‹ [Œuvres]Chapitre 352 sur 402 · I HA M I · texte numérisé non relu

I HA M I

l "11 jour... (Comment oser Gommer du nom de joui

Ce qui c'a pas de fuite el n'a pas de retour:1

Des langages humains déliant l'indigeie

L'Éternité se voile a notre intelligence ,

Et pour nous faire entendre un de ses courts instants

Il faut chercher pour eu\ un nom parmi les Temp-.

Un jour les habitants de l'immortel empire,

Imprudents une fois . -'unissaient pour l'instruire

Éloa , disaient-iN, oh! veillez bien sur vous : » Un ange peut tomber; le plus beau de nous tons ■ X'e-t plus ici : pourtant dans sa vertu première » On le nommait celui qui porte la lumière; » Car il portait l'amour et la vie en tout lieu, » Au\ astres il portait tous les ordres de Dieu; » La Terre consacrait sa beauté sans égale,

Appelant Lucifer l'étoile matinale, » Diamant radieux que, sur son front vermeil,

Parmi ses cheveux d'or, a posé le Soleil » Mais on dit qifà présent il est sans diadème,

Qu'il gémit , qu'il est seul , que personne ne l'aime , » Que la noirceur d'un crime appesantit ses yens .

nu il ne sait plus parler le langage des Cieux; « La mort est dan- les mots que prononce -a bouche . Il brûle ce qu'il \"it, il flétrit ce qu'il touche;

Il De peut plus M'iitir le mal ni le.-, bienfaits; -> Il est même sans joie aux malheurs qu'il a faits. Le Ciel qu'il habita se trouble à sa mémoire, Nul Ange n'osera vous conter son histoire, >- Aucun Saint n'oserait dire une lois so:i nom. » Et l'on crut qu Éloa le maudirait; mais non, L'effroi n'altéra point son paisible visage , Et ce fut pour le Ciel un alarmant présage Son premier mouvement ne fut pas de frémir, Mais plutôt d'approcher comme pour secourir; La tri^esse apparut sur sa lèvre glacée Aussitôt qu'un malheur s'offrit à sa pensée ; Llle apprit à rêver, et son Iront innocent De ce trouble inconnu rougit en s'abaissant; Une larme brillait auprès de sa paupière. Heureux ceux dont le cœur verse ainsi la première

Un Ange eut ces ennuis qui troublent tant nos jour: El poursuivent les grands dans la pompe des cours;

Mais au sein des banquets, parmi la multitude,

Un homme qui gémit trouve la solitude;

Le bruit des Nations, le bruit que font les Rois,

Rien n'éteint dans son cœur une plus forte voix

Harpes du Paradis, vous étiez sans prodiges !

Chars vivants dont les yeux ont d'éclatants prestiges!

Armures du Seigneur, pavillons du saint lieu ,

Étoiles des bergers tombant des doigts de Dieu ,

Saphirs des encensoirs , or du céleste dôme,

Délices du >Tebel , senteurs du cinnamome ,

Vos bruits harmonieux , vos splendeurs , vos parfums

Pour un Ange attristé devenaient importuns ;

Les cantiques sacrés troublaient sa rêverie,

Car rien n'y répondait à son âme attendrie;

Et soit lorsque Dieu même, appelant les esprits,

Dévoilait sa grandeur à leurs regards surpris ,

Et montrait dans les cieux , foyer de la naissance ,

Les profondeurs sans nom de sa triple puissance ;

Soit quand les Chérubins représentaient entre eux

Ou les actes du Christ ou ceux des Bienheureux,

Et répétaient au ciel chaque nouveau mystère

Qui , dans les mêmes temps, se passait sur la Terre.

La crèche offerte aux yeux des Mages étrangers,

La famille au désert , le salut des bergers .

Éloa s'écartant tic oe divin spectacle, Loin île leur foule et loin du brillant Tabernacle, Cherchait quelque nuage où dans l'obscurité Elle pourrait du moins rêver en libeité.

Les Anges ont des nuits comme la nuit bu mai ne. Il est dans le Ciel même une pure fontaine; Une eau brillante y court sur un sable vermeil. Quand un Ange la puise, il dort, mais d'un sommeil Tel que le plus aimé des amants de la terre N'en voudrait pas quitter le charme solitaire, l'as même pour revoir dormant auprès de lui La beauté dont la tête a son bras pour appui. Mais en vain Éloa s'abreuvait de son onde, Sa douleur inquiète en étaii plus profonde; Et toujours dans la nuit un rêve lui montrait Un Ange malheureux qui de loin l'implorait. i es Vierges quelquefois pour connaître sa peine, Formant une prière inentendue et vaine ,

CBANT I.

L'entouraient, et prenant ces soins qui font souffrir,

Demandaient quels trésors il lui fallait offrir, Et de quel prix serait mjii éternelle vie, Si le bonheur du Ciel Battait peu son envie ; Et pourquoi son regard ne cherchait pas enfin Les regards d'un Archange ou ceux d'un Séraphin. Éloa répondait une seule parole :

Aucun d'eux n'a besoin de celle qui console » On dit qu'il en est un.. Mais détournant leurs pas Le- Vierges s'enfuyaient et ne le nommaient pas

Cependant, seule, un jour, leur timide compagne Regarde autour de soi la céleste campagne , Étend l'aile et sourit , s'envole, et dan- le- air- Cherche sa Terre amie ou des astres déserts

•2li ÉLOA.

Ain>i dans les forêts de la Louisiane,

Bercé sons les bambous el la longue liane ,

Ayant rompu l'œuf d'or par le soleil mûri,

Sort de son nid de fleurs l'éclatant Colibri ;

Une verte émeraude a couronné sa tète,

Des ailes sur son dos la pourpre est déjà prête,

La cuirasse d'azur garnit son jeune cœur;

Pour les luttes de l'air l'oiseau part en vainqueur.

11 promène en des lieux voisins de la lumière

Ses plumes de corail qui craignent la poussière;

Sous son abri sauvage étonnant le ramier.

Le hardi voyageur visite le palmier.

La plaine des parfums est d'abord délaissée :

Il passe, ambitieux , de l'érable à l'alcée,

Et de tous ses festins croit trouver les apprêts

Sur le front du palmiste ou les bras du cyprès,

Mais les bois sont trop grands pour ses ailes naissantes

Et les fleurs du berceau de ces lieux sont absentes :

Sur la verte sa\ane il descend les chercher;

F. es serpents-oiseleurs qu'elles pourraient cacber

L'effarouchent bien moins que les forêts aride-.

Il poursuit près des eaux le jasmin des Floride-.

La nompareille au fond de ses chastes prisons,

Et la fraise embaumée au milieu des gazons

( IIWI I

C'est ainsi qu'Éloa, forte «lès sa naissance , De son aile argentée essayant la puissance , Passant la blanche voie où des feux immortels Brûlent aux pieds de Dieu comme un amas d'autel* Tantôt se balançant sur deux jeunes planètes. Tantôt posant ses pieds sur le front des comète-. Afin de découvrir les êtres Dés ailleurs, Arriva seule au fond de- Cieux inférieurs

L'Éther a ses degrés , d'une grandeur immense . Jusqu'à l'ombre (femelle où le Chaos commence Sitôt qu'un Auge a fui l'azur illimité, Coupole de saphirs qu'emplit la Trinité,

Il trouve oo air moins por; là passent des un

Là touriiont des vapeurs, serpentent des orages,

Comme une garde agile , et dont la profondeur

De l'air que Dieu respire éteint pour nous l'ardeur.

Mais après nos soleils et sous les atmosphères

Où, dans leur cercle étroit , se balancent nos sphères,

L'espace est désert , triste , obscur, et sillonné

Par un noir tourbillon lentement entraîné.

In jour douteux et pale éclaire en vain la ooe ,

S(iu> elle est le Chaos et la nuit inconnue;

El lorsqu'on vent de feu brise son sein profond,

On devine le vide impalpable et sans fond.

Jamais les purs Esprits, enfants de la lumière, De ces trois régions n'atteignent la dernière , Et jamais ne s'égare aucun beau Séraphin Sur ces degrés confus dont l'Enfer est la fin. Même les Chérubins , si forts et si fidèles , Craignent qoe l'air impur ne manque sous leur> ailes

Et qu'ils ne soient forcés, dans ce vol dangereux , De tomber jusqu'au fond du Chaos ténébreux.

Que deviendrait alors l'exilé sans défense:'

Ou rire des Démons l'inextinguible offense;

Leurs mots, leurs jeux railleurs, lent et cruel affront,

Feraient baisser ses yeux , feraient rougir son front.

Péril plus grand! peut-être il lui faudrait entendre

Quelque chant d'abandon voluptueux et tendre ,

Quelque regret du Ciel, un récit douloureux,

Dit par la douce voix d'un Ange malheureux.

lit même, en lui prêtant une oreille attendrie,

Il pourrait oublier la céleste patrie,

Se plaire sous la nuit , et dans une amitié

Qu'auraient nouée entre eux les chants et la pitié.

Et comment remonter à la voûte azurée ,

Offrant à la lumière éclatante et dorée

Des cheveux dont les flots sont épais et ternis ,

Des ailes sans couleurs, des bras , un col brunis,

Un front plus pâle, empreint de traces inconnues

Parmi les fronts sereins des habitants des nues,

Des yeux dont la rougeur montre qu'ils ont pleuré,

Et des pieds noirs encor d'un feu pestiféré?

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