A M. ANTON Y DESCHAMPS
[JuEME DU XVIe SIECLE.
Le 24 du mesme mon s'exploita l'exécution tant souhaitée, qui déliura la ctirestienté d'un nombre de pestes , au moyen desquelles le diable se faisoit fort de la destruire, attendu que deux ou trois qui en rescbappèrent font encore tant de mal. Ce îour apporta merveilleux allégement et soûlas à l'Église.
La vraye et entière histoire des troubles, pu- le Frère (te Laval.
» Arquebusiers! chargez nia coulevrine!
Les lansquenets passent ! sur It-in poitrine
Je voix enfin la croix ronge, la croix
Double, et tracée avec du sang, je crois!
Il est trop tard; le bourdon Notre-Dame
Ne m'avait donc éveillé qu'à demi?
.Nous avons bu trop long-temps, sur mon àmo!
Mais nous buvions à saint Barthélemi.
Donnez une épée , Et la mieux trempée, Et mes pistolets, Et mes chapelets.
Déjà le jour brille Sur le Louvre noir ; On va tout savoir :
-- Dites à ma lille De venir tout voir. »
Ee Baron parle ainsi par la fenêtre ; C'est bien sa voix qu'on ne peut méconnaître; Courez, Varlets, Échansons, Écoyers, Suisses, Piqueux , Page, Arbalétriers!
Voici venir madame Marie-Anne; Elle descend l'escalier de la tour, Jusqu'au pavé baissez la pertuisane, Et que chacun la salue à son tour.
Une haquenée
Est seule amenée,
Tant elle a d'effroi
Du noir palefroi.
Mais son père monte
Le beau destrier;
Ferme à l'étrier .
— « iS'avez-vous pas boute,
» Dit-il , de crier ! »
« Vous descendez des hauts barons , ma mie Dans ma lignée on noie d'infamie Femme qui pleure , et ce , par la raison Qu'il en peut naître un lâche en ma maison. Levez la tête et baissez votre voile Partons. Varlets, faites sonner le cor, Sous ce brouillard la Seine me dévoile Ses Ilots rougis . Je veux voir plus encor. »
- La voyez-vous croître La tour du vieux cloître?
Et le grand mur noir Du royal manoir:' Entrons dans le Louvre.
Vous tremblez, je croi, Au son du beffroi?
La fenêtre s'ouvre, Saluez le Roi. ><
MADAME DE sol BIbE. 159
Le vieux Baron, en signant sa poitrine,
Va visiter la reine Catherine; Sa fille reste, et dans la coin s'assied ; Mais sur un corps elle heurte son pied : — « Je vis encor, je vis encor, madame. Arrêtez-vous et donnez-moi la main; En me sauvant vous sauverez mon âme; Car j'entendrai la messe dès demain. »
Huguenot profane .
Lui dit Marie-Anne , Sur ton corselet Mets mon chapelet.
Tu prieras la Vierge , Je prierai le Roi .
Prends ce palefroi.
Surtout prends un cierge Kt \ i<jns avec moi. »
leo madame m; soubisi:
Marie ordonne à tout son équipage
De l'emporter dans le manteau d'un page,
Lui fait ôter ses baudriers trop lourds,
Jette sur lui sa cape de velours,
Attache un voile avec une relique
Sur sa blessure , et dit , sans s'émouvoir :
« Ce gentilhomme est un bon catholique,
Et dans l'église il vous le fera voir »
Mups de saint -Lustache Quel peuple s'attache . A > paliers , A vos noirs piliers, Traînant sur la claie Des morts sans cercueil .
La fureur dans l'œil , Et formant la haie De l'autel au seuil '
MADAME DE SOI BISE. K.i
Dieu fasse grâce à l'année où nous sommes ! Ce sont vraiment des femmes et des hommes; Leur foule entonne un Te Deum en chœur, El dans le sang trempe et dévore un cœur, Cœur d'Amiral arraché dans la rue , CflBBt gangrené du schisme de Calvin.
On boit, on mange, on rit; la foule accrue Se l'offre et dit: C'est le pain et le vin.
Vu moine qui masque Son front sous un casque Lit au maître-autel Le livre immortel ; Il chante au pupitre, Et sa main trois fois , En faisant la croix , Jette sur l'épître Le sang de ses doigts
Ml.
« Place! dit-il; tenons notre promesse D'épargner ceux qui viennent à la messe Place ! je vois arriver deux enfants : Ne tuez pas encor, je le défends; Tant qu'ils sont là, je les ai sous ma garde. Saint Paul a dit : Le temple est lait pour tous. Chacun son lot, le dedans me regarde; Mais, une fois dehors, ils sont à vous. »
— « Je viens sans mon père Mais en vous j'espère Dit Anne deux fois D'une faible voix) ; 11 est chez la Reine , .Moi , j'accours ici Demander merci Pour ce capitaine Qui vous prie aussi »
Le blessé dit : « Il n'est plus temps, madame; Mon corps n'est pas sauvé , mais bien mon âme Si vous voulez; donnez-moi votre main, lit je mourrai catholique et romain ; Épousez-moi, je suis duc de Soubise; Vous n'aurez pas a vous en repentir :
C'est pour un jour. Hélas! dans votre église Je suis entré, mais pour n'en plus sortir.
» Je sens fuir mon àme!
Ètes-vous ma femme? »
— -< Hélas! dit-elle, oui Se baissant vers lui. Un mot les marie.
Ses yeux, par l'effort D'un dernier transport, Regardent Marie , Puis il tombe moit
Hîû MADAME DE SOI BISE.