ACTE III, SCÈNE III
LE QUAKER
Oui, il sera nécessaire que dans peu de temps il aille habiter une autre maison , peut-être même hors de Londres.
KITTY BELL
Soit à jamais bénie la maison où il sera heureux , puisqu'il ne peut l'être dans la mienne! liais qu'il vive, ce sera assez pour moi.
LE QUAKER
Je ne lui parlerai pas à présent de cette résolution : je l'y préparerai par degrés.
kitty bell ayant peur que le Quaker n'y consente. Si vous voulez, je lui en parlerai, moi.
LE QUAKER
Pas encore : ce serait trop tôt.
Mais si, comme vous le dites, ce n>st pour lui qu'une habitude à rompre?
LE QUAKER
Sans doute il est fort sauvage. — Les auteurs
n'aiment que leurs manuscrits.... Il ne tient à personne, il n'aime personne.... Cependant ce serait trop tôt.
KITTY BELL
Pourquoi donc trop tôt, si vous pensez que sa présence soit si fatale?
LE QUAKER
Oui, je le pense, je ne me rétracte pas.
KITTY BELL
Cependant, si cela est nécessaire, je suis prête à le lui dire à présent ici.
LE QUAKER
Non, non, ce serait tout perdre.
kitty bell, satisfaite.
Alors, mon ami, convenez-en, s'il reste ici, je ne puis pas le maltraiter, il faut bien que l'on tache de le rendre moins malheureux. J'ai envoyé mes enfants pour le distraire : et ils ont voulu absolument lui porter leur goûter, leurs fruits, que sais-je? Est-ce un grand crime à moi, mon ami? en est-ce un à mes enfants?
le quaker, sJ asseyant . se détourne pour essuyer une
larme.
KITTY BELL
On dit donc qu'il a fait de bien beaux livres? Les avez-vous lus, ses livres?
le quaker avec une insouciance affectée. Oui, c'est un beau génie.
KITTY BELL
Et si jeune! est-ce possible? — Ah! vous ne voulez pas me répondre, et vous avez tort, car jamais je n'oublie un mot de vous. Ce matin, par exemple, ici même, ne m'avez-vous pas dit que rendre à un malheureux un cadeau qu'il a fait, c'est l'humilier et lui faire mesurer toute sa misère? — Aussi, je suis bien sûre que vous ne lui avez pas rendu sa Bible? — N'est-il pas vrai? avouez-le.
le quaker lui donne sa Bible lentement . en la lui faisant attendre.
Tiens, mon enfant, comme c'est moi qui te la donne, tu peux la garder.
KITTY BELL
Elle s'assied à ses pieds a la manière des enfants qui demandent
une grâce.
Oh! mon ami, mon père, votre bonté a quelquefois un air méchant, mais c'est toujours la bonté la meilleure. Vous êtes au-dessus de nous tous par votre prudence; vous pourriez voir à vos pieds tous nos petits orages que vous méprisez, et cependant, sans être atteint, vous y prenez part : vous en souffrez par indulgence , et puis vous laissez tomber quelques mots , et les nuages se dissipent , et nous vous rendons grâces , et les larmes s'effacent , et nous sourions , parce que vous lavez permis.
le quaker l'embrasse sur le front.
Mon enfant! ma chère enfant! avec toi, du moins, je suis sur de n'en avoir pas de regret. (On parle.) — On vient!... Pourvu que ce ne soit pas un de ses amis. — Ah! c'est ce Talbot, j'en étais sur.
On entend le cor de chasse.