‹ [Œuvres]Chapitre 384 sur 402 · H LL COK · texte numérisé non relu

H LL COK

Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux

Descendaient la montagne et se parlaient entre en\. A l'horizon déjà , par leurs eaux signalées , De Luz et d'Argélès se montraient les vallées.

L'armée applaudissait. Le lutli du troubadour S'accordait pour chanter les saules de l'Adour; Le vin français coulait dans la coupe étrangère ; Le soldat, en riant, pariait à la berbère.

Roland gardait les monts; tous passaient sans efli i Assis nonchalamment sur un noir palefroi Qui marchait revêtu de housses violettes, Turpin disait, tenant les saintes amulettes:

« Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu » Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu » Par monsieur saint Denis , c ertes ce sont des âmes » Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flamme

LK COR. 175

Deux éclairs ont relui, pois deux autres encor. Ici l'on entendit le son lointain du Cor. — L'Empereur étonné, se jetant en arrière, Suspend du destrier la marche aventurière.

-< Entendez-vous? dit-il — Oui, ce sont des pasteurs

>' Rappelant les troupeaux épais sur les hauteurs, » Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée » Du nain \ert Obéron qui parle avec sa Fée. »

Et l'Empereur poursuit; mais son front soucieux Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux. Il craint la trahison, et tandis qu'il y songe Le Cor éclate et meurt, renatt et se prolonge.

a Malheur! c'est mon neveu! malheur ! car >i Roland

» Appelle à son secours, ce doit être en mourant

> Arrière, chevaliers, repassons la montagne!

» Tremble encor sou- nos pieds, sol trompeur de l'Espagne:

176 II. coi;.

sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ; L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux Des feux mourants du jour à peine se colore. A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.

— « Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent?

— » J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant Tous deux sont écrasés sous une roche noire:

» Le plus fort , dans sa main , élève un Cor d'ivoire , » Son âme en s'exhalant nous appela deux fois. »

Dieu! que le son du Cor est triste au fond des bois

F.cnt à Pau, en 1825.

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