.
Est-ce donc?....
LE QUAKER
Oui, la femme de mon vieil ami, de ton hôte la
mère des beaux enfants.
Kitty Bell!
LE QUAKER
Elle t'aime, jeune homme. Veux-tu te tuer encore?
chatterton, tombant dans les bras du Quaker. Hélas! je ne puis donc plus vivre ni mourir?
le quaker, fortement.
Il faut vivre, te taire et prier Dieu !