LA SERIEUSE
Ainsi près d'Aboutir reposait ma Frégate ;
A l'ancre dans la rade, en avant de> vaisseaux . On voyait de bien loin son corset d'écarlate Se mirer dans les eaux.
Ses canots l'entouraient, à leur plate assignée. Pas une voile ouverte, on était sans dangers Ses cordages semblaient des filets d'araignée, Tant ils étaient légers.
Nous étions tous marins. Plus de soldats timides Qui cbaucellent à bord ainsi que des enfants; ll> marcbaient sur leur sol, prenant des Pyramide:: Montant des éléphants.
Il faisait beau. — La mer, de sable environnée Brillait comme un bassin d'argent entouré d'or; Lu \a»te soleil rouge annonça la journée Du quinze thermidor.
La Semeuse alors s'ébranla sur sa quille : Quand venait un combat, c'était toujours ainsi ; Je le reconnus bien , et je lui dis : Ma fille, Je te comprends; merci.
J'avais une lunette exercée aux étoiles; Je la pris, et la tins terme sur l'horizon. — Une , deux , trois — je vis treize et quatorze voiles ; Enfin, c'était Nelson.
Il courait contre nous en avant de la brise; La Sérieuse à l'ancre, immobile s'offrant, Reçut le rude abord sans en être surprise, Comme un roc un torrent.
Tous passèrent [très d'elle en lâchant leur bordée; Fière, elle répondit aussi quatorze t'ois,
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El par tous le> vaisseaux die fut débordée,
Mais il en resta trois.
Trois vaisseaux de haut bord — combattre une ïi. Est-ce l'art d'un marin.' le trait d'un amiral: In .(iimeur de mer, un forban, un pirate, N'eût pas agi >i mal !
N'importe ! elle bondit dans son repos troublée , Elle tourna trois fois jetant vingt-quatre éclairs, Et rendit tous les coups dont elle était criblée , Feux pour feux , fers pour fers.
Ses boulets enchaînés fauchaient des mâts énormes , Faisaient voler le sang, la poudre et le goudron, S'enfonçaient dans le bois, comme au cœot «les grands ormes Le coin du bûcheron
Un brouillard de fumée ou la flamme étincelle L'entourait; mais, le corps brûlé, noir, écharpé, Elle tournait, roulait, et se tordait sous elle, Comme un serpent coupé.
Le soleil s'éclipsa dans l'air plein de bitume Ce jour entier passa dans le l'en, dans le brait; El lorsque la nuit vint , sous cette ardente brame , On ne vit pas la nuit.
Nous étions enfermés comme dans un orage : Des deux flottes au loin le canon s'y mêlait ; On tirait en aveugle à travers le nuage : Toute la mer brûlait.
Mais quand le jour revint, chacun connut son œuvre Les trois vaisseaux tlottaient démâtés , et si las Qu'ils n'avaient plus de force assez pour la manœuvre; Mais ma Frégate, hélas!
Elle ne voulait plus obéir à son maître ; Mutilée , impuissante , elle allait au hasard ; Sans gouvernail, sans mâts, on n'eût pu reconnaître La merveille de l'art !
Engloutie à demi , son large pont à peine, S'affaissant par degrés, se montrait sur les Ilots:
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Et la ne restaient plus, avec t ■ i < • i capitaine, Que douze matelots
Je les fis mettre en nier à bord d'une chaloupe, Hors de notre eau tournante et de son tourbillon; Et je revins tout seul me coucher sur la poupe Au pied du pavillon.
J'aperçus des Anglais les figures livides, Faisant pour s'approcher un inutile effort Sur leurs vaisseaux flottants comme des tonneaux vides. Vaincus par notre mort.
La Sérieuse alors semblait à l'agonie, L'eau dans ses cavités bouillonnait sourdement ; Elle, comme voyant sa carrière finie, Gémit profondément.
Je me sentis pleurer, et ce fut un prodige, L'n mouvement honteux; mais bientôt l'étouffant : Nous nous sommes conduits comme il fallait, lui dis je; Adieu donc, mon enfant.
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Elle plongea d'abord sa poupe et puis sa proue; Mon pavillon noyé se montrait en dessous ; Puis elle s'enfonça tournant comme une roue, Et la mer vint sur nous
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Hélas! deux mousses d'Angleterre Me sauvèrent alors , dit-on , Et me voici sur un ponton; — J'aimerais presque autant la terre!
Cependant je respire ici L'odeur de la vague et des brises Vous êtes marins, Dieu merci!
Nous causons de combats, de prises Nous fumons, et nous prenons l'air Qui vient aux sabords de la mer.
Votre voix m'anime et me flatte, Aussi je vous dirai souvent :