‹ [Œuvres]Chapitre 397 sur 402 · LES AMANTS · texte numérisé non relu

LES AMANTS

Balancée en marchant sur sa flexible épaule Comme la harpe juive à la branche du saule; Riant, le> \eux eu l'air, et la main dans sa main, Elle allait en comptant les arbres du chemin. Pour cueillir une Heur demeurait en arrière, Puis revenait à lui, courant dans la poussière, L'arrêtait par l'habit pour l'embrasser, posait Un œillet sur ?-a tète, et chantait, et jasait Sur les passants nombreux , sur la riche vallée Comme un large tapis à ses pieds étalée; Beau tapis de velours chatoyant et changeant , semé de clochers d'or et de maisons d'argent, Tout pareils aux jouets qu'aux enfants on achète Et qu'au hasard pour eux par la chambre l'on jette Ainsi, pour lui complaire, on avait sous ses pieds 'Répandu des bijoux brillants, multipliés, En forme de troupeaux, de village aux toits roses Ou hleus, d'arbres rangés, de fleurs sous l'onde écloses, De murs blancs, de bosquets bien noirs, de lacs bien verts, Et de chênes tordus par la poitrine ouverts; Elle voyait ainsi tout préparé pour elle : Enfant , elle jouait en marchant , toute belle , Toute blonde, amoureuse et fîère; et c'est ainsi Qu'ils allèrent à pied jusqu'à Montmorency.

DE MOVIUOREM.Ï. 223

Ils passèrent deux jours d'amour et d'harmonie,

De chants et de baisers, de voix, de lèvre unie.

De regards confondus, de soupirs bienheureux,

Qui furent deux moments et deux siècles pour eu\.

La nuit on entendait leurs chants, dans la journée

Leur sommeil ; tant leur âme était abandonnée

Aux caprices divins du désir ! Leurs repas

Étaient rares, distraits; ils ne les voyaient pas.

Ils allaient, ils allaient au hasard et sans heures,

Passant des champs aux bois, et des bois aux demeures

Se regardant toujours, laissant les airs chanté.^

Mourir, et tout d'un coup restaient comme enchantés.

L'extase avait fini par éblouir leur âme,

Comme seraient nos yeux éblouis par la flamme.

Troublés, ils chancelaient, et le troisième soir

Ils étaient enivrés jusques à ne rien voir

Que les feux mutuels de leurs yeux. La nature

Étalait vainement *a confuse peinture

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