‹ [Œuvres]Chapitre 383 sur 402 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

Un grand trône ombragé des drapeaux d'Allemagne , De son dossier de pourpre entoure Charlemagne. Les douze pairs debout sur ses larges degrés Y font luire l'orgueil des lourds manteaux dorés.

Tous posent un bras fort sur une longue épée , Dans le sang des Saxons neuf fois par eux trempée ; Par trois vives couleurs se peint sur leurs écus La gotbique devise autour des rois vaincus.

Sous les triples piliers des colonnes moresques , Eo cercle sont placés des soldats gigantesques, Dont le casque ferme, cbargé de cimiers blancs, Laisse à peine entrevoir les yeux étincelants.

Tous deux joignant les mains, à genoux sur la pierre L'un pour l'autre en leur cœur cbercbant une prière, Les beaux enfants tremblaient, en abaissant leur front Tantôt pâle de crainte ou rouge de l'affront.

LA NhlGE. 169

Uuii silence glacé régnait la paix profonde Bénissant en set ret sa chevelure blonde, Avec un lent effort, sons ce voile, Éguiard Tente vers sa maîtresse un timide resard

Sous l'abri de ses mains Emma cache sa tête , Et, pleurant, elle attend l'orage qui s'apprête Comme on se tait encore, elle donne à ses yeux A travers ses beaux doigts un jour audacieux.

L'Empereur souriait en versant une larme Qui donnait à se> traits un ineffable charme: Il appela Turpin, l'évêque du palais, Et d'une voix tiès-douce il dit : Benis>ez-les.

Qu'il est doux , qu'il est doux d'écouter des histoires, Des histoires du temp^ passé

170 l.A rVEIGE.

Quand les branches d'arbres sont noires, Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé!

LE COR

J aime le son du Cor, le soir, au fond des bois , Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abuis, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueilli'. I.t que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeure. J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques

Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

172 LE COR

0 montagnes d'azur! 6 |>;i\^ adoré!

Rocs de la Prazona, cirque du Marboré,

Cascades qui tombez des oeiges entraînées,

Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons. Dont le front est de glace et le pied de gazons ! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit, De cette voix d'airain fait retentir la nuit; A ses chants cadencés autour de lui se mêle L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle

Une biche attentive, au lieu de se caeber, Se suspend immobile au sommet dû rocher, Lt la cascade unit , dans une chute immense , Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor!' Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor? Roncevaux ! Roucevaux ! dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée!

LE COR

Tons les prenx étaient mort», mais aucun n'avait fui.

11 reste seul debout, Olivier près de lui.

L'Afrique sur le- monts l'entoure et tremble encore.

Roland, tu vav mourir, rends-toi, criait le More;

Tous tes Pairs sont couchés daus les eauv des torrents. > 11 rugit comme un tigre, et dit : « Si je me rends, ■> Africain, ce sera lorsque les Pyrénées Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînée-

— Rends-toi donc, répond-il, on meurs, car les voila Et du plus haut des monts un grand rocher roula.

Il bondit , il roula jusqu'au fond de l'abîme,

Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

— Merci! cria Roland; tu mas fait un chemin. » Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main , Sur le roc affermi comme un géant s'élance,

Et prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.

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