L60 SUR LES ŒUVRES
Monté sur son palefroi, L'abbé de Saint-Goilwin se dirige vers le couvent , à travers la plaine humide et ruisselante. Son petit chaperon est percé par la pluie, et sa ceinture peinte est très-cndoniinagéc. Il dit son chapelet à rebours, ce qui montre son déplaisir; l'orage s'accroît; il cherche un abri prés du chêne où le malheureux s'était réfugié. Son manteau est du plus beau drap de Lyncolne, attaché sous le menton par un bouton d'or; sa robe blanche ornée de franges d'or, ses souliers relevés comme ceux d'un seigneur montrent bien qu'il ne considère pas la richesse comme un péché. Les beaux harnais lui plaisent, ainsi que les ornements de la tète de son cheval.
— La charité, seigneur prêtre ! dit le malheureux pèlerin épuisé; permettez-moi d'entrer dans votre couvent jusqu'à ce que le soleil vienne luire sur nos têtes, et que la bruyante tempête de l'air soit passée. Je suis vieux, pauvre et sans secours; je n'ai ni maisou, ni ami , ni bourse : tout mon bien est ce crucifix d'argent.
— Tais-toi, misérable ! dit l'abbé, ce n'est pas le temps de demander l'aumône ou des prières : mon portier ne laisse jamais entrer les vagabonds; je ne reçois que celui qui vit honorablement.
Le soleil en ce moment luttait contre les sombres nuages, et lançait un de ses rayons les plus brillants; l'abbé pique son coursier et disparaît bieulôt.
Encore une fois le ciel se couvre de lourdes nuées; le tonnerre gronde. On voit un prêtre qui traverse la plaine : l'habillement de celui-là n'avait rien de brillant, et n'avait point de boutons d'or; son capuchon et son petit manteau étaient gris, mais très-propres; c'était un moine des ordres mendiants. Se détournant du grand chemin, il se dirige vers le chêne où le pauvre s'est abrité.
— La charité, sire prêtre ! dit le pèlerin exténué, pour l'amour de sainte Marie et celui de voire ordre. Le moine alors détache sa bourse et en tire un groat l d'argent. Le pauvre pèlerin tremble de joie.
— Tiens, prends cet argent, il pourra te soulager, malheureux pèlerin; nous ne sommes tous que les intendants du Ciel, et nous n'avons rien qui nous appartienne réellement.
Mais apprends de moi que nous rendons bien rarement un compte fidèle à notre Seigneur. Allons, prends mon manteau ; tu es presque nu, à ce que je vois; il est à toi. Les saints sauront bien m'en dédommager.
11 quitte le pèlerin et poursuit son chemin. — O Vierge, cl
i. Quatre pence.
vous tous saints qui vivez en gloire, donnez la bonne volonté au riche ou la subsistance au pauvre.
Il faut se garder de juger Chatterton sur celte ballade, et celle ballade sur une imparfaite traduction. Mais ce sera en étudiant toutes ses œuvres, qui méritent un travail spécial et complet, que Ton appréciera la beauté simple des conceptions, la fraîcheur et la vérité des couleurs, et la finesse de l'exécution, où rien n'est uégligé dans la science du détail, et où brillent toutes les richesses du rhythmeetde la rime. On verra, en apprenant ce langage renouvelé, de quelle force de tête était doué le jeune Anglais, et quelle devait être l'infortune qui a brisé de si hautes facultés.
J'ai vu dans une ancienne église, en Normandie, une pierre tu mulaire, posée en expiation, par ordre du pape Léon X, sur le corps d'un jeune homme mis à mort par erreur. Moins durable sans doute que cette pierre , puisse ce drame être , pour la mémoire du jeune poète, un livre expiatoire! Puissions-nous surtout dans notre France, avoir une pitié qui ne soit pas stérile pour les hommes dont la destinée ressemble à celle de Chatterton, mort à dix-huit ans.
Mars k8:j-5.
TABLE
Le More de Venise 1
Avant-propos 3
Épitre à lord *** 7
Documents et variantes 131
Le Marchand de Venise, comédie 141
La Maréchale d'Ancre 207
Avant-propos 200
Notes sur le temps et l'action 32 i
Quitte polr la Pelr, comédie 32S
Chatterton, dmme 357
Dernière nuit de travail 359
Caractères et costumes des rùles principaux 373
Sur les représentations du drame 443
Sur les œuvres de Chatterton